Publié dans A propos d'écriture

7ème nouvelle : Blizzard – partie 10 #ProjetBradbury

Précédemment dans Blizzard :

  1. partie 1
  2. partie 2
  3. partie 3
  4. partie 4
  5. partie 5
  6. partie 6
  7. partie 7
  8. partie 8
  9. partie 9

 

Plongée en eaux troubles

L’eau était âprement glacée. C’était bien ce qui l’avait frappé en premier lieu avant même de réaliser qu’il était tout bonnement en train de se noyer.

Mais pourquoi n’arrivait-il pas à remonter à la surface ?

Ah oui… Les vêtements…

Ces derniers l’engonçaient terriblement. Il aurait donné cher pour être à poil et recouvrer une totale liberté de mouvements. Au lieu de ça, plus il se débattait, plus il coulait comme une vulgaire pierre.

Je vais mourir…

Que deviendrait Léo ?

Thomas luttait encore malgré tout pour empêcher tout réflexe d’inhalation.

N’ouvres pas la bouche. N’ouvres surtout pas la bouche.

Alors que sa descente vers le fond semblait enfin ralentir, il aperçut une forme en profondeur quelques mètres en-dessous.

Derrière lui, les rayons diffus du soleil tapèrent en oblique la surface de l’eau et lui permirent de détailler ce que c’était.

Un corps. Celui d’un enfant noyé, juste là, sous lui.

Le choc de cette vision fut si violent qu’il perdit le contrôle. En hoquetant d’horreur, il ouvrit malencontreusement sa bouche faisant s’engouffrer l’eau salée directement dans sa trachée.

Avant de sombrer, Thomas eut une dernière pensée.

C’est la fin… Je vais rejoindre ce petit garçon mort en bas.

Un petit garçon qu’il ne connaissait que trop bien…

******

Maman dormait encore. C’était super parce que Victor pourrait aller essayer la barque. Maman lui avait pourtant dit qu’il était hors de question d’y monter mais il n’était pas d’accord.

À quoi sert-elle alors,  si ce n’est pour naviguer sur le lac ?

Lily avait bien essayé de le raisonner mais rien n’y faisait. Il était résolu. Il n’avait pas la frousse. Cette trouillarde avait même refusé d’y monter.

Tanpis, j’irai tout seul ! Ça sera moi le seul pirate !

Il n’y avait pas de rame, mais ce n’était pas ce détail qui allait l’arrêter. Il ramerait avec ses bras voilà tout. Il avait donc dénoué la corde rattachée au ponton et y avait donné un grand coup de pied pour donner suffisamment d’impulsion à la barque et même qu’il avait failli tomber dans l’eau durant cette opération mais il s’en était tiré à bon compte.

Le ciel était gris et bas. La surface du lac était calme. Un peu de brume flottait par-dessus.

Et puis, il vit la chose, là, au fond. Oui, il y avait un truc et c’était même un truc énorme.

Il se pencha pour voir de plus près, mais ça ne suffisait pas pour discerner clairement ce que c’était. Il se pencha un peu plus et chuta dans l’eau.

Ce ne fut point la chute qui le surprit, mais l’extrême froideur qui lui enserrait douloureusement les côtes. Tombé tête la première, il avait bien réussit à se retourner mais impossible d’atteindre la surface. On aurait dit qu’une force invisible le tirait vers le bas.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit enfin ce que c’était qui l’avait poussé à trop se pencher depuis sa petite embarcation.

Un homme flottait immobile au fond de l’eau, juste sous lui. Un noyé qui lui sembla étrangement familier.

Et puis… Les yeux du mort s’ouvrirent.

Horrifié, Victor hurla, oubliant qu’il était toujours sous la surface du lac. Sa bouche s’emplit d’eau saumâtre.

Au même instant, il se sentit happé vers le haut. Une main ferme lui avait empoigné le col de son sweat-shirt.

C’était le papa de Léo. Au fond. C’était le papa de Léo… fut sa dernière pensée avant de sombrer dans le néant.

******

Jane… Ses lèvres si douces. Tellement envie de la serrer.

Elle y met tant d’ardeur dans ses baisers, mais je ne peux pas, c’est mal. C’est très mal même. Non, Jane arrête ! Arrête, c’est trop bon mais c’est très mal. Tu es mariée, Jane. Penses à tes gosses et puis Jérôme je l’aime bien. Je ne peux pas lui faire ça.

Arrête Jane ! Arrête ! Pourquoi tu presses si fort tes lèvres contre les miennes ? Pourquoi tu souffles si fort dans ma bouche ? Pourquoi j’ai froid ?

J’ai très mal partout. Il fait horriblement froid. Ça me brûle ! J’étouffe !

Je…

Il sembla à Thomas que ce furent des litres d’eau qu’il vomissait en saccades. Jane se tenait vraisemblablement au-dessus de lui et l’avait judicieusement retourné sur le côté pour s’assurer que toute l’eau salée sorte de sa cage thoracique. Jane avait aussi beaucoup de force puisqu’elle le plaqua subitement sur le dos pour le déshabiller et le frictionner.

« Non, Jane, il ne faut pas…  murmura Thomas d’une voix rauque.

— Ah si ! C’est même impératif ! Il va bien falloir te mettre à poil pour te retirer tes vêtements mouillés, sinon, tu vas mourir d’hypothermie alors que je viens de te sauver de la noyade » lança une voix d’homme autoritaire.

Thomas ouvrit ses yeux et ne put cacher sa surprise mêlée de déception que ce ne fut pas Jane qui se tint juste au-dessus de lui.

« Et désolé de te décevoir mon garçon, mais je ne suis pas Jane. » rajouta le paléontologue d’un ton à la fois railleur et navré.

Thomas jeta un œil aux alentours tandis que son hôte, trempé et grelottant, s’empressait de le déshabiller et crut avoir une seconde hallucination. Il neigeait. De gros flocons denses.

******

Il crachait encore l’eau du lac quand il entendit une voix au-dessus de lui, couvrant à peine les pleurs de Lily.

Cette voix, il ne la reconnaissait pas. Pas plus que celui qui se tenait au-dessus de lui et qui l’invectivait de respirer.

Était-ce réellement son grand-père ? Où est passé le vieux gâteux qui était perpétuellement scotché devant la télévision ? Qui était ce type trempé jusqu’aux os qui le secouait violemment et lui dardait des yeux furibonds ?

L’homme qui ressemblait à son grand-père le souleva comme s’il n’était pas plus lourd que la peluche de Lily.

« Vas donc chercher une couverture ! Vite ! Au lieu de rester plantée là comme ça… »

Celle à qui il s’adressait n’était autre que maman, complètement paniquée.

Une fois allongé sur le canapé, en face de la cheminée, l’homme entreprit de lui frictionner énergiquement les jambes tandis que sa mère lui retirait le sweat-shirt.

Sa grand-mère se tenait debout, les bras ballants, la bouche ouverte, complètement indifférente aux hurlements stridents de Lily qui lui tirait sa robe de chambre. Elle ne le regardait même pas, alors qu’il était passé pas loin de la mort. Elle dardait des yeux sidérés sur son sauveur qui s’attaquait désormais à retirer son pantalon trempé.

« Et bien mon garçon, il va falloir dire à ta mère de t’inscrire à la natation. Tu verras, c’est bien et si tu es aussi doué que ton grand-père, tu finiras comme lui, meilleur nageur en crawl cuvée 1968. » se vanta l’homme qui frictionna ensuite son torse de manière vigoureuse.

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

10 commentaires sur « 7ème nouvelle : Blizzard – partie 10 #ProjetBradbury »

  1. 😃😃😃😃😃😃😃😃😃😃😃😃 J’aime !!!!
    Mais il me semble qu’on ne met pas de -s à l’impératif pour les verbes du 1er groupe…

  2. Merci, merci, merci! J’adore! Vivement la suite! Ça m’arrive pas souvent, Mais j’arrive pas à voir où tout cela va nous mener….

  3. J’adore!!!! Je vais devoir relire un peu les premiers épisodes car ça fait longtemps… si j’ai bien compris, les 2 histoires se croisent (les familles x le paléontologue), Victor a été sauvé par son grand père miraculeusement guéri d’Alzheimer, et l’amant de Jane (le père de Léo) a été sauvé par le paléontologue. Mais c’est là que je vais devoir relire.. apparemment Victor et Thomas se noyaient, mais pas au même endroit… mais si le paléontologue a sauvé Thomas, pourquoi Victor voit-il le corps du papa de léo au fond du lac (si Thomas est bien le père de Léo)… et du coup Léo s’est noyé puisque son père (Thomas?) voit Léo au fond du lac…

    bon je vais devoir prendre du temps ce soir pour te relire!

    C’est toujours un plaisir

    Merci à toi

    Nath

    1. Je suis contente que ça te plaise. On est en plein délire surnaturel donc oui, tu as bien tout compris. Le paléontologue sauve Thomas le papa de Léo et le grand-père de Victor sauve son petit fils. Victor et Thomas se sont noyés au même moment mais pas au même endroit. Il y a eu une sorte de connexion surnaturelle entre les deux. Chacun voyant l’autre se noyer avant d’être sauvé… Le fait d’être aux portes de la Mort qui ouvre peut-être des portes.
      Il y a d’autres phénomènes surnaturelles dans cette fiction (délire, je l’avoue), c’est la neige type blizzard en méditerranée et la perte (provisoire ? Définitive ?) de l’Alzheimer du grand-père de Victor. Bref, je n’ai pas fini de rigoler, et, j’écris au fil de l’eau.

      1. ok, merci pour ces précisions! je crois que j’airais eu un peu de mal à m’y retrouver sur ce coup là! Du coup je suis soulagée de voir que les 2 s’en soient sortis!!!!

        Bizz

        Nath

  4. Pressée e voir comment tu vas expliquer tout ca!! j’adore q les destins se croisent comme ca!! tu as le don de mêler le surnaturel avec le pragmatisme !!!

    1. C’est des destins qui se croisent jusqu’à une connexion surnaturelle entre 2 personnages. Je ne sais pas encore comment tout ça va finir. J’écris au fil de l’eau (huhu) et là, tu dois te dire que je sui givrée lol

  5. Whaou !
    J’ai craint un instant qu’on sombre au fond d’un drame terrible… mais ouf tu nous a sauvés de la noyade 😉

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