Publié dans A propos d'écriture

La lune rousse

Encore toute exaltée, elle lui contait une nouvelle anecdote de sa folle jeunesse. Cela ne remontait qu’à peine plus d’une petite dizaine d’années, mais la nostalgie de Véronique était telle qu’on avait l’impression à l’entendre que cela se passait il y a des décennies.

Tout en lui narrant les détails qui allaient rendre son histoire encore plus croustillante, elle déambulait de pièce en pièce, là précisément où se tenait son récit. Cette maison était l’endroit qui recelait tous les bons et moins bons souvenirs de cette période particulièrement marquante pour Véronique. Elle lui montrait d’abord ce qui avait tenu lieu de chambre qui avait un aspect misérable du fait de l’abandon prolongé de la baraque, puis la salle de bain où la plupart des carreaux avaient délaissé les murs.

Tandis que Véronique l’entraînait cette fois vers le salon attenant à la terrasse, ou du moins ce qu’il en restait – un pan du mur extérieur de l’étage s’était écroulé si bien qu’avant même d’emprunter la porte-fenêtre pour sortir on avait déjà une vue imprenable sur la mer et le port de la ville – elle se dit à elle-même, qu’à la réflexion, les souvenirs devaient remonter à plus de dix ans.

Véronique semblait curieusement ne pas s’être aperçue que la maison était devenue une véritable ruine branlante comme si elle avait été la cible d’un bombardement. Ou alors, peut-être faisait-elle mine de ne pas s’en rendre compte car trop heureuse d’évoquer ce passé qui faisait que sa vie pu être qualifiée d’exaltante et ainsi donc pour mieux nier le vide et la décrépitude de son existence présente.

Radieuse, elle rejoignit la terrasse en enjambant les débris de mur et lui montra la magnifique vue.

Et c’est vrai que le panorama était splendide. La maison construite en hauteur de colline surplombait le village et son petit port de pêche. Le soleil finissait de se coucher en teintant la mer d’huile de ce ton orangé virant au rouge si caractéristique. On aurait presque pu profiter de cette plénitude.

Le ciel commençait à s’obscurcir et Véronique n’en finissait plus d’évoquer ce passé. Son passé. Plus rien d’autre ne comptait. Elle ne vit pas – ou semblait ne pas voir – que la terrasse menaçait de s’écrouler. Véronique parlait toujours alors qu’elle ne l’écoutait plus aux prises avec un malaise de plus en plus grandissant. La maison ne semblait pas être la seule à avoir subit les foudres d’un cataclysme ou d’une guerre. Les bâtiments qui l’avoisinaient était sérieusement délabrés aussi. Des balcons en partie écroulés, des murs effrités voire parfois amputés. Tout le village en fait. Un village mort. Voilà où elle avait été entraînée. Pas âme qui vive. Seul le ressac des vagues brisaient ce silence de mort.

Complètement sonnée parce ce qu’elle venait de réaliser, elle ne s’aperçut pas tout de suite que Véronique s’était arrêtée de parler. Elle se tourna pour la chercher et la trouva immobile face à la mer.

Cette dernière était comme figée. Elle mirait le ciel avec un air empreint à la fois d’une sorte de solennité et d’une profonde tristesse. Elle l’appela mais Véronique ne semblait pas l’entendre.

Son regard se perdait au loin sur la lune qui, ce soir-là, était une lune rousse si énorme qu’on eut dit un nouveau soleil venu remplacer au pied levé celui qui se tenait là quelques minutes plus tôt.

Elle observa également un long moment le satellite avec une angoisse grandissante. La lune est-elle si grosse d’habitude ? Est-ce normal ? Mais d’ailleurs, est-ce normal d’être ici ?

Elle arracha ses yeux de l’énorme boule orangée et s’appesantit sur le village. A son grand étonnement elle vit à chaque fenêtre, à chaque terrasse, et à chaque balcon, une femme érigée telle une statue.

Ces dernières, tout comme Véronique, regardaient le ciel ou plutôt la lune rousse qui était comme posée sur la mer.

Celles qui se trouvaient le plus proches et dont elle pouvait contempler à loisir leur expression arboraient ce même regard perdu et affligé au loin.

Exactement celui de Véronique à l’instant même. Toutes avaient la tête légèrement inclinée et cet étrange petit sourire à peine esquissé aux lèvres.

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

2 commentaires sur « La lune rousse »

  1. Bonjour!
    Je cherche désespérément à contacter l’auteur de cette très belle photo de lune, j’ai trouvé 2 adresses mail qui ne sont plus valables, et par principe je ne suis pas sur FB. Auriez-vous la gentillesse de me transmettre son email?
    Merci,
    O.

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