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7ème nouvelle : Blizzard – partie 10 #ProjetBradbury

Précédemment dans Blizzard :

  1. partie 1
  2. partie 2
  3. partie 3
  4. partie 4
  5. partie 5
  6. partie 6
  7. partie 7
  8. partie 8
  9. partie 9

 

Plongée en eaux troubles

L’eau était âprement glacée. C’était bien ce qui l’avait frappé en premier lieu avant même de réaliser qu’il était tout bonnement en train de se noyer.

Mais pourquoi n’arrivait-il pas à remonter à la surface ?

Ah oui… Les vêtements…

Ces derniers l’engonçaient terriblement. Il aurait donné cher pour être à poil et recouvrer une totale liberté de mouvements. Au lieu de ça, plus il se débattait, plus il coulait comme une vulgaire pierre.

Je vais mourir…

Que deviendrait Léo ?

Thomas luttait encore malgré tout pour empêcher tout réflexe d’inhalation.

N’ouvres pas la bouche. N’ouvres surtout pas la bouche.

Alors que sa descente vers le fond semblait enfin ralentir, il aperçut une forme en profondeur quelques mètres en-dessous.

Derrière lui, les rayons diffus du soleil tapèrent en oblique la surface de l’eau et lui permirent de détailler ce que c’était.

Un corps. Celui d’un enfant noyé, juste là, sous lui.

Le choc de cette vision fut si violent qu’il perdit le contrôle. En hoquetant d’horreur, il ouvrit malencontreusement sa bouche faisant s’engouffrer l’eau salée directement dans sa trachée.

Avant de sombrer, Thomas eut une dernière pensée.

C’est la fin… Je vais rejoindre ce petit garçon mort en bas.

Un petit garçon qu’il ne connaissait que trop bien…

******

Maman dormait encore. C’était super parce que Victor pourrait aller essayer la barque. Maman lui avait pourtant dit qu’il était hors de question d’y monter mais il n’était pas d’accord.

À quoi sert-elle alors,  si ce n’est pour naviguer sur le lac ?

Lily avait bien essayé de le raisonner mais rien n’y faisait. Il était résolu. Il n’avait pas la frousse. Cette trouillarde avait même refusé d’y monter.

Tanpis, j’irai tout seul ! Ça sera moi le seul pirate !

Il n’y avait pas de rame, mais ce n’était pas ce détail qui allait l’arrêter. Il ramerait avec ses bras voilà tout. Il avait donc dénoué la corde rattachée au ponton et y avait donné un grand coup de pied pour donner suffisamment d’impulsion à la barque et même qu’il avait failli tomber dans l’eau durant cette opération mais il s’en était tiré à bon compte.

Le ciel était gris et bas. La surface du lac était calme. Un peu de brume flottait par-dessus.

Et puis, il vit la chose, là, au fond. Oui, il y avait un truc et c’était même un truc énorme.

Il se pencha pour voir de plus près, mais ça ne suffisait pas pour discerner clairement ce que c’était. Il se pencha un peu plus et chuta dans l’eau.

Ce ne fut point la chute qui le surprit, mais l’extrême froideur qui lui enserrait douloureusement les côtes. Tombé tête la première, il avait bien réussit à se retourner mais impossible d’atteindre la surface. On aurait dit qu’une force invisible le tirait vers le bas.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit enfin ce que c’était qui l’avait poussé à trop se pencher depuis sa petite embarcation.

Un homme flottait immobile au fond de l’eau, juste sous lui. Un noyé qui lui sembla étrangement familier.

Et puis… Les yeux du mort s’ouvrirent.

Horrifié, Victor hurla, oubliant qu’il était toujours sous la surface du lac. Sa bouche s’emplit d’eau saumâtre.

Au même instant, il se sentit happé vers le haut. Une main ferme lui avait empoigné le col de son sweat-shirt.

C’était le papa de Léo. Au fond. C’était le papa de Léo… fut sa dernière pensée avant de sombrer dans le néant.

******

Jane… Ses lèvres si douces. Tellement envie de la serrer.

Elle y met tant d’ardeur dans ses baisers, mais je ne peux pas, c’est mal. C’est très mal même. Non, Jane arrête ! Arrête, c’est trop bon mais c’est très mal. Tu es mariée, Jane. Penses à tes gosses et puis Jérôme je l’aime bien. Je ne peux pas lui faire ça.

Arrête Jane ! Arrête ! Pourquoi tu presses si fort tes lèvres contre les miennes ? Pourquoi tu souffles si fort dans ma bouche ? Pourquoi j’ai froid ?

J’ai très mal partout. Il fait horriblement froid. Ça me brûle ! J’étouffe !

Je…

Il sembla à Thomas que ce furent des litres d’eau qu’il vomissait en saccades. Jane se tenait vraisemblablement au-dessus de lui et l’avait judicieusement retourné sur le côté pour s’assurer que toute l’eau salée sorte de sa cage thoracique. Jane avait aussi beaucoup de force puisqu’elle le plaqua subitement sur le dos pour le déshabiller et le frictionner.

« Non, Jane, il ne faut pas…  murmura Thomas d’une voix rauque.

— Ah si ! C’est même impératif ! Il va bien falloir te mettre à poil pour te retirer tes vêtements mouillés, sinon, tu vas mourir d’hypothermie alors que je viens de te sauver de la noyade » lança une voix d’homme autoritaire.

Thomas ouvrit ses yeux et ne put cacher sa surprise mêlée de déception que ce ne fut pas Jane qui se tint juste au-dessus de lui.

« Et désolé de te décevoir mon garçon, mais je ne suis pas Jane. » rajouta le paléontologue d’un ton à la fois railleur et navré.

Thomas jeta un œil aux alentours tandis que son hôte, trempé et grelottant, s’empressait de le déshabiller et crut avoir une seconde hallucination. Il neigeait. De gros flocons denses.

******

Il crachait encore l’eau du lac quand il entendit une voix au-dessus de lui, couvrant à peine les pleurs de Lily.

Cette voix, il ne la reconnaissait pas. Pas plus que celui qui se tenait au-dessus de lui et qui l’invectivait de respirer.

Était-ce réellement son grand-père ? Où est passé le vieux gâteux qui était perpétuellement scotché devant la télévision ? Qui était ce type trempé jusqu’aux os qui le secouait violemment et lui dardait des yeux furibonds ?

L’homme qui ressemblait à son grand-père le souleva comme s’il n’était pas plus lourd que la peluche de Lily.

« Vas donc chercher une couverture ! Vite ! Au lieu de rester plantée là comme ça… »

Celle à qui il s’adressait n’était autre que maman, complètement paniquée.

Une fois allongé sur le canapé, en face de la cheminée, l’homme entreprit de lui frictionner énergiquement les jambes tandis que sa mère lui retirait le sweat-shirt.

Sa grand-mère se tenait debout, les bras ballants, la bouche ouverte, complètement indifférente aux hurlements stridents de Lily qui lui tirait sa robe de chambre. Elle ne le regardait même pas, alors qu’il était passé pas loin de la mort. Elle dardait des yeux sidérés sur son sauveur qui s’attaquait désormais à retirer son pantalon trempé.

« Et bien mon garçon, il va falloir dire à ta mère de t’inscrire à la natation. Tu verras, c’est bien et si tu es aussi doué que ton grand-père, tu finiras comme lui, meilleur nageur en crawl cuvée 1968. » se vanta l’homme qui frictionna ensuite son torse de manière vigoureuse.

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7ème nouvelle : Blizzard – partie 9 #ProjetBradbury

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  1. partie 1
  2. partie 2
  3. partie 3
  4. partie 4
  5. partie 5
  6. partie 6
  7. partie 7
  8. partie 8

Tu t’étais perdu(e)

« Je crois que tu t’es perdue… »

Cette petite remarque murmurée au coin du feu fit sursauter Jane.

D’abord, elle crut avoir rêvé. Elle commençait d’ailleurs à s’assoupir sur le premier tome de Fifty Shades of Grey et envisageait sérieusement de se soustraire à l’abrutissement que ce roman lui inspirait en imitant sa mère et ses enfants qui s’étaient déjà couchés.

Et puis, voilà que son père l’avait sortie de sa torpeur.

« Je crois que tu t’es perdue… »

Et il l’avait dit en français qui plus est, alors qu’il n’avait plus prononcé un seul mot dans la langue de Molière depuis des années.

La perte de son bilinguisme avait été d’ailleurs l’un des premiers signes de la maladie. Au début, Jane s’était aperçue qu’il semblait éprouver des difficultés à suivre une conversation avec son mari. Ensuite, plus tard, elle se rendit compte qu’il ne pouvait plus formuler correctement ses phrases. Elle apprendra, par la suite, qu’il y avait eu bien d’autres manifestations, plus évidentes celles-là. Sa mère lui avait, en effet, confiée que son époux se perdait souvent en ville et qu’il souffrait de plus en plus de confusion. A cette époque, il avait encore assez d’amour propre pour supplier sa femme de ne rien révéler de ses déboires à leurs enfants.

Lorsqu’il était devenu évident que son père était atteint d’Alzheimer, il avait, en plus de la plupart des souvenirs, perdu totalement l’usage du français.

Il en était maintenant au stade où il ne savait plus si nous étions le matin ou le soir, où il prenait Jane pour une de ses tantes – Lucy, morte en février 1974, bien avant sa naissance — et où il marmottait des paroles hébétées pour quémander un sandwich au cheddar qu’il avait pourtant ingurgité une heure auparavant.

Aussi, l’entendre énoncer clairement une phrase en français fut pour Jane un réel choc.

Elle avait redressé la tête et s’était mis à observer son paternel avec attention et à la dérobé. Or, ce dernier la scrutait également et avec un regard si pénétrant qu’elle en tressaillit.

« Oui… Tu t’es perdue. » réitéra tranquillement son père tout en continuant à la sonder avec gravité et tristesse.

Il était assis depuis des heures sur ce vieux fauteuil club défoncé de leur location de campagne. Il en avait d’ailleurs très vite fait sa propriété. L’endroit était idéal, situé entre la cheminée et la télévision perpétuellement allumée.

Son père s’adressait-il vraiment à elle ou à un des fantômes de son passé — Lucy pour ne pas la nommer ?

« Daddy… C’est à moi que tu parles ? émit-elle, hésitante et tremblante.

— Bien sûr que c’est à toi que je parle, à qui d’autre ? s’irrita-t-il, avant de saisir ses lunettes posées sur son nez pour les nettoyer nerveusement avec la manche de sa chemise – un geste qu’elle connaissait par cœur et qu’il n’avait plus fait depuis des lustres du fait de son Alzheimer.

Elle resta figée de stupeur, la bouche entre-ouverte, tremblante. Le pavé Fifty Shades of Grey qu’elle tenait encore dans sa main chuta lourdement sur le tapis.

« Je ne comprends pas… balbutia-t-elle.

— C’est pourtant simple, ce que je te dis. Quand je pose le regard sur toi, je vois qui ? Je vois la femme de Jérôme, je vois la mère de Victor et Lily, je vois la salariée robotisée, mais toi, je ne te vois plus… Tu t’es oubliée. Tu t’es perdue. Tu es devenue quasi-transparente. » termina-t-il, lapidaire.

Jane ne sut quoi répondre. Peut-être s’était-elle assoupie sur son Fifty Shades of Grey en fin de compte et qu’elle était en train de rêver que son père, non seulement avait retrouvé pleinement ses esprits, mais, qu’en plus, il lui crachait des reproches.

Mais elle n’eut pas le loisir de se pincer l’avant-bras pour vérifier cette hypothèse que déjà son paternel enchaîna derechef.

« Donc, voilà, je suis en train de te dire que tu ne fais rien de ta vie, et tu ne réagis pas plus que ça ! Non vraiment je suis déçu, mais déçu… Jane, bon sang, je t’ai élevée pour être libre, confiante, radieuse, pour que tu puisses être épanouie personnellement, professionnellement, mais là, telle que je te vois, je ne vois qu’une ombre. Où est donc passée ma petite fille si pleine de fougue ? Où est passée la jeune femme pleine d’ambition ?
— Elle s’est pris la vie en pleine gueule ! » railla Jane, amère, avant de s’effondrer.

En pleine crise de larmes incontrôlables, elle sentit la main de son père lui effleurer les épaules. Elle leva la tête et vint se blottir contre lui.

Reprenant ses esprits, elle se redressa et s’adressa à son père.

« Mais toi aussi, papa, tu t’étais perdu … Où étais-tu passé? Toi, aussi, tu n’étais plus qu’une ombre. Est-ce que je rêve ? Est-ce que ta saleté d’Alzheimer est partie, ou n’est-ce qu’un petit répit ?»

Elle n’obtint, comme seule réponse, qu’un petit hochement de tête de ce dernier qui révélait toute sa perplexité. Lui-même était manifestement ébahi de ce qui lui arrivait. Jane avait très envie de réveiller la maisonnée entière pour rendre compte du miracle mais son père l’en dissuada.

« Laisse-les dormir, fit-il avant d’enchaîner. Nous avons à discuter, toi et moi. Nous avons beaucoup à rattraper. »

Ils passèrent la nuit à parler. Elle raconta sa triste vie. Comment Jérôme se faisait de plus en plus absent : le travail et le quotidien qui use. Comment elle se sentait déconsidérée dans un emploi qui était devenu alimentaire. Comment elle en était réduite à tout gérer à domicile : les courses, les enfants, les factures. Comment elle s’était un peu trop rapprochée du voisin du 6ème étage et même ce baiser échangé lors de la survenue de la crue de la Seine et des rats qui avaient débarqué, et la culpabilité qui allait avec.

Elle ne sut pas comment elle avait fini par s’endormir sur le canapé, lorsqu’elle se réveilla, il faisait jour. Son père n’était plus là. La maison était étrangement silencieuse. En frissonnant, elle se dirigea vers la cuisine afin de se préparer un thé. La fenêtre donnait sur le lac. Elle vit sa fille Lily de dos debout sur le ponton. Ce fut le hurlement de cette dernière qui lui fit réaliser que la petite barque n’était plus attachée au ponton.

Jane sortit en trombe de la maison.

La petite barque gitait beaucoup sur la surface plane du lac. Elle était vide.

Victor… Non…

« On dirait qu’on serait des pirates, maman. »

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Blizzard – Partie 8 #ProjetBradbury

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Mais où sont passés les rames ? – deuxième

Jean-Charles reconnaissait volontiers qu’il haïssait ses contemporains. Il l’avait toujours fait. Cette propension à la misanthropie s’était depuis considérablement aggravée, le séjour en Mongolie en étant le catalyseur.

Autant avant ce voyage, il réussissait à faire illusion. Autant, depuis son retour, ça lui était totalement impossible.

La vie pour lui n’avait plus de sens. Tout, désormais, lui paraissait grotesque au point qu’il éprouvait de plus en plus d’indifférence envers le sort de ses semblables humains du genre homo sapiens. Quand il s’en était inquiété au point de s’en confier à Michel. Ce dernier lui avait affirmé que c’était parce qu’il se faisait vieux.

« Faut croire que tu deviens un vieux con. » c’était même ce qu’il lui avait précisément dit.

Or, Jean-Charles n’adhérait pas du tout à cette explication un peu trop simpliste. Le meilleur argument étant qu’il avait depuis toujours éprouvé du mépris et de la colère envers l’humanité.

L’explication était ailleurs et il n’y avait pas besoin d’aller chercher bien loin.

Son séjour en Mongolie l’avait effectivement transformé.

Seulement, il avait, selon toute vraisemblance, rejoint le côté obscure de la Force

Il en était revenu plus seul et amer que jamais. Une rage lourde le tenaillait, mais surtout, une culpabilité qui n’avait rien à envier au pire des despotes que la Terre eut porté car il était à l’origine de la fin de tout un peuple. D’une autre espèce même.

En vouloir, en effet, à la planète entière était jusqu’ici plus commode plutôt que d’assumer son entière responsabilité. Une responsabilité qu’il aurait volontiers partagé avec José Perez, même si ce dernier préférait se draper dans un simulacre de remords à chaque fois qu’il apparaissait à la télévision dans une émission grand public.

Et maintenant que Jean-Charles se trouvait comme un con sur le pont de son bateau à la dérive, il ne pouvait plus se mentir à lui-même. Tout était clair et limpide comme l’eau de la Méditerranée qu’il affectionnait tant.

Coupable ! Tu es coupable.

L’ex-paléontologue éprouva même une sorte de soulagement à cette situation désespérée.

Mourir seul, en pleine mer, loin du tumulte grouillant, ce n’était pas si mal en fin de compte.

Le monstrueux et non moins étrange cumulo-nimbus noir qui s’avançait lentement dans le ciel semblait même lui donnait raison. Il ne croyait pas en Dieu mais ça ressemblait foutrement à une sorte de punition divine, non ?

Oui, j’ai bien mérité de mourir.

Sauf que… Voilà, Jean-Charles n’était pas seul.

Il s’était permis de fantasmer une fin tragique digne d’un vieux loup de mer solitaire ou plutôt digne d’un vieux con, mais même ça, il allait devoir s’y assoir dessus.

Tout ça à cause de ce pauvre type qui s’agitait bêtement sur son pont.

Savais bien que ma gentillesse me perdrait…

Qu’est-ce qu’il lui avait pris d’avoir embarqué ce parisien, lui, le Grand Misanthrope devant l’Eternel ?

En y repensant, il trouva même anormal qu’il eut émis une telle invitation. Jamais auparavant, il n’avait autorisé de passager sur son bateau.

De même que jamais il n’avait connu d’avarie aussi grave en mer.

Tout était une première et cela le dérouta complètement.

Et voilà que le parigot commençait à avoir des haut-le-cœur.

Non. Pas ça. Ne dégueule pas sur mon pont !

Finalement, le bonhomme trouva le réflexe d’éjecter l’intégralité de son petit déjeuner au-dessus du bastingage. Jean-Charles lui en fut reconnaissant. Brièvement. Une occasion unique de mourir loin du monde honni était gâchée par la seule présence de cet imbécile !

Plouf !

C’était quoi ce qui est tombé dans l’eau avec ce qui reste des tartines beurrées à la confiture d’abricot faite maison par Marion ?

Ah oui… Le con… Il vient de perdre son mobile qui était dans sa pochette.

Le malheureux quarantenaire ne s’en était visiblement pas encore aperçu. Il se redressa, livide, et s’assit lourdement sur la banquette arrière.

« Bon, je vais appeler Michel. » lança Jean-Charles tout en sachant pertinemment qu’il avait négligé de charger son mobile dont le niveau de batterie s’affichait dangereusement au rouge.

Il ouvrit l’appareil, chercha dans ses contacts et sélectionna son ami. Le réseau n’était pas au top, aussi, l’orienta-t-il pour avoir une chance d’entrer en contact.

La sonnerie retentit avant de passer à la messagerie vocale. Michel, comme à son habitude, avait dû laisser en plan son mobile ou le mettre en silencieux.

Jean-Charles pesta silencieusement et opta pour Marion. Il la sélectionna, appuya sur la touche d’appel, mais l’écran du mobile s’éteignit.

« NON ! glapit le chercheur, ivre de rage.

— Vous voulez le mien ? balbutia le parisien.
— Vous l’avez perdu. Il est tombé dans la flotte pendant que vous étiez en train de vomir.
— Quoi ? s’alarma son hôte, paniqué, qui se mit à tâter la poche avant de sa veste avant de constater que le chercheur disait vrai. Oh merde ! On va faire quoi ?
— Je vais chercher les rames de secours. On va s’en servir pour s’abriter à côté de l’Île Verte avant que le temps ne se gâte. »

L’île en question n’était qu’à quelques encablures de la Ciotat, mais il était inutile d’espérer rejoindre le port à la rame, sachant qu’il serait déjà ardu de gagner une crique à temps pour se mettre à l’abri du monstre qui allait s’abattre sur eux.
Il lui semblait d’ailleurs déjà sentir quelques gouttes glacées tombant du ciel.

L’ex-paléontologue ouvrit le panneau central du pont afin d’y extraire les rames mais ne trouva que son vieux matériel de pêche.

Merde, c’est vrai.

Il lui revint en mémoire qu’il avait, en effet, fait la connerie de les enlever parce qu’il manquait de place justement. Une erreur dont il allait s’en mordre les doigts.

« Alors ? fit le passager d’infortune du chercheur.
— Alors, elles n’y sont plus. Voilà ! s’irrita Jean-Charles.
— Quoi ? Mais qu’est-ce qu’on va faire ?

Le chercheur n’écoutait déjà plus les jérémiades du parisien. Quelque chose l’intriguait. Les gouttes qu’il sentait sur son pif étaient étrangement aussi légères que du coton. Il jeta un œil au ciel. Un quart d’heure avant, il était bleu. Là, il était noir. Et ce qui tombait n’était rien d’autre que des flocons de neige.

De la neige… Alors que la prévision météo ne parlait que d’anticyclone.

Les pensées de l’ex-paléontologue furent alors parasitées par le monologue irrité de son hôte.

« Mais vous êtes un inconscient ! s’insurgea le type avant de reprendre, ivre de rage. Vous m’avez embarqué sur votre rafiot défectueux et sans rames de secours !

S’en fut trop pour Jean-Charles. Il voulait bien reconnaître qu’il n’aurait jamais dû se séparer de ces foutus rames, mais l’hystérie dont faisait preuve le bonhomme, non seulement, l’agaçait, mais l’empêchait de réfléchir posément à la meilleure façon de régler leur situation critique.

« Inutile de jacasser bêtement, nous devons trouver une solution.
— Mais je vous emmerde, Monsieur !
— Tu vas la fermer ta gueule ! » fit le chercheur avant de lui balancer une droite pour le faire taire.

Il obtint effectivement le silence. Il n’avait juste pas prévu que sa droite serait si forte qu’elle déséquilibrerait autant le quarantenaire. Le dos de ce dernier percuta lourdement le bastingage. A ce moment précis, la houle prit de la force et le pont gita brutalement vers bâbord.

Ce fut suffisant pour que le parisien passe par-dessus bord.

To be continueed…

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Blizzard – Partie 7 #ProjetBradbury

Où sont passés les rames ? – première

Cela faisait maintenant plusieurs jours que Jane avait quitté son domicile parisien avec ses deux enfants.
Pour les fêtes de fin d’année, elle avait décidé de traverser la Manche pour rejoindre son père et sa mère, puis avait embarqué tout son petit monde vers une location de dernière minute plus confortable que l’étroit appartement où ses parents logeaient et dont le délabrement était à l’image de la mémoire paternel en plein délitement.

Jane avait opté pour une charmante maison de campagne dont le ponton de bois surplombait un petit lac. Une barque y était attachée et invitait à l’évasion.
Son père, pourtant atteint d’un degré certain d’Alzheimer, ne semblait pas perturbé par ce brusque changement de lieu de vie. Il lui semblait même que, depuis qu’elle était arrivée à Bristol, il avait recouvré un semblant de lui-même, ce qui accru encore davantage sa culpabilité quant au fait qu’elle avait négligé sa propre famille, notamment pour la fête de Noël, afin de se soumettre aux obligatoires invitations de sa belle-famille.

Quant à son fils Victor, il avait déjà échafaudé des plans rocambolesques à partir des photos de la location en apercevant cette petite barque si frêle attachée au ponton.
« On dirait qu’on serait des pirates, maman. » avait-il dit.

Jane avait bien aimé le fait que toute la famille anglaise se réunisse dans ce petit coin douillet.
Après toutes les péripéties d’octobre qu’elle avait affronté avec ses deux enfants, et la santé précaire de son père, il lui était crucial de se ressourcer auprès des siens dans un lieu qui respirait la sérénité.

Comme toujours, Jérôme, son mari, était absent, mais cette fois-ci, le statut de parent permanent de Jane était volontaire.
Elle lui en voulait encore.
Bien que Jane ait l’habitude de gérer toute seule le quotidien parfois trop lourd d’une mère de famille un peu trop délaissée, son époux avait eu le mauvais goût de ne pas avoir été là quand les événements s’étaient déchainés. Et cette fois-là fut de trop.

Pleine d’aigreur, elle avait donc décliné gentiment mais fermement l’invitation de sa belle-mère au réveillon de Noël, puis échafaudé cette escapade outre-Manche et, enfin, écarté Jérôme de son projet ce qui se révéla facile puisque ce dernier ne pouvait concevoir l’idée de ne pas descendre dans sa Gascogne natale pour les fêtes de fin d’année. D’ailleurs, même l’amour qu’il portait à ses deux enfants n’était pas suffisant pour subir un réveillon tout ce qui a de plus british.
Jane supposa que c’était parce que sa coupe était pleine qu’elle n’arrivait même plus à communiquer avec son époux au point de le mettre devant le fait accompli en prenant ce matin-là le taxi direction Orly.

Et c’est là, que l’autre culpabilité, plus triviale celle-ci, la submergea subitement. Celle de l’adultère. Elle avait embrassé ce Thomas – le voisin du 6ème étage. Si, elle n’avait pas mis le holà, qui sait ce qu’ils auraient pu faire dans sa petite cuisine cette nuit-là ? Elle se pinça discrètement les lèvres pour chasser le souvenir de ses lèvres sur les siennes. Et surtout, pour calmer la subite accélération de son cœur.
Oui, elle le désirait encore. Malgré tous ses efforts pour que ça cesse.

« Maman, on fait du bateau ? » lança Victor qui lui prit doucement la main.
Jane et ses deux enfants étaient sur le ponton de bois. Elle jeta enfin un œil plus attentif à la barque.

Il n’y avait pas de rame.

Un certain vertige la saisit alors. Une sorte de pressentiment qu’elle ne pouvait qualifier de mauvais ou bon.

Et si cette fuite outre-Manche n’était que vaine ? Peut-être valait-il mieux essayer de recoller les morceaux avec son époux ? Ou alors, tout quitter…

Que faire ? Partir ou rester ou revenir ?

Soudain, elle n’avait plus de réponse.

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Blizzard – 7ème Nouvelle du Projet Bradbury – partie 6

Quand le moteur cale – Deuxième

Jean-Charles n’avait pas l’habitude de regretter ses décisions, mise à part celle de ne pas avoir cassé la gueule à José Perez plus tôt et avant que ce dernier ne contacte la Terre entière au sujet des néandertaliens, mais là, il fallait avouer que la balade en mer était plutôt mal barrée.

Il avait à peine manœuvré pour sortir du petit port, que, déjà, la teinte du parigot tournait dangereusement au verdâtre. Il fallait cependant reconnaître que ça avait pas mal gité alors qu’ils n’étaient encore qu’à l’arrêt. La faute à tous ces rafiots partant en mer, mais Jean-Charles avait espéré que le fait de prendre un peu de vitesse aurait fini par redonner quelques couleurs à son compagnon de navigation.

Lui-même n’était pas dans une forme éblouissante, puisque quarante-huit heures plus tôt il sortait tout juste de l’hôpital, à peine remis de cette saleté de calcul rénal. Le parigot ne l’ignorait point d’ailleurs, grâce aux bons soins de Michel et Marion qui s’étaient bruyamment écriés face à tant d’imprudence de sa part lorsqu’il avait émis l’idée de la sortie en mer et proposé, dans le même temps, à ce Thomas logeant dans la petite dépendance de ses amis de l’accompagner.

Sa bonté le perdra. Le jeune quadra était bien trop blême pour être honnête et, si ce dernier devait se mettre à dégobiller sur le pont, Jean-Charles ne pouvait présumer de sa réaction.

Imprudent…

C’était un peu exagéré quand même !

Le temps était idéal. Pas de houle, ni de vent — ce qui se révélait être une aubaine puisque le mistral n’avait cessé de souffler depuis des jours — et, surtout, un soleil d’aube déjà superbe qui affleurait à peine une mer d’huile. Parfait, donc, pour une sortie en bateau qui avait grand besoin d’être manœuvré.

Alors, oui, il faisait encore plus frisquet que d’habitude — déjà, que le temps s’était mis à l’être ces derniers jours —, au point que le moteur hors-bord de son fidèle Quicksilver avait calé au démarrage, ce qui ne lui était encore jamais arrivé.

Et oui, il avait fallu gratter un peu les hublots couverts de givre, ainsi que le pont afin d’éviter une glissade malheureuse.

Enfin, il fallait admettre qu’il y avait trop longtemps que le paléontologue n’avait pas piloté son hors-bord, mais rien ne pouvait anéantir la confiance du chercheur.

Et puis, c’est bien connu : le bateau c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

Sauf que là, quand même, Jean-Charles ne pouvait s’empêcher de trouver un côté anormalement mémère aux 200cv de son moteur. Cette étrangeté n’était peut-être que le fruit de son délaissement trop prolongé de son hors-bord. Michel s’était d’ailleurs assuré durant son absence de procéder à sa révision complète. Sûrement que ce ronron était normal. Il ne s’en souvenait plus, c’est tout. Et puis, il faisait vraiment froid. Il fallait lui laisser le temps de chauffer.

Afin de l’y aider, Jean-Charles poussa les leviers vers l’avant pour prendre un peu plus de vitesse.

« Ça va ? » lança à haute voix, le paléontologue, sur un ton qui se voulait badin à l’adresse de son compagnon de balade.

Devant la réponse affirmative de ce dernier, il osa quand même exprimer son doute sur la question.

« Si ça ne va pas, faut me le dire. On rentre, sinon. Première sortie en bateau ?

— Oui, mais ça va aller. Je me sens déjà mieux depuis que vous avez pris un peu de vitesse. »

Si c’est de la vitesse qu’il veut, il va en avoir… s’amusa le chercheur avant de mettre plein gaz.

Le bateau sembla décoller ce qui fit naître sur son visage buriné un sourire malicieux qu’il adressa au cadre parisien.

Ce dernier avait repris un peu de couleur et répondit même à son sourire.

«  On va aller jusqu’à la calanque de Cassis, en passant au large de la Ciotat. hurla Jean-Charles pour couvrir le bruit du moteur. Ça vous va ?

— Parfait ! » cria, à son tour, Thomas, visiblement ravi.

Jean-Charles, aussi, était ravi. Ravi et rassuré. Tout se déroulait parfaitement bien. Du moins, jusqu’à ce que les 200cv émirent un bref toussotement qui réveilla à nouveau son inquiétude le poussant à ralentir un peu.

C’est alors que l’impensable se produisit. Le moteur cala.

Jean-Charles jura puis tourna la clé. En vain. Il réitéra. Encore.

Mais il ne se passa rien.

Le bateau resta figé stupidement sur la mer d’huile.

Le paléontologue risqua un œil vers le parisien. Le teint de ce dernier avait, de nouveau, viré au vert. Et ce n’était point dû à la houle puisqu’il n’y en avait pas.

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Blizzard – 7ème nouvelle du projet Bradbury – partie 5

Quand le moteur cale – Première

C’était exactement comme Thomas l’imaginait : le soleil, le ciel bleu, la mer tout aussi bleue et le vent.

Glacial le vent, quand même…

Après tout ce qu’on lui avait vanté du climat méditerranéen, il s’attendait à un peu plus de douceur que chez lui, dans la capitale. Même Michel, le propriétaire du gîte, en vrai gars du pays, semblait surpris de ce froid.

Les ours… C’est vrai. se remémora le cadre parisien.

Ces derniers avaient effectivement prédit qu’il ferait particulièrement frisquet cette année.

Thomas trouvait, malgré tout, agréable d’affronter les bourrasques glacées du mistral le temps de se rendre à pied de la petite dépendance où il dormait vers la résidence principale pour profiter d’un succulent petit-déjeuner préparé, avec amour, par Marion la truculente compagne de Michel. Le changement d’air, même frais et venteux, lui était profitable. Il se sentait déjà mieux et plus vivant depuis qu’il avait quitté sa banlieue alto-séquanaise.

Tout en lui apportant son expresso serré, Marion l’informa que son homme avait dû partir pour Marseille de bonne heure ce matin. Il était allé récupérer un de leurs amis, hospitalisé en urgence depuis la veille.

« Une colite néphrétique… ça doit faire mal, ça ! Paraît que c’est plus douloureux qu’un accouchement. Sauf que vous voyez, j’ai jamais accouché, moi. Alors, je ne peux pas comparer. expliqua-t-elle, avant d’éclater d’un rire si communicatif que Thomas, de nature taciturne, s’en amusa également.

— Je n’ai jamais accouché non plus, ni même été victime de colite néphrétique… fit ce dernier.

— C’est pas le genre d’expérience qu’on a envie de vivre, on est bien d’accord ! Ces douleurs je les laisse aux autres, vous voyez ?» lança la bonne femme avant d’être gagnée à nouveau par l’hilarité.

Thomas avait prévu de passer la journée à Bandol, aussi prit-il rapidement congé.

Cela faisait maintenant deux jours qu’il était descendu dans le sud et, pourtant, même s’il se sentait ragaillardi, Jane le hantait encore. Il s’était réveillé en sursaut ce matin-là, la trique en l’air, à moitié surpris et à moitié honteux. Tout était confus et la seule chose dont il était certain, c’est qu’ils avaient manifestement dépassés le stade du baiser de sa petite cuisine, blottis l’un contre l’autre, entre le frigidaire et l’évier.

Alors, qu’il lança le starter de la Fiat Punto de location et qu’il passa la première, des bribes de son rêve lui revinrent enfin en mémoire.

Jane… Oui… Elle lui suçait la bite…

De nouveau le sexe en érection, Thomas se racla la gorge et tenta vainement de reprendre contrôle, mais il cala, à peine sorti de la propriété. Comme Marion se tenait dans le jardin à ce moment-là, elle avait assisté à la scène.

« Ah, ce froid ! C’est quelque chose quand même ! lui cria-t-elle pour couvrir les bourrasques du mistral. On en arrive à caler maintenant…

— Je crois que j’aurais dû attendre avant de démarrer. » admit, penaud, le parisien.

Par contre, je n’ai aucun souci de refroidissement pour ma libido. Il va même me falloir une douche glacée… pensa-t-il, gêné.

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Blizzard – 7ème nouvelle du projet Bradbury – Partie 4

Poignardé par un calcul

Jean-Charles observait les gouttes qui tombaient lentement depuis la poche de sa perfusion vers le tube relié à son avant-bras. Le travail avait duré toute la nuit et la délivrance survint pour l’aurore : le paléontologue avait pissé les derniers fragments de son calcul rénal dans la cuvette des toilettes de sa chambre d’hôpital, juste à temps pour le petit déjeuner.

« Une colite néphrétique c’est aussi douloureux qu’un accouchement. » lui avait glissé, compatissant, l’interne qui l’avait pris en charge.

En cela, Jean-Charles — bien qu’il n’eut jamais accouché de sa vie — n’en douta point. L’intensité de la souffrance était, en effet, pour lui totalement inédite et, en plus, il n’avait même pas pu bénéficier de la péridurale. Après son admission aux urgences de la Timone à Marseille, puis la désintégration à l’aide des ultrasons de l’énorme calcul du rein gauche, il fut placé dans une chambre. Il y passa le reste de la nuit à subir les spasmes de ses reins, et, à chaque passage aux toilettes, mettait bas ce qui lui semblait être des petits cailloux aussi saillants et coupants que des bris de verre. Le personnel médical avait quand même consenti à lui perfuser des puissants anti-douleurs, bien que ces derniers eurent une efficacité que le chercheur jugea très limitée.

Maintenant, les muscles froissés et toujours sous l’effet des drogues, il se sentait enfin glisser vers un repos salvateur.

Lorsqu’il en émergea, plusieurs heures plus tard, il aperçut le nez de patate écrasé de son pote Michel lui faisant face.

« T’as une sale gueule. lui glissa la voix rauque de ce dernier.
— ça n’équivaudra jamais la tienne. répliqua, d’une petite voix pâteuse, Jean-Charles, mais le meilleur ami du chercheur ne releva même pas sa pique.
— Le toubib a dit que tu t’en remettrais. Ce que je ne doute pas. Mais il a dit aussi que t’avais besoin de repos. J’ai toujours pensé que c’était une mauvaise idée d’interrompre ta retraite. Bref, tout est arrangé. Tu pars avec moi à Saint-Cyr dès ce soir. Manon est déjà en train d’aérer ta baraque. »

Jean-Charles n’avait pas mis les pieds dans sa petite maison de Saint-Cyr-sur-Mer depuis l’été dernier.
Il y avait fait un bref passage pour se réapproprier un peu de sa vie d’avant, celle de retraité.

Une photo apparue sur l’écran de son mobile avait brutalement interrompue cette dernière. Cela remontait maintenant à plus de deux ans…
Depuis ce jour où il avait accepté de partir en Mongolie.
Depuis qu’il avait fait la découverte de sa carrière. De sa vie même.

Jean-Charles avait ensuite accepté l’offre de l’Institut d’Étude du Neandertal où, désormais, il découpait, mesurait, pesait, et répertoriait les muscles, les organes, les tendons, les os et tous les autres tissus composant un corps humain de type néandertalien dont les anciens propriétaires – objets de la découverte de sa carrière – avaient eu l’extrême bonté de lui léguer après leur trépas. Et même Gérard, son ami, son merveilleux Cyrano, jouant si bien de son harmonica et qui, jusqu’ici, ayant eu l’audace de rester vivant et caché pour se soustraire à l’ignoble dissection, avait fini par lui confier sa dépouille exsangue.

Poignardé derrière un bar mal famé, le rein gauche horriblement meurtri.

Tout comme celui de Jean-Charles. Poignardé par un calcul.

C’était trop gros pour être une coïncidence. Ce calcul était-il le fruit d’un punition divine ? Ou l’expression symptomatique de sa culpabilité mal assumée ?

Pour l’instant, le paléontologue ne détenait pas la réponse, mais il lui sembla qu’il était effectivement crucial de quitter Marseille pour St-Cyr-sur-Mer.