Publié dans A propos d'écriture

« Blizzard » – 7ème nouvelle du projet Bradbury – partie 2

Tous contre un !

Il tenait encore debout, Gérard, malgré les deux bouteilles de vodka qu’il s’était enfilées.
Il avait encore fier allure, Gérard, même si ses cheveux avaient blanchis. Sous son nez proéminent, il arborait toujours avec panache sa moustache à la Cyrano de Bergerac. Il avait encore tout de la bravoure de ce héros d’Edmond Rostand et il avait tout intérêt à l’être, brave, car il avait fait une mauvaise rencontre.

Plusieurs ombres titubaient de manière menaçante vers lui. Il était cerné. N’importe qui à sa place aurait fui, mais pas lui. Gérard ne fuyait jamais. Gérard était de la race des survivants, ou plus exactement, le dernier de son espèce — Homo neandertalensis. Tous ses représentants avaient péri d’un mal mystérieux. Il était le seul survivant. Le dernier.

Alors, ce n’était pas ces quatre énergumènes qui allaient l’ébranler. Il avait, en effet, déjà su échapper à d’autres hommes. Ces types qui le cherchaient pour l’enfermer dans une cage et allait savoir ce qu’ils allaient faire de lui. Les siens en étaient morts. Ce fut sa seule et unique fuite. Et la meilleure manière de fuir fut de se fondre dans la masse des autres hommes, l’autre espèce — Homo sapiens. Tandis qu’on le traquait dans les steppes, il s’était réfugié dans une de leurs cités parmi les innombrables sans-abris. Il avait même travaillé de ci de là. On regardait rarement la tête de celui qui exécutait le sale boulot. Il avait volé aussi pour manger. Il avait même tué mais uniquement pour se défendre. Et il l’avait fait sans vaciller car Gérard était un vrai dur à cuir. Sa main ne tremblait jamais. Il tuait à coup sûr. Aussi bien un bouquetin qu’un Homo sapiens un peu trop menaçant.

Alors, oui… Ce n’étaient pas ces quatre types dont il n’arrivait même pas à distinguer clairement le visage tellement l’obscurité était intense, qui allaient lui faire peur.

Bravement, Gérard, le mousquetaire, le survivant, le dernier des siens, brandit sa lame.
Tous pour un et un pour tous ! aurait-il pu entonner s’il avait connu la devise chère à Alexandre Dumas et, surtout, s’il n’avait pas été seul, acculé contre ce muret.

Les ombres s’avançaient encore. Le faible éclairage de la voie de secours faisait briller leurs lames.

Tous contre un ! auraient-ils pu brailler avant de fondre sur lui.

Gérard para avec succès plusieurs coups de couteau. Lui et ses assaillants dansaient en cercle. Leurs pieds faisaient se soulever la poussière. La danse semblait s’éternisait, les attaques surgissaient puis étaient contrées et le cercle autour de Gérard se rétrécissait. De plus en plus.  Jusqu’à ce que, à force de danser, l’une des lames s’enfonça dans les reins de Gérard. Une douleur atroce. Heureusement, pour lui. C’était la dernière. L’ultime, avant la délivrance…

Jean-Charles se réveilla en sursaut avec un gémissement rauque. Couvert de sueur, il tenait fermement le creux de son dos à gauche — juste là où ils avaient poignardé Gérard — et sortit péniblement de son lit. La douleur était atroce mais, contrairement à Gérard, il n’était pas sûre que ça allait bientôt s’arrêter là.

Tout en ahanant, il claudiqua vers la salle de bain. Il tenait toujours d’une main le creux de ses reins et de l’autre sortit précipitamment son pénis pour soulager sa vessie. Le médecin lui avait bien dit qu’il ne buvait pas assez et comme d’habitude, il n’en avait fait qu’à se tête. L’urine s’éjecta violemment dans la cuvette et lui arracha un hurlement perçant.
Du sang.
Il avait eu le temps de voir que c’était du sang qu’il avait pissé avant de tourner de l’œil.

Lorsqu’il émergea à nouveau, il était allongé sur le linoléum — qu’il se félicita de ne pas avoir remplacé par du carrelage — de la salle de bain.
Il se retourna et réprima une nausée violente. Cette saleté de douleur était encore là. Son évanouissement n’avait été qu’un petit répit.
Il fit mine de se redresser, mais la lame du couteau fourragea plus profondément ses reins et il dût se résoudre à ramper jusqu’à son chevet.

Sa main couverte de sueur tâta la surface poussiéreuse de la petite table jusqu’à sentir et étreindre le combiné. Il composa le numéro du SAMU.
« — Oui, c’est pour quoi ? fit une voix masculine froide et professionnelle.
— J’ai très mal… Je crois que… Je suis en train de crever… Pisser du sang… Beaucoup.
— Parlez plus fort, Monsieur, s’il vous plait, je ne vous entends pas.
— J’TE DIS QUE J’AI MAL PUTAIN DE MERDE ! »

Publicités

Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

3 commentaires sur « « Blizzard » – 7ème nouvelle du projet Bradbury – partie 2 »

  1. Alors là tu m’intrigues… du coup dans la troisième partie, ils vont tous se retrouver dans les années 90? 😉
    Hâte de connaître la suite, comme d’hab!!

Laisser une réponse

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s