Publié dans A propos d'écriture, Le bordel, Le Casino (la série)

Re-écrire

Celles (et ceux) qui me suivent depuis fort longtemps savent que j’ai développé un goût pour l’écriture un peu en même temps que mes essais/erreurs/échecs/try again ! en PMA.
J’avais commencé à écrire un billet délire sur DNLP (Retard de livraison) que je voyais exactement comme Dame Nature de la publicité pour la marque T****x.

Et puis je me suis lancée dans ma série Le Casino avec ce personnage, moi-même et d’autres et plein d’autres. J’aimais ça inventer des épisodes, les écrire, les peaufiner. J’aime toujours ça : je me suis surprise à relire l’intégralité de la série et même si j’aurais volontiers modifier une phrase/un paragraphe j’appréciais toujours autant l’esprit.

Je m’étais lancée dans l’écriture d’un roman. Ce dernier est resté inachevé. Il y a un truc qui colle pas et qui me donne pas envie de finir. Faut que je trouve pourquoi.

J’ai écris quelques nouvelles dont une (dernier cri 2.0) qui a concouru mais qui n’est pas allée bien loin.

Et puis pendant un très long moment, j’ai arrêté d’écrire ailleurs que sur le blog parce que j’étais en train de vivre une grossesse et que c’était trop énorme pour que mon esprit se concentre sur autre chose. Puis après, j’ai eu un lardon qui m’a phagocytée (et qui continue d’ailleurs), puis la reprise du boulot et son quotidien au rouleau compresseur (crèche-métro-boulot-crèche-dodo) mais l’envie était toujours là. C’est juste que j’avais l’impression que mon cerveau ne serait plus capable de sortir un truc potable.

Je relisais mon roman en cours et j’étais toujours aussi sèche.

J’essayais de me lancer dans un concours de nouvelles et ce que je sortais était juste bon à déposer dans la corbeille.

Je n’ai que pu mettre un point final à la série Le  Casino.

Alors, ma bonne dame, il fallait faire quelque chose.

Relancer la máquina d’urgence.

J’ai opté pour un atelier d’écriture.

De deux choses l’une, soit j’en ressortais avec la conviction qu’il fallait que j’arrête vu qu’en 3h je n’aurais pas été capable de sortir la moindre ligne. Soit avec la conviction qu’il y avait encore quelque chose à tirer de ma cervelle.

Je me suis rendue à une séance à l’essai. Et je suis repartie avec quatre petits textes. Je me suis amusée à les écrire. J’ai découvert que ça coulait tout seul quand je ne me mettais aucune pression et que c’était juste pour le fun. J’ai aimé les textes de mes camarades. J’ai aimé le fait qu’il n’était pas obligatoire de lire son chef d’œuvre si on ne le sentait pas. J’ai lu tous mes textes. Je ne sais pas s’ils relèvent du prix Goncourt mais j’en étais suffisamment contente pour les partager.

Je suis donc inscrite pour des séances deux fois par mois.

Publié dans A propos d'écriture, Le Casino (la série)

Série le Casino : la FIN

La plume ne cesse de faire des va-et-vient incessants entre l’encrier et la page vierge de papier vélin .

J’ai quitté, ou plutôt, nous avons quitté le Casino depuis longtemps. Moi, ma petite famille et même Mr Goutdurisque ! Il y a des mois de cela. Depuis la naissance de mon petit miracle.

Je peine pourtant encore à coucher les dernières lignes de mon aventure de ce qui va constituer mon récit autobiographique pompeusement intitulé « Récits et Parties de dés au Casino contre Dame Nature La Pute – Mémoire d’une PMEtte – par Madame Looseuse« .

L’énorme livre soigneusement relié à l’épaisse couverture en cuir trônant sur ma table de bureau reste désespérément ouvert sur deux pages immaculées. Et ceci, depuis des semaines. Plutôt des mois, devrais-je dire…

L’intitulé de titre a été âprement discuté, disputé, commenté, revu et corrigé par un Mr Goutdurisque qui tient absolument à apporter sa touche à mon récit puisqu’il est vrai qu’il m’a accompagnée durant tout ce périple depuis plusieurs années. Mr Goutdurisque adorant de surcroit en rajouter dans la surenchère. D’où le titre ronflant…

Comment exprimer tout cet enchaînement d’évènements ? Comment dépeindre cette impression d’irréalité que j’éprouve encore lorsque je regarde mon petit miracle de 4 mois et demi dormant paisiblement dans son couffin non loin de cette table ? Et si tout ça n’était qu’un rêve ?

J’y ai tellement vécu dans ce Casino. Tout tournait autour de ces couloirs lourdement moquettés et aux lumières tamisées, à ces immenses sales de jeux noires de monde, à ces fichus dés, à ces battements filants du pouls jusqu’au point de frôler la crise cardiaque, à cette fureur du jeu, à ce bruit et brouhaha permanents et cette hystérie collective.

Peu avant la mise gagnante, j’avais fait la réflexion à Mr Goutdurisque qui avait peur de quitter le Casino qu’il était « institutionnalisé » au point qu’il ne lui était même plus concevable qu’un Ailleurs puisse exister.

Mais il faut bien admettre que je l’étais aussi. Institutionnalisée. Je m’en rend compte maintenant que je vis dans ce petit cottage paisible où seuls le pépiement des moineaux vient troubler le silence. Il y a des fois où cette agitation et cette fureur me manque. Il  y a des fois où je me sens encore perdue devant ce bonheur tout simple. Il faut me dé-institutionnaliser aussi. Moi aussi, j’étais accro au jeu. Accro à DNLP. Accro au Casino.

Avant la mise gagnante de mars 2013, j’avais déjà compris que je courais à ma perte si je persistais à ne vivre qu’autour de ça. Je voulais partir. M’évader. J’avais un plan, quelques contacts parmi la pègre du Casino.

Restait à le mettre à exécution…

Je ne voulais pas seulement me contenter d’une évasion. Je voulais tuer le Casino. Le vider de ce qui le nourrit : l’espoir de ces innombrables joueurs. Tel un vampire il s’en repaissait. Et pour cela, il fallait vider la banque. Tout simplement. Je voulais mettre au point le plus grand casse de tous les temps – avec l’aide la pègre – pour faire repartir le système à zéro. Un reboot. Un tsunami qui remette tout à plat.

Trop de corruption faisaient que les jeux n’étaient plus équitables. Toujours les mêmes qui gagnaient. Toujours les mêmes qui perdaient. Pour passer de camp des looseurs à l’autre camp, il fallait se faire connaître, marchander avec la Direction, s’accointer avec les VIP, menacer, bousculer. Tout était bon. Et puis, de temps en temps, la Direction du Casino en laissait gagner un pour alimenter l’espoir de tous les autres. En fait, elle lâchait un peu de leste pour quelques uns afin de mieux resserrer les filets sur tous les autres.

Oui… Le Casino était une vraie prison.

Qu’est-ce qui a fait que je suis passée de l’autre côté ? Etais-je devenue à mon tour l’appât à espoir ? Etait-ce toute cette folie médiatique autour de DNLP et ses plus féroces adversaires ? Ou tout simplement la chance qui a fini par tourner malgré les dés pipés ?

Je ne le saurai jamais.

Je peux juste jeter sur ce papier vierge les quelques flashs qui me reviennent comme un torrent.

La partie « écho morpho » de juillet 2013 où DNLP a vu ses derniers espoirs de me reprendre mon gain s’envoler. Un fœtus en pleine forme sans anomalies détectables. Je la revois encore être emportée, inanimée, par les forces de sécurité à l’issue de cette partie.

Quelques joueuses dino-PMEttes remportant leur mise gagnante dans les semaines et mois qui suivirent. « DNLP ayant perdu tout entrain » selon la gazette du Casino qui faisait ses choux gras sur la dépression de cette dernière depuis quelques temps.

Une liberté de mouvement de plus en plus grande jusqu’à me libérer totalement du bracelet Tepazen(r) – petit cadeau de DNLP quand elle avait encore l’espoir de me pourrir la vie. Même sur ça, elle avait fini par baisser les bras. De toute façon, j’avais fini par admettre que « grossesse normale » ne ferait jamais partie de mon histoire puisque procréation normale il n’y eut point. Ce n’était qu’une petite période dans ma vie. Période qui prendrait fin à la naissance du bébé.

Et enfin, LA partie « accouchement » où tout aurait pu basculer, où DNLP aurait pu montrer toute sa férocité et sa cruauté. Oui, c’est lors de cette partie que DNLP fut en grande partie ruinée en jetons. Elle n’avait plus rien. Elle avait depuis longtemps perdu tous ses innombrables amis de sa cour. Elle était seule.

Elle avait bien essayé de me pourrir encore un peu l’existence avec une anesthésie difficile à poser et des bobos post-péridurales, mais, en fait, je n’en avais cure. J’avais l’essentiel : un bébé en parfaite forme.

Je revois encore une brève image d’elle ruminant toute seule dans un coin d’un café face à sa tasse de thé. Sur le coup, elle m’avait presque fait de la peine.

Et puis, enfin, notre départ effectif vers des cieux plus cléments loin de l’agitation du Casino.

Oui, en y repensant, j’ai vécu les dernières parties contre DNLP sans être vraiment là, de manière totalement détachée. Comme si je connaissais déjà la fin. C’est étrange. Ou peut-être pas. C’est peut-être juste normal.

Je pense encore à toutes celles qui doivent encore en découdre avec DNLP.

(Elle est abattue les filles. Il y a peut-être moyen de remporter la mise gagnante…)

Je pense aussi beaucoup aux autres. Celles dont on ne parle jamais. Celles qui n’ont pas remporté la mise gagnante contre DNLP. Et pourtant, leur vie est loin d’être finie. Même si, dans un premier temps, c’est l’impression qu’elles doivent avoir. Et surtout, qu’on leur donne !

Combien de fois n’avons-nous pas entendu un « On n’est pas une vraie femme si on ne connait pas la maternité… »

Le corolaire de cette phrase c’est « ta vie n’aura servie à rien si tu n’as pas procréé »…

Pourtant c’est par le biais de l’infertilité et de la PMA que j’ai sentie que mon existence prenait enfin de la saveur. Ne nous sentons-nous pas plus vivants lorsqu’on se bat ? Ne cherchons-nous pas à prioriser l’essentiel plutôt que de chercher à amasser le plus possible ? Ne nous remettons-nous pas en question, et ceci, bien plus qu’une personne qui n’a jamais connu cette difficulté ? Et le fait de se remettre en question n’est-il pas une chance, finalement, de donner un autre sens à son existence ? N’est-ce pas l’étincelle qui va permettre un nouveau départ ?

Voilà ce que je souhaite à toutes, un nouveau départ dans la vie. Avec plus de gniak, plus d’envies, plus de rêves, plus de projets.

Alors me voici, attablée à ce bureau face à ce gros livre en cuir rouge ouvert sur les dernières pages désormais noircies. J’entends babiller mon petit miracle. C’est bientôt l’heure du biberon. J’aperçois par la fenêtre Mr Goutdurisque s’agiter dehors. Il s’essaye à cultiver le potager – désormais sa nouvelle lubie, bien plus saine que les parties de dés.

Il ne me reste plus qu’à poser un dernier mot avec ma plume. Un mot qui tient en trois lettres.

FIN

(pour lire ou relire toute la série le Casino dans son intégralité  c’est par ici)

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Série le Casino : épisode 49

8 juin 2013

« Bonjour Madame Looseuse, il est indiqué qu’une forte proportion de votre hématome rétro-placentaire est résorbé. Bravo ! Vous gagnez 10 minutes de mobilité supplémentaires. Bonne journée. Votre Tepazen ®« 

J’ai donc été accueillie par ce message sur l’écran digital de mon bracelet électronique au réveil et j’avoue que ça me changeait grandement de l’habituel bip bip strident qui ponctuait depuis 3 semaines mes fins de journées.

Il faut dire que 10 minutes en tout et pour tout de mobilité et pour toute une journée c’est assez peu et j’ai pu constater à plusieurs reprises et à mes dépends que ce seuil était facilement franchissable.

Ainsi, durant plus d’un mois et demi, ma grossesse s’est transformée petit à petit en prison dorée.

Contre mauvaise fortune bon cœur, je finis tant bien que mal à m’adapter à mes nouvelles conditions de vie mais il faut dire que j’étais tenue à une sacrée carotte : celle de pouvoir bénéficier de plus de liberté de mouvements passés les trois mois de grossesse.

Je vis donc ce petit message comme une sorte de récompense à tous mes efforts. Je disposais désormais de 20 minutes au total et j’avais bon espoir d’agrandir encore ma marge de mobilité.

Hélas… Force est de constater que j’ai dû encore annuler une sortie : un petit saignement s’étant invitée en fin de cette journée ensoleillée qui avait pourtant si bien commencée.

Il faut croire que dès que la bride se détend, on en profite trop et on oublie qu’il y a encore une limite à ne pas franchir. On tire sur la corde et elle casse.

Je dispose fort heureusement toujours des 20 minutes de mobilité.

Durant la matinée j’ai réalisé, sans m’en rendre compte un geste dangereux. J’ai bêtement soulevé un poids et adopter une très mauvaise position. Sur le moment, je ne m’en suis absolument pas rendu compte. C’est alors que le bip bip strident du Tepazen ® s’est enclenché.

J’avais déjà pas mal marché mais je n’avais pas outrepassé les 20 minutes, aussi fus-je désagréablement surprise. Comme une impression de m’être faite arnaquée.

« ATTENTION ! Vous avez commis un geste dangereux et vous adoptez une mauvaise posture. Veuillez dès à présent vous alitez. Un saignement va survenir.« 

La jauge du Tepazen ® était rouge écarlate : l’équivalent du risque le plus important pour le système d’alerte du Homeland Security Advisory System…

Autant vous dire que j’étais écœurée.

Comment avais-je pu être aussi bête !

Décidément, il me reste encore beaucoup à apprendre sur mon corps et sur ses limites…

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Série le Casino : épisode 48

15 mai 2013

— Alors, Mme Looseuse, comment allez-vous ? Qui eut cru que vous alliez saigner pendant trois longues semaines. Et pourtant avec une grossesse, c’est bien la dernière chose à laquelle on s’attend. ironise DLNP pour meubler le silence pesant de la salle de jeu.

Je jette un regard de mépris à mon adversaire de toujours et je sens le même regard de Mr Goutdurisque.

— Mesdames, s’il vous plait, veuillez cesser et placer vos mises respectives, fait le croupier.

— Je n’ai rien fait, moi ! lance-je.

Le croupier me lance un regard de profonde désapprobation digne de celle d’un professeur envers un élève récalcitrant puis soupire de lassitude.

Il faut dire qu’il s’agit essentiellement du même croupier qui a officié depuis plusieurs années à cette table et notamment pour les parties entre DNLP et moi-même.

Ce dernier a vécu toutes les péripéties et trouve bien du mal à cacher sa satisfaction depuis que la partie FIV a donné un positif, ainsi que l’espoir que ça continue encore dans ce sens.

Sa satisfaction n’est point due au fait que je sois enfin sur la bonne voie mais au fait que les parties entre DNLP et moi-même prendront bientôt fin dans les prochains mois. Deux trimestres pour être exact.

En effet, cette partie-là qui va se jouer dans les quelques minutes concerne l’écho des 12SA. Celle qui va déterminer en grande partie l’issue de cette grossesse. La tension autour de la table est palpable. Le croupier a d’ailleurs bien du mal à restreindre sa nervosité.

— Mesdames, veuillez placer vos mises. Je ne me répèterai pas !

DNLP fait glisser son tas de plaquettes vertes arborant ses initiales. Je fais de même avec mon tas de plaquettes maxi-espoirs.

— Même si vous gagnez, commence-t-elle, acerbe, je vous promets une grossesse difficile. Après tout, vous n’êtes pas de la première jeunesse !

Elle se mit à pouffer à mon encontre.

Je ne répond pas mais lui lance un regard de défi.

— Rien ne va plus ! entonne le croupier.

Le dé est lancé en hauteur. Tous les yeux suivent sa trajectoire. Toutes les respirations s’arrêtent.

Le dé retombe sur la face : « Fœtus vivant, mobilité spontané, rythme cardiaque normal, risque de trisomie 21 très faible« .

Les badauds qui ont parié sur ma pomme applaudissent, me congratulent, s’embrassent et hurlent de joie.

DNLP se met à pleurer mais à travers ses larmes je vois son regard chargé de haine.

— Rien n’est encore gagné. Pour aller jusqu’au bout, vous allez devoir fortement restreindre votre liberté de mouvement. N’oubliez pas ! Le décollement ! J’ai le droit de vous imposer ça ! hurle-t-elle de sa voix perçante.

Le croupier me confirme qu’il y a effectivement un autre décollement. Ce dernier est rétro-placentaire.

Il me donne un bracelet électronique qui est aussitôt placé autour de mon poignet et m’explique que ce dernier comptabilise tous mes mouvements, mes pas et les gestes pouvant être dangereux et provoquer un saignement. Une jauge est d’ailleurs visible et cela me permettra de voir si je suis proche ou non de la limite autorisée. Cette dernière est, m’explique-t-il, encore assez restreinte. Si je franchis cette limite, il y aura saignement.

Une fois, DNLP partie, le croupier m’explique que ces saignements seront relativement peu abondants, à moins de beaucoup dépasser la limite, et qu’ils n’auront aucune conséquence sur la santé du fœtus. Le décollement de DNLP est juste un moyen, dérisoire et méchant, pour elle de me pourrir la vie.

Il m’explique qu’il vaut mieux le voir comme une chance de savoir détecter si je mets trop à mal mon organisme et donc la santé du fœtus. Il ajoute que la limite actuelle qui m’est imposée va certainement évoluer et que d’ici quelques semaines, je pourrai, avec un peu de chance et de patience, avoir plus de liberté de mouvements. Même si… je n’en aurai jamais autant qu’une grossesse normale.

Mr Goutdurisque et moi-même observons le bracelet électronique d’un œil circonspect. Ce dernier est de la marque Tepazen ®. On s’aperçoit avec stupeur que l’écran digital du bracelet clignote. Sur la droite de l’écran une jauge a pris une couleur rouge et semble avoir quasiment atteint sa limite. Juste à côté un message est affichée en caractère gras.

« Votre Tepazen ® vous indique qu’il vous reste 2 min de mouvements. Veuillez immédiatement envisager la position allongée dans les plus brefs délais.« 

— Quoi ??? Mais ils se foutent de moi ! On s’est juste rendus à la table de jeu ! m’insurge-je.

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Série le Casino : Episode 45

[A la demande Hope 😉 J’avais prévu un épisode très différent et un autre tournant dans la série mais bon. Faut s’adapter !]

Mars 2013

Les flashs des appareils photo crépitent fiévreusement autour de la table de jeu depuis que DNLP et sa cour ont fait leur entrée.

Mr Goutdurisque et moi même étions déjà en place depuis une dizaine de minutes. Je ne regarde même pas DNLP ni la masse de curieux qui s’est pressée autour des photographes. Mon cerveau fuse. Mes préoccupations sont à vrai dire très loin de cette table de jeu. Loin de cette FIV IMSI. La dernière, l’ultime.

— Mr Goutdurisque, vous souvenez-vous de la conversation que nous avons eu il y a quelques jours ?

— Parfaitement. Vous me disiez que vous comptiez quitter le Casino. Mais… Personne ne peut quitter le Casino ! s’insurge-t-il.

— C’est ce qu’on vous a toujours fait croire mon pauvre ami. Vous êtes institutionnalisé. Vous n’avez jamais imaginé d’autre vie qu’en dehors de cette horrible endroit.

L’ambiance est tellement électrique, le brouhaha si intense, qu’il nous ait facile de deviser sans crainte sur la possibilité ou non de s’évader du Casino. Personne ne fait attention à nous.

— Mais enfin, ma chère amie, vous divaguez ! Personne n’est sorti du Casino. C’est juste impossible.

— Rien n’est impossible. Mais il est vrai qu’on ne peut agir tout seul… je m’interromps quelques instants avant de me pencher vers l’oreille de mon complice. Mr Goutdurisque, si je pars, est-ce que vous comptez partir aussi ? J’aurais tellement besoin de votre optimisme dans mes projets futurs.

— Je ne sais pas… bredouille-t-il, livide, à mon oreille. J’ai tellement peur de…

— De dehors ? De l’inconnu ? Vous serez libre mon ami. Vous m’entendez ? Libre ! fais-je emportée par mon enthousiasme avant de reprendre dans un murmure. J’ai un plan. Je peux vous le certifier. On peut s’évader du Casino.

Mr Goutdurisque reste interdit.

— Alors, Mme Looseuse ? N’est-ce pas trop pénible pour vous de vous retrouver à cette table de jeu ? me lance de sa voix haute et claire DNLP ce qui coupe net le vacarme ambiant pour laisser place à un silence glaçant.

— Pourquoi le serais-je ? fais-je tranquillement. Vous comme moi, connaissons déjà le résultat. Entre nous, il n’y a pas vraiment d’enjeu.

— Est-ce vrai que c’est la dernière tentative ? demande DNLP en affectant un faux air navré et en claquant sa langue.

Les photographes de la Gazette du Casino se mettent à me flasher avec ferveur.

— C’est tout à fait exact.

— Mais… ça ne vous fait rien ?

— Pourquoi ? ça devrait me faire quelque chose ? Sachez, DNLP, que dans quelques années, je repenserai au long conflit qui nous a opposées presque avec nostalgie… Je dis bien… presque, hein ?

DNLP reste interdite, les photographes s’en donnent à cœur joie, le murmure des badauds devient un véritable brouhaha.

— Mesdames, Messieurs, s’il vous plait ! S’il vous plait ! Un peu de silence. lance le croupier, déjà dépassé par l’ampleur que prend cette partie FIV. Merci de bien vouloir me faire connaître les divers paris.

Plusieurs retardataires se présentent au croupier en montrant leur billets. « 100 contre 1 en faveur de DNLP » mentionne l’un d’eux.

— Merci de bien vouloir déposer vos mises, Mesdames. entonne le croupier d’un ton péremptoire.

DNLP avance en gloussant sa grosse pile de Maxi-Espoir. J’avance deux petits jetons de « micro-espoirs ». Un pour chaque embryon J1.

— C’est ridicule ! lance DNLP en observant avec dédain ma mise minable.

Je ne répond rien. Je hausse des épaules.

— C’est vrai, vous auriez pu mettre un peu plus de panache pour cette dernière partie. me reproche à voix basse Mr Goutdurisque.

— Pourquoi faire ? J’ai besoin d’un maximum de jetons « espoir » pour exécuter mon plan d’évasion, donc je préserve ma monnaie. Enfin… il faudra pas mal de jetons « Haine » aussi car on aura besoin de la pègre du Casino mais je suis tranquille de ce côté-là selon mon Mr Hargne

— Quoi ? De la pègre ? lance, outré, mon complice.

— Évidemment ! dis-je, agacée par tant de candeur. Vous croyez peut-être qu’on peut s’évader sans faire appel à eux, raille-je. Et puis, je compte laisser un souvenir indélébile à ce Casino de merde !

— Rien ne va plus ! lance le croupier d’un ton emphatique.

Deux dés sont lancés en hauteur mais, ni moi, ni Mr Goutdurisque n’y prêtons attention, tout occupés à notre conversation.

— Parce que je ne compte pas partir par la petite porte, voyez-vous ? continue-je de plus en plus véhémente. Je partirai… Nous partirons avec panache ! Oui, Monsieur ! Parfaitement ! Avec panache !

J’aurais pu prolonger encore longtemps ma tirade enflammée mais quelque chose me retient…

Un silence. Un silence de mort.

Puis tout d’un coup, un cri. Un cri strident. Celui de DNLP. Pas celui auquel j’ai été habituée depuis des années. Pas celui d’une grande allégresse.

Non.

Rien à voir…

— Et gagner à une partie FIV IMSI, ça fait parti de votre « plan » d’évasion j’imagine. ironise Mr Goutdurisque en me désignant les deux dés sur la table.

Je crois avoir la berlue. Pourtant je vois bien une face « ENCEINTE ».

— QUOI ? fais-je en oubliant de masquer mon ton offusqué. Merde, Monsieur le croupier, vous avez dû vous gourer là ? Vous êtes sûr qu’ils ne sont pas pipés ces dés ?

Les badauds sont atterrés. Le croupier me répond en balbutiant qu’il est formel. Les dés sont véritables, non pipés.

Publié dans Le Casino (la série), Mode dinde activé

Quelques nouvelles et peut-être… la suite du Casino (teasing)

D’abord un point rapide depuis ma mésaventure.

Tout va bien ou plutôt mieux. Les saignements semblent s’être estompés voire stoppés donc j’espère que ça continuera comme ça.

Le repos m’a fait du bien. c’était vraiment ce qu’il me fallait. La contracture à la fesse gauche a également disparu.

J’ai passé mon temps à pioncer. A moi, les longues siestes du matin ou de l’après-midi dans le canapé ! 😉

Malgré ces longues phases de sommeil, le reste du temps, j’ai trouvé le temps long  justement.

Vendredi dernier, j’ai osé une première sortie de 5 minutes (le temps d’aller faire quelques courses et d’aller chercher le reste de mon utrogestan). J’ai eu l’impression de sortir de prison !  😀

Il a fallu combattre mes envies de gros ménage et je peux vous dire que c’est dur quand on voit les moutons de poils s’accumuler et le sol devenir de plus en plus dégueu !

J’ai expérimenté les nausées à deux reprises. A 11 SA, il était temps me direz vous. Elles arrivent toujours vers 17-18h. J’ai trouvé le truc : manger un kiri ou une vache qui rit.

D’ailleurs c’est le moment de faire un point symptômes de grossesse.

Je vous disais précédemment (et ce, à plusieurs reprises, qu’ils étaient quasi inexistants) mais en fait, en cherchant bien, j’en ai mais différemment de ceux qu’on a l’habitude d’évoquer.

Les symptômes répertoriés chez la Plume :

  • Constipation : Oui et intestins gonflés qui vont avec. J’ai donc du bide mais c’est pas dû à la grossesse pour l’instant. La sédentarité forcée dans laquelle je me suis retrouvée à aggraver le phénomène. Il me tarde d’avoir bientôt l’autorisation médicale pour aller faire du sport. Je mange des pruneaux, je bois, je mange des fibres mais rien n’y fait ! Faire ça ou pisser dans un violon c’est du pareil au même.
  • Aigreur d’estomac et nausées : très rarement voir ponctuellement (voir plus haut) mais j’ai trouvé le truc 😉 Et d’ailleurs, je pense que c’est plus lié à mon inconfort intestinal qu’à la grossesse elle-même.
  • hypoglycémie ! : ben, oui, il y a eu plusieurs fois où j’ai vu le décor partir sur le côté ou je me suis sentie partir également. Bref limite malaise. Des trucs dans les yeux qui t’empêche de bien voir et une grande faiblesse. Celaa arrive généralement vers 12h. Là aussi, j’ai trouvé le truc. Faut manger. C’est tout con, hein !
  • Coups de chaleur : On dit que c’est à la ménopause que tu sues, mais en fait, enceinte aussi. Je ne supporte aucun environnement confiné, je commence à avoir chaud et à me sentir mal. Bref, je fais des vapeurs de femme enceinte… La solution : fuir le lieu !
  • Pilosité : décidément (comme la ménopause, bientôt je vais changer de voix aussi…). Mes cheveux sont moins gras, plus forts mais mes poils aussi putain de merde ! Je vais bientôt ressembler à Chewbacca !

Les symptômes que je n’ai pas :

  • une poitrine plus volumineuse et plus sensible : punaise, s’il y a bien un symptôme que je voulais, c’était bien celui-là. Je suis déçue mais déçue !! 😉
  • saignements des gencives : elles ne se sont jamais mieux portées que depuis que je suis enceinte. C’était avant les saignements et c’était devenu même chronique comme problème.
  • vomissements : néant. Je connais ma chance. Cela ne va peut-être pas durer.
  • Libido exacerbée : c’était vrai avant les saignements mais depuis, c’est le désert…
  • Odorat développé : ben là, non. Vraiment pas. Tant mieux me direz-vous.
  • gout métallique dans la bouche : non
  • appétit chamboulé : non. J’ai très bon appétit. Aucune envie particulière.
  • acné : non.
  • hypersalivation : non.
  • Toujours envie de pisser : non sauf si je bois beaucoup d’un coup.

Bon voilà, maintenant que c’est fait ce point symptômes, j’attends notre premier RDV à la maternité où il y aura la fameuse écho qui officialisera tout ça. Je ne vous cache pas que je balise à l’idée de voir une grosse nuque ou un échographe faire la grimace devant l’écran… J’ai tout préparé pour le RDV en terme de papiers et de PDS et d’échos. Cela va nous prendre la matinée entre la finalisation de l’inscription administrative, la PDS, l’écho, la consultation etc.

C’est très étrange de se dire qu’on va rentrer dans une maternité. Punaise, le George et moi dans une maternité !!

Je ne manquerais pas de vous faire un point sur ce RDV et après, selon les résultats, je publierai plusieurs épisodes du Casino qui semble-t-il sont attendus avec une certaine impatience (n’est-ce pas Hope ?).

Publié dans A propos d'écriture, Le Casino (la série)

Série le Casino : épisode 44

Le sommeil ne venant pas, je me suis résolue à descendre au seul salon-club pour noctambules du Casino.

J’ai pris goût à ce bruit de fond empli de tintements de verre et de murmures des conversations feutrés.

Je me dirige comme à mon habitude vers une alcôve sombre et isolée. L’un des rares coins qui soit indirectement éclairé par les quelques lampes à pétroles du salon.

Je m’installe sur le fauteuil en velours bordeaux et attends le barman qui met toujours un peu de temps pour venir prendre ma commande. Je choisis invariablement un whisky alors que je déteste ça. La dégustation sera plus lente ce qui me laissera plus de temps.

Mais plus de temps pour quoi au juste ?

Plus de temps pour échapper à la venue de Mme Déprime. Plus de temps au soleil pour faire son entrée dans le monde. Plus de temps à mes réflexions.

Plus de temps.

En attendant le barman, mon regard se perd sur un des écrans où l’on peut voir ce qui se déroule dans l’immense salle de jeu 24h sur 24.

— Ceux sont de jolies papillons de nuit… fais une voix âpre tout proche de moi.

Je sursaute. Un vieux monsieur est assis à côté de moi. Je ne l’avais même pas remarqué.

— Je vous demande pardon ? fais-je.

— Mais oui… Là. fait-il en désignant avec la longue cuillère de son cocktail le grand écran du téléviseur. Les joueurs. On dirait des insectes, vous ne trouvez pas ?

Intriguée, j’incline ma tête comme si ça pouvait m’aider à mieux observer et comprendre ce que le vieux déblatère.

— L’espoir c’est une drogue dure. C’est ce qui anime tous ces millions de gens qui jouent aux tables de jeux du Casino. Sans l’espoir, le Casino fermerait boutique. Si l’espoir s’en va, le Casino meurt donc le Casino doit faire en sorte que l’espoir perdure sinon c’est la fin. Mais l’espoir c’est précisément ce qui conduit au pire des désespoirs. Quand rien ne vient… A chaque échec, on tombe dans un désespoir plus profond mais on ne peut s’empêcher de miser. Encore. Parce que l’espoir renait. C’est ce qui nous anime. Mais quand cet espoir est mal placé et qu’il est vain de miser dessus, on ne peut que se détruire en fin de compte. C’est l’ultime torture mentale. L’espoir, oui, c’est une drogue. La pire de toutes… conclut le vieux bonhomme dans un murmure étouffé.

Je reste interdite. Le vieux a raison. Et si j’avais misé en vain depuis le début ?

Le vieux s’anime encore et me glisse :

— Regardez-les bien tous ces joueurs. Observez-les… Ils jouent comme si leur vie en dépend. Mais combien vont à leur perte ? Exactement comme les papillons…

— Les papillons ?

— Oui… Comme les papillons de nuit attirés par la lumière d’un lampadaire et qui se crament les ailes. Exactement comme les papillons de nuit…