Publié dans Des choses et d'autres

Le jour où j’ai failli (maternellement parlant)

On me disait, avant que je ne sois nantie d’un gosse, qu’un jour j’allais faillir (on me glisse même que ça deviendra chronique mais là, tout de suite, j’ai encore envie de croire que je suis une maman sur-puissante et que je n’ai été victime que d’une petite faiblesse passagère).

Ce jour-là, tu lâches le sacro-saint principe que ton gosse à toi doit être calme et silencieux dans une salle d’attente, parce que t’es pas « comme ces autres pouffes qui laissent hurler leurs mômes et les laissent saccager tout ce qui se trouve à leur portée » dans cette même salle d’attente parce que TOUAAA t’as un super contrôle sur ton morveux, et ce, dès qu’il démarre ne serait-ce qu’un murmure de chouinement.

Bref.

Ce jour-là fut le jour de la visite au service dermatologie de l’hôpital des enfants, le même jour où tu t’es rendue au taff en tant que maman-trop-trop-fière-de-son-bébé-qu’elle-va-montrer-à-tout-le-monde.

Ce jour-là, t’avais juste pas prévu que :

  1. t’allais avoir un J2 bloody de chez bloody. Une truie perd moins de sang que toi, c’est sûr…
  2. t’allais également avoir la crève genre 38,8°C avec la gorge en feu, les oreilles bourdonnantes, un mal de crâne intense. C’est simple, t’as dû te doper pour pouvoir décoller.
  3. qu’il y aurait un fort ralentissement dans les transports en commun. Je vous laisse imaginer les nombreux arrêts intempestifs entre chaque station, debout, avec un lardon de 8 kilos dans le porte-bébé qui vous tient chaud et qui commence à chouiner parce que lui aussi à chaud.
  4. qu’il y aurait une refonte total du système informatique d’enregistrement administratif des consultations et donc consécutivement une attente bien plus longue qu’à l’ordinaire…

Et croyez-moi quand j’ai vu la centaine de parents et gamins dans cette pièce. Quand j’ai vu qu’on m’avait filé le ticket N°170 et qu’on en était à… 131… J’ai bien failli chialer.

Toutes les places assises étaient prises. Mon dos ruisselait de sueur, le cou aussi, et le bas ruisselait aussi… (Mais pas de sueur). Ah merde ! Impossible de voir le bas de mon pantalon, il y a un Plumeau râlant et gesticulant qui m’empêche de scruter mon entrejambe.

Bref.

Deux vieux se sont levés pour me laisser une place assise. En toute logique, et en tant normal (sans règle hémorragique et sans fièvre de cheval) j’aurais poliment décliné leur offre généreuse (même avec un lardon de 8kg) mais là je me suis précipitée (en les remerciant quand même. Je leur aurais même baisé les pieds. Bref). Une vraie truie je vous dis !

Et puis, le Plumeau resta sage un moment. Je lui ai ôté son gilet mais ça ne suffisait pas. Je l’ai sorti du porte-bébé. J’ai brandi l’anneau de dentition pour l’occuper. Et tandis que je tentais vainement de joindre mon médecin traitant qui n’avait rien trouvé de mieux que de décréter que « le jeudi il ne consultait pas » (c’est ce qu’il a dit sur son répondeur en tout cas), le Plumeau m’assénait de coups d’anneau de dentition dans la gueule. Ben oui… Mais ça ne l’a occupé qu’un petit moment.

Et puis, ça ne défilait pas bien vite les numéros. Avouez que c’est con quand il ne vous reste que 5 minutes avant l’heure de votre consultation.

Et puis, le Plumeau a commencé à geindre, à se tordre, à maugréer puis à hurler tout ce qu’il savait. Suffisamment pour couvrir le bruit ambiant.

Et, c’est là que j’ai failli. Je l’ai laissé faire.

Je n’ai pas bronché.

Les regards de l’assistance envers ma personne allaient de la profonde commisération à l’agacement.

Un grand moment de solitude. Le même qui vous étreint quand on pousse la porte des wouawoua et qu’on vous découvre en train de faire la petite commission (ou la grosse, selon).

Et, j’ai aggravé mon cas lorsqu’enfin le N° 170 s’est affiché. J’ai laissé le Plumeau attraper une pile de papiers sur le comptoir, je l’ai laissé les déchirer un à un. Je l’ai laissé les sucer, les lécher. Je l’ai laissé cassé le bloc qui contenait la pile de papiers. Je l’ai laissé se déchaîner. Et en plus, on ne pouvait rien me dire. Parce que :

  1. nous avions attendu plus de 40 minutes
  2. je ne pouvais pas remplir des formulaires d’une main, soutenir le Plumeau assis sur le comptoir d’une autre et l’empêcher de tout saccager de ma troisième main. Ah merde, je n’ai pas de troisième main. Jamais là, cette con_nasse quand on a besoin d’elle.

Bref, si par hasard, tu t’es trouvé ce jeudi matin dans l’enregistrement administratif des consultations à Necker – hôpital des enfants malades entre 10h15 et 11h00. Saches que je suis désolée du boxon que ma chère descendance a commis et que je regrette d’avoir failli en ma qualité de super maman qui déchire.

Saches aussi, petit vieux qui a voulu savoir combien de temps nous avions attendu, que je suis désolée de t’avoir mordu (ou tout comme) lorsque tu t’es gentiment adressée à ma personne.

Je n’étais plus vraiment moi-même, en fait. Pardon.

En fait, je ressemblais plus à ça. Comme une envie de donner un coup de boule à tout ce qui s’approchait de moi.

 

Sinon, saches que le lardon a quand même été ausculté au final, et qu’on m’a délivrée une crème à la cortisone plus forte pour les plaques du corps (je dois par contre, continuer si besoin la tridésonit sur le visage, et surtout pas l’autre crème). Le traitement sera de 10 jours puis arrêt. Selon la dermato, la tridésonit n’était pas assez dosée et je n’en mettais pas assez d’où le fait que l’eczéma réapparaisse aussi vite dès l’arrêt. Nous en sommes à 5 jours, le Plumeau n’a quasiment plus rien.

Ensuite, petit truc et astuce, saches qu’au service dermatologie de Necker, il y a une gentille bénévole qui non contente de t’indiquer aimablement l’accueil, est disponible pour te garder le mioche dans ses bras le temps que tu ailles pisser (et inspecter les dégâts de fuite sanguine par la même occasion). Gosse, qui en l’occurrence, fut souriant, aussi calme qu’une statue de Bouddha et sage comme une image dans ses bras à ELLE mais pas dans les tiens (sale morveux).

Et enfin, l’heure du biberon approchant (non en fait, on l’avait laaaarrrgement dépassé), je me suis précipitée à la cantoche du boulot où j’ai pu nourrir mon fils devant mes collègues émerveillés ébahis/amusés/outrés (c’est selon). J’ai un peu grignoté pendant qu’une collègue tenait mon fils… J’ai pu me baffrer tout mon saoul puisque je m’étais lâchement déchargée sur une collègue (mauvaise mère – second round).

Je peux vous assurez qu’on était loin de la mère épanouie et comblée…

Nan, je ressemblais plutôt à ça, les cernes bleutées et le cheveu gras en plus ainsi qu’une tenue vestimentaire moins working girl (en fait, j’avais mis ce que j’avais à portée de main, autant dire que c’était du grand n’importe quoi).

Bref. Le gosse a vu une dermatologue et ma cantine de travail. Moi, j’ai vu un médecin.

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

13 commentaires sur « Le jour où j’ai failli (maternellement parlant) »

  1. Ahhh j’imagine bien le désastre ! Et l’attente sous la verrière si bien pensée par forte chaleur ! Tu t’en es bien tirée 😉

  2. Ha la la Necker. Bien contente de ne pas avoir eu à faire la queue aux admissions. Il y a toujours du monde là je crois.
    C’est  »marrant » mais je croyais qu’ils avaient changé de système l’an dernier ?!
    Sinon imagine toi la même situation avec 2 enfants avec en plus à sortir tout ce petit monde de la voiture avec la poussette et jouer à Tetris dans l’ascenseur pour caser tout ton petit monde avec un ticket de parking qui en temps normal est bien plus large que nécessaire mais que là tu sais que tu vas dépasser mais que tu ne peux pas retourner mettre ta pièce ou sinon ça va être ton tour/tu vas t’emmerder avec tes 2 gamins et la poussette dans l’ascenseur car tu ne peux pas décemment laisser ton fils de 5 ans et demi seul dans la salle d’attente… Bon sans ragnagna hémorragiques pour moi !

      1. Et sinon j’ai encore mieux. Une amie a accouché cette nuit de jumeaux. Tu imagines 2 plumeaux dans les bras. La c’est 4 bras qu’il fait
        Cette amie a déjà un grand de bientôt 5 ans et un moins grand qui vient d’avoir 2 ans…
        Tu les sens les excursions courses, médecin, autre…

  3. Les ragnagnas hémorragiques, même sans môme, c’est déjà l’angoisse (je suppose que tu as les douleurs inhumaines qui vont avec et te donnent envie de t’arracher l’utérus de tes propres dents) alors là j’imagine bien la difficulté du moment !

    1. Rholala oui, tu vas en vivre des moments de solitudes mais bon tu vas vivre des trucs sympas aussi.
      Biz à toi et Petit Trésor

  4. bon, c’est vrai que l’ambiance n »était pas au beau fixe! mais Plumeau est sur l’autoroute de la guérison, c’est super!
    ici nous découvrons les boutons de chaleur ou roséole? ou rubéole??
    biz

  5. Rhooooo le beau moment de solitude…
    On les déteste ces moments… Heureusement ils ne sont pas si nombreux !
    Moi c’est quand Potam était tout bébé qu’il hurlait tout le temps, mauvaise mère ou pas j’avais pas le choix, il ne se calmait pas, ni au sein, ni en marchant et en le berçant, il hurlait, hurlait, hurlait, et cassait les oreilles à tout le monde. A tel point qu’en général on passait avant tout le monde chez le pédiatre qui sortait de sa consult en demandant « c’est qui le bébé qui pleure là ? Bon, vous passez les prochains ». Genre pour sauver les oreilles de sa clientèle !!! (ou les siennes…) J’en ai eu, comme toi, des suées…

    Pas grave va, toutes les mamans te comprennent… 😉

  6. Je suis désolée mais j’ai ri car c’est tellement ça ! Tu sais décrire une scène atroce , si on peut dire … en tout cas, j’imagine la solitude ressenti, mais après tout on est que des mères, et y a des moments où c’est juste pas possible de « gérer » et je trouve que tu as beaucoup de mérite, dans une même situation j’aurais craqué (pleurs et tout … ) Non tu n’as pas failli, ça c’est certain !

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