Publié dans A propos d'écriture

Blizzard – Partie 8 #ProjetBradbury

Précédemment dans Blizzard :

Mais où sont passés les rames ? – deuxième

Jean-Charles reconnaissait volontiers qu’il haïssait ses contemporains. Il l’avait toujours fait. Cette propension à la misanthropie s’était depuis considérablement aggravée, le séjour en Mongolie en étant le catalyseur.

Autant avant ce voyage, il réussissait à faire illusion. Autant, depuis son retour, ça lui était totalement impossible.

La vie pour lui n’avait plus de sens. Tout, désormais, lui paraissait grotesque au point qu’il éprouvait de plus en plus d’indifférence envers le sort de ses semblables humains du genre homo sapiens. Quand il s’en était inquiété au point de s’en confier à Michel. Ce dernier lui avait affirmé que c’était parce qu’il se faisait vieux.

« Faut croire que tu deviens un vieux con. » c’était même ce qu’il lui avait précisément dit.

Or, Jean-Charles n’adhérait pas du tout à cette explication un peu trop simpliste. Le meilleur argument étant qu’il avait depuis toujours éprouvé du mépris et de la colère envers l’humanité.

L’explication était ailleurs et il n’y avait pas besoin d’aller chercher bien loin.

Son séjour en Mongolie l’avait effectivement transformé.

Seulement, il avait, selon toute vraisemblance, rejoint le côté obscure de la Force

Il en était revenu plus seul et amer que jamais. Une rage lourde le tenaillait, mais surtout, une culpabilité qui n’avait rien à envier au pire des despotes que la Terre eut porté car il était à l’origine de la fin de tout un peuple. D’une autre espèce même.

En vouloir, en effet, à la planète entière était jusqu’ici plus commode plutôt que d’assumer son entière responsabilité. Une responsabilité qu’il aurait volontiers partagé avec José Perez, même si ce dernier préférait se draper dans un simulacre de remords à chaque fois qu’il apparaissait à la télévision dans une émission grand public.

Et maintenant que Jean-Charles se trouvait comme un con sur le pont de son bateau à la dérive, il ne pouvait plus se mentir à lui-même. Tout était clair et limpide comme l’eau de la Méditerranée qu’il affectionnait tant.

Coupable ! Tu es coupable.

L’ex-paléontologue éprouva même une sorte de soulagement à cette situation désespérée.

Mourir seul, en pleine mer, loin du tumulte grouillant, ce n’était pas si mal en fin de compte.

Le monstrueux et non moins étrange cumulo-nimbus noir qui s’avançait lentement dans le ciel semblait même lui donnait raison. Il ne croyait pas en Dieu mais ça ressemblait foutrement à une sorte de punition divine, non ?

Oui, j’ai bien mérité de mourir.

Sauf que… Voilà, Jean-Charles n’était pas seul.

Il s’était permis de fantasmer une fin tragique digne d’un vieux loup de mer solitaire ou plutôt digne d’un vieux con, mais même ça, il allait devoir s’y assoir dessus.

Tout ça à cause de ce pauvre type qui s’agitait bêtement sur son pont.

Savais bien que ma gentillesse me perdrait…

Qu’est-ce qu’il lui avait pris d’avoir embarqué ce parisien, lui, le Grand Misanthrope devant l’Eternel ?

En y repensant, il trouva même anormal qu’il eut émis une telle invitation. Jamais auparavant, il n’avait autorisé de passager sur son bateau.

De même que jamais il n’avait connu d’avarie aussi grave en mer.

Tout était une première et cela le dérouta complètement.

Et voilà que le parigot commençait à avoir des haut-le-cœur.

Non. Pas ça. Ne dégueule pas sur mon pont !

Finalement, le bonhomme trouva le réflexe d’éjecter l’intégralité de son petit déjeuner au-dessus du bastingage. Jean-Charles lui en fut reconnaissant. Brièvement. Une occasion unique de mourir loin du monde honni était gâchée par la seule présence de cet imbécile !

Plouf !

C’était quoi ce qui est tombé dans l’eau avec ce qui reste des tartines beurrées à la confiture d’abricot faite maison par Marion ?

Ah oui… Le con… Il vient de perdre son mobile qui était dans sa pochette.

Le malheureux quarantenaire ne s’en était visiblement pas encore aperçu. Il se redressa, livide, et s’assit lourdement sur la banquette arrière.

« Bon, je vais appeler Michel. » lança Jean-Charles tout en sachant pertinemment qu’il avait négligé de charger son mobile dont le niveau de batterie s’affichait dangereusement au rouge.

Il ouvrit l’appareil, chercha dans ses contacts et sélectionna son ami. Le réseau n’était pas au top, aussi, l’orienta-t-il pour avoir une chance d’entrer en contact.

La sonnerie retentit avant de passer à la messagerie vocale. Michel, comme à son habitude, avait dû laisser en plan son mobile ou le mettre en silencieux.

Jean-Charles pesta silencieusement et opta pour Marion. Il la sélectionna, appuya sur la touche d’appel, mais l’écran du mobile s’éteignit.

« NON ! glapit le chercheur, ivre de rage.

— Vous voulez le mien ? balbutia le parisien.
— Vous l’avez perdu. Il est tombé dans la flotte pendant que vous étiez en train de vomir.
— Quoi ? s’alarma son hôte, paniqué, qui se mit à tâter la poche avant de sa veste avant de constater que le chercheur disait vrai. Oh merde ! On va faire quoi ?
— Je vais chercher les rames de secours. On va s’en servir pour s’abriter à côté de l’Île Verte avant que le temps ne se gâte. »

L’île en question n’était qu’à quelques encablures de la Ciotat, mais il était inutile d’espérer rejoindre le port à la rame, sachant qu’il serait déjà ardu de gagner une crique à temps pour se mettre à l’abri du monstre qui allait s’abattre sur eux.
Il lui semblait d’ailleurs déjà sentir quelques gouttes glacées tombant du ciel.

L’ex-paléontologue ouvrit le panneau central du pont afin d’y extraire les rames mais ne trouva que son vieux matériel de pêche.

Merde, c’est vrai.

Il lui revint en mémoire qu’il avait, en effet, fait la connerie de les enlever parce qu’il manquait de place justement. Une erreur dont il allait s’en mordre les doigts.

« Alors ? fit le passager d’infortune du chercheur.
— Alors, elles n’y sont plus. Voilà ! s’irrita Jean-Charles.
— Quoi ? Mais qu’est-ce qu’on va faire ?

Le chercheur n’écoutait déjà plus les jérémiades du parisien. Quelque chose l’intriguait. Les gouttes qu’il sentait sur son pif étaient étrangement aussi légères que du coton. Il jeta un œil au ciel. Un quart d’heure avant, il était bleu. Là, il était noir. Et ce qui tombait n’était rien d’autre que des flocons de neige.

De la neige… Alors que la prévision météo ne parlait que d’anticyclone.

Les pensées de l’ex-paléontologue furent alors parasitées par le monologue irrité de son hôte.

« Mais vous êtes un inconscient ! s’insurgea le type avant de reprendre, ivre de rage. Vous m’avez embarqué sur votre rafiot défectueux et sans rames de secours !

S’en fut trop pour Jean-Charles. Il voulait bien reconnaître qu’il n’aurait jamais dû se séparer de ces foutus rames, mais l’hystérie dont faisait preuve le bonhomme, non seulement, l’agaçait, mais l’empêchait de réfléchir posément à la meilleure façon de régler leur situation critique.

« Inutile de jacasser bêtement, nous devons trouver une solution.
— Mais je vous emmerde, Monsieur !
— Tu vas la fermer ta gueule ! » fit le chercheur avant de lui balancer une droite pour le faire taire.

Il obtint effectivement le silence. Il n’avait juste pas prévu que sa droite serait si forte qu’elle déséquilibrerait autant le quarantenaire. Le dos de ce dernier percuta lourdement le bastingage. A ce moment précis, la houle prit de la force et le pont gita brutalement vers bâbord.

Ce fut suffisant pour que le parisien passe par-dessus bord.

To be continueed…

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

10 commentaires sur « Blizzard – Partie 8 #ProjetBradbury »

  1. ça fait quelques temps que je te lis, alors je fais mon coming out: je suis fan!!! j’ai hâte de connaître la suite 😉 Bisous!

    Nath

    1. Merci c’est gentil. Pour l’instant, je n’ai pas trop d’idée où ça va mener. Pour cette 7ème nouvelle, j’écris et les idées viennent au fur et à mesure.

  2. Coucou,
    j’espère que depuis le mois d’avril, le parigot est sorti de l’eau et à retrouver la terre ferme ! (et Jane ?)

    Bonne journée,
    pauline

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