Publié dans Des choses et d'autres

« Le dernier » chapitre II – la troisième nouvelle du projet Bradbury

Précédemment dans « Le dernier » : Chapitre I


 Homo neandertalensis.
Alias, l’Homme du Néandertal dont la disparition remonterait entre 30 000 et 40 000 ans et coïncidant avec l’hégémonie de l’Homo sapiens, autrement appelé l’Homme dit moderne.

Jean-Charles Dolbeau, ex-directeur de recherche en unité de paléontologie-archéologie était un spécialiste chevronné du Néandertal.
Durant toute sa carrière, et quasiment dans le monde entier, il en avait déterré des fragments osseux ; il en avait reconstitué des squelettes ; il en avait analysé des bouts osseux tous miteux.

Il connaissait les moindres aspérités de chaque os d’un squelette humain, et cela, aussi bien chez l’Homo sapiens que chez l’Homo neandertalensis.

Avec un seul fragment, il pouvait discerner avec précision la vie du type à qui le bout d’os appartenait, à l’instar de l’œnologue qui pouvait affirmer après un claquement de langue contre son palais si la vigne avait eu assez de soleil et de pluie cette année-là.
Aussi, le paléontologue était habitué à voir passer devant ses yeux des photographies de fragments osseux et annoncer dans le quart de seconde qui suit leur nature, mais le cliché qu’il scrutait sur son écran de smartphone était tout bonnement renversant.

À première vue, le squelette correspondait effectivement à celui d’un Néandertal.

À ceci près, que les os étaient entiers et les articulations intactes réduisant à néant tout besoin de reconstitution — l’essentiel du travail de tout paléontologue qui se respecte.

L’autre chose qui frappait, c’était bien évidemment la présence de tissu mou.
Malgré la faible qualité de la photographie sur l’écran, il était impossible de passer à côté des ligaments accrochés au niveau de la coiffe scapulaire des deux épaules. Il se distinguait même un reste de triceps tout desséché et ratatiné à l’avant-bras gauche.

La vue globale du corps montrait que les avant-bras étaient aussi long que les bras, et les jambes plus courtes que les cuisses, ce qui répondait effectivement à la corpulence trapue du Néandertal sauf qu’on pouvait encore voir les robustes tendons des quadriceps.

La cage thoracique et le bassin correspondaient également à un Homo neandertalensis, mais c’était surtout le crâne, disposé de profil sur le cliché, qui ne permettait aucun doute.
Anormalement étiré vers l’arrière, il comportait une voute basse, un front plat surmontant une arcade sourcilière très marquée ainsi qu’une mâchoire projetée vers l’avant elle-même surplombant un menton fuyant.

Tout. Ce crâne avait tout du crâne d’un parfait Neandertal.

Mais ce qui était le plus extraordinaire, c’était d’y observer ce bout de muscle masséter encore accroché à l’une des mâchoires. Pour un peu, Jean-Charles pouvait presque voir le Néandertal, ou le type qui en avait l’allure, mastiquer son bout de chewing-gum.

Il se surprit à attendre l’appel de Marc Fouret avec la fébrilité d’une jeune fille en fleur qui se languissait de son amoureux.

Le mobile finit par biper après ce qu’il lui sembla être une éternité. Il décrocha.

— Tu as vu ? interrogea derechef Marc.
— Oui, j’ai vu… Je t’avoue que j’ai ressenti un petit… Émoi… répondit Jean-Charles avec une voix fluette que l’on eut presque pu prêter à la même adolescente énamourée attendant désespérément l’appel de son petit ami.

Marc émit un petit rire. Il fallait toujours que Jean-Charles lance un trait d’esprit même dans un tel contexte.
Pour un peu, c’était comme s’ils allaient retrouver leur complicité d’avant.
Avant l’avènement du José Perez…

— Effectivement, Jean-Charles, nous avons eu le même… Émoi. surenchérit-il.
— Vous avez fait une datation ?
— Oui, bien sûr que nous l’avons faite. Le taux de carbone 14 pète le plafond et correspond bien au taux actuel, ce qui corrobore parfaitement le fait que ce corps-là ait été enterré il y a moins d’une année…
— Bon sang de bois…
— Alors, Jean-Charles… Tu ne m’as toujours pas répondu. Tu veux en être ou pas ?

L’ex-paléontologue perdit en cet instant, toute once de fierté et d’amour-propre.
Certes, il allait devoir manger dans la main de son ex-rival, mais le jeu en valait sacrément la chandelle.

— Bien sûr… émit-il, enthousiaste. Je pars quand ?

Cinq jours plus tard, le chercheur retraité descendait d’un taxi stoppé à proximité de la porte D du Terminal 2 de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle.
Après avoir payé son dû au chauffeur, il glissa sur son épaule la bandoulière d’un gros sac de voyage au tissu fatigué et son PC portable sous son autre bras.
Ils étaient ses seuls bagages.

Histoire de titiller José Perez, Jean-Charles avait exigé de voyager en business class plutôt qu’en classe économique « parce que tu comprends, Marc, je ne suis pas sûr qu’avec mon grand âge, je pourrais supporter tant d’heures de vol auxquelles se rajoute, tu n’es pas sans savoir, une longue escale.»

Forcément mal à l’aise, Marc n’avait su quoi lui répondre sur le moment, mais la requête fut transmise en haut lieu qui répondit favorablement et à la plus grande surprise de l’ex-directeur de fouille. Ce dernier avait toujours été habitué aux conditions spartiates de voyage avant de finir, déchu, dans un petit bureau au fond d’un couloir.
Il fallait croire que le matador espagnol avait su trouver les bons arguments auprès du « Saint Siège » du Centre National de Recherche Scientifique.
Jean-Charles mesura aussi que ce dernier avait cruellement besoin de l’expertise d’un tiers dut-il être un ancien rival malmené par ses soins et dut-il être capricieux.

Toi, José… Tu dois être vraiment dans le brouillard… Conclut-il au moment de s’installer dans le fauteuil de l’appareil.

L’ex-routard savait qu’un voyage d’une telle longueur commandait de privilégier le sommeil plutôt que toute autre distraction afin d’arriver en pleine forme.

En effet, la destination d’un paléontologue à l’instar d’un archéologue était rarement un hôtel cinq étoiles dans la capitale, mais plutôt un campement en pleine pampa avec bain de boue, poussière et moustiques ; et ce petit nid d’amour n’était en général accessible qu’au bout de plusieurs heures de routes cahoteuses.

Cependant, malgré le cache-yeux et le coussin de voyage, Jean-Charles ne put dormir.

J’aurais dû demander la first à la place de la business class… Pensa-t-il à regret tout en gesticulant sur son fauteuil.

Il scruta donc une nouvelle fois sur son portable chaque cliché que Marc lui avait envoyé par mail. Tous les squelettes y étaient. De toute taille. De tout sexe. Des hommes, des femmes, des enfants, et même, un peu trop d’enfants à son goût. La mortalité infantile semblait très élevée.

Puis, il vérifia à nouveau les résultats des datations au carbone 14.

Enfin, il étudia les rapports de ses anciens collègues concernant chaque squelette. Comme pour les ossements les plus anciens sur le Neandertal, ceux-ci, bien que vraisemblablement contemporains, montraient de nombreuses fractures ou traumatismes.

Les plus jeunes en revanche en avaient moins. Il n’était pas difficile de comprendre qu’ils avaient dû mourir de maladie ou de malnutrition tandis que leurs aînés avaient péri sous le coup de brutalités peut-être dues à des conflits ou alors à des accidents de chasse.

Jean-Charles arriva de bon matin à l’aéroport international d’Oulan-Bator et fut accueilli par le guide mongol dépêché spécialement pour lui.

Ce dernier, qui répondait au prénom de Guraagcha, lui expliqua dans un anglais hésitant qu’ils allaient immédiatement prendre la route jusqu’au lieu de fouille.
— Mais, il y a au moins 500 km… objecta Jean-Charles, déjà très fatigué par son voyage.
— Mr Perez a dit « ramenez Mr Dolbeau tout de suite »… fit le mongol, alors, moi, je ramène vous tout de suite !

Le ton abrupt et décidé du guide finit de dissuader le chercheur retraité à revendiquer une chambre d’hôtel pour se remettre du décalage horaire.

Ça, c’est encore un coup du matador. Surement un moyen de me faire regretter mon goût pour la business class… Déplora le paléontologue.

C’est en rejoignant une jeep poussiéreuse et fatiguée que Guraagcha lui précisa que leur trajet durerait au moins huit heures.
En outre, malgré le faible niveau d’anglais du mongol, il apprit que son chauffeur improvisé n’était autre que le guide qui avait mené Marc Fouret vers cette grotte lorsque ce dernier effectuait son repérage. C’était donc Marc qui avait mis à jour le premier squelette à l’initiative de cette mission d’exploration.

Le mongol avait mis à disposition de Jean-Charles, une carte de la Mongolie et une autre plus détaillée de la province de l’Arkhangai où le site de fouille été marqué par une croix.

Marc avait également pris soin de laisser quelques notes et quelques photographies du site dans la boite à gants de la jeep.
Le retraité put voir que la grotte était située dans une anfractuosité au cœur de la chaîne de Montagnes du Khangai. Outre les montagnes, c’était un territoire constitué de steppes et de plaines.

En interrogeant Guraagcha sur la région, il apprit qu’il y avait de nombreux animaux habitant la province. On y trouvait notamment des bouquetins noirs, des moutons sauvages, des léopards des neiges, des lynx, des cerfs musqués, mais également des ours dans les montagnes, des marmottes ou encore des renards.

En revanche, à l’instar d’une grande partie du territoire mongole, cette province était très peu peuplée.
Le guide expliqua à Jean-Charles que les environs du site de fouille n’ont même jamais été explorés, car la grotte est à flanc de montagne et que sur des kilomètres à la ronde, il n’y avait personne qui s’y aventurait à l’exception d’une petite tribu de nomades.

Oui, bref, c’est vraiment la pampa… Comprit le chercheur.

Guraagcha raconta ensuite une histoire sur ces nomades.
Selon une vieille légende, cette tribu serait constituée de fantômes, car ils seraient aussi pâles que des morts.
Il était dit aussi que ça portait malheur de s’en approcher.

— Ça porte malheur ? s’exclama le retraité.

Le mongol éclata de rire avant d’expliquer que c’était ce que les vieilles racontaient aux enfants pas sages. En réalité, ces nomades-là, comme tant d’autres clans de nomades, dormaient dans des sortes de yourtes et subsistaient grâce à la chasse. Il était même difficile de s’en approcher tant ils étaient craintifs et qu’ils pouvaient même filer aussi vite que le bouquetin noir.

Amusés par le folklore mongol, Jean-Charles s’enquit de savoir si ces nomades étaient effectivement des morts-vivants. Le guide répondit qu’il n’en était rien et qu’ils ressemblaient plutôt à « des blancs, mais avec des gros nez ».

Le paléontologue s’en étonna, mais cela ne l’empêcha pas de s’écrouler de fatigue au bout de deux heures de route.

À son réveil, la jeep roulait toujours. Le ciel était d’une nuit d’encre.
Si bien qu’il lui fût impossible de distinguer de ses propres yeux le campement alors qu’ils s’en approchaient.
Et ce ne fut seulement qu’à quelques dizaines de mètres, parce qu’il était éclairé par les phares du véhicule, qu’il l’aperçut enfin.

Guraagcha freina et klaxonna pour signaler leur présence.

Des tentes, émergèrent quasi instantanément d’autres mongols qui s’empressèrent de saluer le paléontologue puis de le débarrasser de son gros sac de voyage.
Au même moment, Marc, José et toute l’équipe de l’unité paléontologie-archéologie firent leur apparition.

Malgré l’obscurité et une certaine lassitude, Jean-Charles ne put s’empêcher de noter chez ses anciens collègues une sorte d’appréhension maladroitement cachée par des sourires avenants mais dont on pouvait douter sur leur sincérité.

José Perez, plus habitué à jouer les faux culs, fut celui qui réussit le mieux à cacher son malaise.

Ce fut donc avec affabilité qu’il s’informa de la qualité du voyage de son cher Jean-Charles et l’emmena lui-même vers la tente montée à son intention afin qu’il s’y repose.

Du peu que le paléontologue put voir, le camp de l’expédition était assez étendu. En plus de quelques tentes d’habitation, il se composait d’une yourte destinée aux repas et au repos des guides mongols ainsi que d’une grande tente où s’effectuait le travail d’analyse et de reconstitution. Un groupe électrogène s’y trouvait à proximité pour y assurer un éclairage suffisant à l’intérieur et le maintien de la chaîne du froid.

À la lumière des étoiles et des lampes torches, tout le monde se rendit vers la yourte afin de prendre le repas.
L’un des mongols servit le traditionnel airag, le fameux lait de jument fermenté qu’il était malpoli de refuser. Aussi, Jean-Charles se força à avaler le breuvage avec un sourire crispé.
José Perez observait le paléontologue avec un certain amusement.

— Alors, mon cher Jean-Charles, lança-t-il, guilleret, ça doit te faire bizarre de revenir faire des fouilles. Ça fait combien d’années déjà que tu es à la retraite ?
— Moins d’un an, mon cher José, aurais-tu oublié ? Jean-Charles avait volontairement accentué le mot cher pour lui faire comprendre qu’il était inutile de jouer au type sympa avec lui.
— Ah oui, c’est vrai. Où avais-je la tête… La fouille, ces squelettes, tout ça c’est tellement exaltant que j’en perds mon latin, mais je sais en revanche, que ça faisait un moment qu’on ne te voyait plus en expédition… Bien avant ta retraite, non ?

Le batan, soupe faite avec de la farine et du mouton, servi à ce moment-là ne suffit pas à distraire l’ensemble des membres de l’expédition de la pique perfide du matador espagnol.

Un doctorant fraichement débarqué dans l’équipe ne put s’empêcher de racler nerveusement sa gorge avant d’enfourner une grosse cuillerée.

— Décidément, José… fit Jean-Charles sur un ton faussement amusé et avec un grand sourire, tu me sembles bien fatigué pour ne pas te souvenir que c’est par tes bons soins que je me suis vu déchargé des fouilles archéologiques.

Un silence malsain s’installa.

Le matador s’esclaffa mais ne put empêcher la lueur pleine de haine de jaillir de ses yeux noirs à l’encontre de son ennemi juré.

— Ah, Jean-Charles, tu es vraiment très drôle, effectivement, il faut croire que mes souvenirs sont confus. Mais venons-en à ce qui nous intéresse. Je te propose que, dès demain matin, on te montre notre ami Khangaï.
— Khangaï ? interrogea le paléontologue.
— On ne te l’a pas dit ? émit José. C’est le nom qu’on a donné à notre momie.

Jean-Charles fit donc la connaissance de Khangaï dès le lendemain aux aurores.
Il avait été conservé dans un congélateur afin de lui assurer de pouvoir faire un examen minutieux dans les meilleures conditions.

Il était conforme à tous les clichés envoyés, mais ce fut quand même un choc de le voir, là, allongé sur cette table improvisée, dans son intégralité.

— Oh merde… J’ai l’impression d’avoir un extra-terrestre devant moi. Et en même temps, il a l’air tellement… souffla Jean-Charles.
— Humain ? émit Marc.
— Oui, un putain d’humain… Il a vraiment tout du Néandertal. Je vais regarder chaque segment et chaque articulation pour voir si, par hasard, ça ne serait pas un sapiens qui a eu de gros soucis de malformations.
— Malformations le faisant ressembler à l’image qu’on se fait d’un Homo neandertalensis ? Et à proximité de plusieurs dizaines de squelettes présentant toutes les caractéristiques du Néandertal ? ironisa Marc.
— Oui, je sais… Mais rien ne doit être écarté. J’imagine que vous avez fait des prélèvements pour analyse génétique ? J’étais tellement sous le choc de la photo que j’ai omis de te le demander Marc.
— Oui, bien sûr, c’est parti pour Lyon. Le temps que ça revienne…
— Le temps que ça revienne ? Mais merde ! Il va falloir savoir vite ! Ce n’est pas au vieux schnoque que je suis de vous apprendre que nous sommes à l’ère 2.0…

Les quarante-huit heures qui suivirent furent dédiées à l’analyse approfondie des autres squelettes. Pas un seul ne pouvait faire douter que la grotte dans laquelle Marc et Guraagcha avaient posé les pieds fut le repaire de néandertaliens.

Malgré les résultats de la datation, Jean-Charles avait bien du mal à admettre qu’il soit possible d’envisager que l’Homo neandertalensis puisse avoir survécu. Cela allait contre tout ce qu’il savait.

Et surtout, il y avait ce Khangaï…

Seul l’ADN pourrait désormais trancher, mais en attendant, il fallait voir sur place l’endroit où ils avaient tous été mis à jour.

On trouverait forcément des traces de vie des néandertaliens : des pointes de silex, des restes de repas et d’ailleurs, il y avait bien dans cette grotte ces peintures rupestres qui jusqu’ici avaient été provisoirement mise de côté par l’équipe de fouille tant il y avait de squelettes.

Jean-Charles émit donc le souhait de se rendre dans la grotte.
José Perez donna son aval et encouragea même Marc à l’y accompagner ainsi que Guraagcha.

Le petit groupe partit vers la grotte alors qu’il ne faisait pas encore jour.
En une heure, ils avalèrent les trois kilomètres qui les séparaient de la montagne et, alors qu’ils se trouvaient à portée du flanc de cette dernière, ils virent qu’ils n’étaient pas seuls.
Juste à la base de l’escarpement où se trouvait la grotte, se tenaient trois yourtes d’où s’échapper une maigre fumée grise.

— Merde, c’est pas bon, fit Marc, ils vont voir notre grotte et tout saccager. Guraagcha, je croyais que les gens du coin ne venaient jamais par ici.

Ce dernier sortit une paire de jumelles et observa un moment.

Il lâcha dans un grognement qu’il s’agissait des nomades pâles.

— Les nomades pâles ? s’écria Marc, interrogateur.
— Oui, les nomades morts-vivants ou les nomades fantômes, comme tu préfères. ironisa Jean-Charles. Guraagcha ne t’a jamais parlé d’eux ? Il paraît qu’ils mangent les petits enfants pas sages…

Marc haussa les épaules, pouffa d’irritation et reprit la marche.
— Folklore mongol… lança Jean-Charles avant de reprendre lui-même la route d’un bon pied.
— Fantômes ou pas. Il va falloir leur faire comprendre qu’ils ne doivent pas rester ici. Nous avons une fouille à faire. maugréa Marc.
— Oh, mais bien sûr, et on fait quoi si dans la grotte il y a un ours qu’ils sont en train de chasser ? On lui dit de se tailler lui aussi ? railla Jean-Charles.

Le trio s’approcha prudemment des yourtes.
Les Français prièrent Guraagcha de manifester leur présence auprès des nomades. Ce dernier, assez hésitant, se mit à héler, mais n’obtint aucune réponse.

— Nomades pâles, partis. fit le Mongol.
— Et le feu ? objecta Jean-Charles en désignant les fumées.
— Nomades pâles partis. répéta le guide sans se départir de son ton rude et de son air buté.

Ils dépassèrent le campement puis gagnèrent une pente qu’ils montèrent péniblement, cette dernière se révélant particulièrement abrupte.

Ils étaient à portée de l’entrée de la grotte.

— Vu la proximité de leurs yourtes avec ta grotte… fit, essoufflé, Jean-Charles à Marc. Il ne fait aucun doute, pour moi, que les squelettes que vous avez trouvés soient des sapiens. conclut-il d’une voix sombre.
— des sapiens déguisés en Néandertal ? railla Marc.
— des sapiens avec des morphologies atypiques, on va dire… Attends… coupa-t-il, soudain alerté. Écoute.
— Quoi ? souffla, terrifié, le Chargé de recherche.
— On dirait une sorte de mélopée. Punaise, il y a du monde dans cette grotte, ce sont les nomades. À mon humble avis, on va quelque peu déranger…

Jean-Charles avait à peine fini sa phrase, qu’ils virent débouler de la grotte à pleine vitesse plusieurs hommes leur fonçant droit dessus.
Trapus, courtauds et manifestement pas des plus sympathiques voire carrément agressifs. Ils étaient armés de lances et de masses.
Ces nomades-là n’avaient jamais dû voir l’ombre d’un vêtement contemporain, car ils étaient habillés de peaux et de fourrure.

L’un d’eux, le moins farouche, et à la carrure plus imposante que les autres, s’avança et pointa sa lance directement sur la poitrine de Jean-Charles.
Il débita ensuite un dialecte des plus étranges avant de le repousser avec la pointe de sa lance.
Malgré le danger, Jean-Charles croisa le regard de l’homme.

Et là, il reçut l’uppercut le plus violent de toute sa vie.
Uppercut qui n’était point dû à la belligérance dont faisait preuve son assaillant mais à ce qui frappa son esprit.

Cet homme aurait pu figurer sans l’ombre d’un doute parmi les reconstitutions les plus fidèles du Néandertal que l’on trouve dans les musées.

La suite au prochain épisode…

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

5 commentaires sur « « Le dernier » chapitre II – la troisième nouvelle du projet Bradbury »

  1. Aaaaaaaaaaah (j’ai pas encore lu mais c’était pour signaler ma satisfaction à l’idée d’avoir la suite à lire).
    Je reviens après (c’est long, ça va pas être pour tout de suite en revanche :)) !
    Bizzzzz

    1. Bon, j’ai lu (je te rassure, j’ai pas mis 24h 😋). J’aime toujours autant et en plus, je me faisais la réflexion que c’est une putain de bonne idée d’intrigue ton histoire de paléontologie. Ça ferait un super roman, style un peu scientifico-science-fiction 😂. Bref, bravo !

      1. et voilà comment tu te retrouves à écrire un « roman » alors qu’au départ tu voulais juste écrire un petit texte… biz

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