Publié dans Des choses et d'autres

Aujourd’hui, je t’ai dit adieu

Aujourd’hui, c’est une première.

Aujourd’hui, je t’ai dit adieu au téléphone mon amie.

Je n’avais jamais eu a faire ça auparavant. La mort ne m’avait jamais touchée d’aussi près. Quand mon grand père est décédé, c’était soudain. C’était fait. Déjà.

Aujourd’hui, j’ai appris que tu étais condamnée. Tu ne feras pas la fin de la semaine.
J’ai vaque à mes occupations : linge, ménage, rangements, cours de préparation a la naissance.
J’ai tourné et retourné l’appartement entre deux crises de sanglots.

On devait s’appeler.

Je devais te faire rire avec les péripéties intra-utérines du Plumeau. Plumeau que tu ne verras jamais naître…
Toi, qui m’a poussée à continuer la PMA malgré mon ras-le-bol. Toi qui y a cru plus que moi. Toi, qui a toujours été d’un courage hors norme face à ce putain de cancer qui te rongeait depuis deux ans.

Pas une fois, je ne t’ai sentie désespérée, déprimée au téléphone. Malgré ce crabe de merde, ce fut toujours facile de t’avoir au téléphone. Malgré la gravité, la rechute, les hospitalisations qui se multipliaient, tu as toujours su rendre mes appels faciles, légers où on pouvait parler de tout et de rien, bien sûr de tes traitements, tes infections MAIS c’était facile ! Je n’ai jamais eu l’impression que mon cœur allait sombrer au moment de décrocher le téléphone. Jamais eu d’appréhension.

Pas sûre que j’aurais sentie la même chose avec quelqu’un d’autre dans la même situation…

Mais aujourd’hui, ce fut différent. N’ayant aucune nouvelle de toi depuis plus d’une semaine -signe que quelque chose clochait- mon cœur s’est serré quand ton mari a décroché.

J’ai su ce qu’il allait le dire : « Elle va partir. Prévu pour fin de semaine ».
J’ai appris que tu ne pouvais plus parler. Plus la force. Mais que tu entendais toujours et que t’avais toute ta conscience.

Alors ce soir, je t’ai appelée. Pour la dernière fois. Pour te dire adieu, mon amie.

J’ai entendu ton souffle laborieux au bout du fil. Tout ce que j’ai écrit là. J’aurais voulu te le dire de vive voix. Mais je n’ai jamais été douée pour les grandes déclarations orales.
Tout est plus facile à l’écrit. Les idées viennent toujours après…

La seule chose que j’ai pu dire c’est que tu allais me manquer avant d’éclater en sanglots. Son mari a repris le combiné… Trop dur pour lui de m’entendre comme ça.

La seule chose qui me console c’est que tu ne souffres pas. Vive la morphine. Tu attends ta fin. Dignement comme toujours.

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

28 commentaires sur « Aujourd’hui, je t’ai dit adieu »

  1. Je pense bien à elle, et à vous. Je lui souhaite de derniers moments paisibles et entourés des siens et à vous beaucoup de courage….

  2. je n’ai pas de mots c tellement triste !! tu as su trouver ces quelques mots qui veulent dire énormement sur votre amitié … plein de courage dans cette tragique epreuve , prends soin de toi et du petit plumeau !! bisous

  3. Dur dur!!
    Ça n’est pas simple d’accompagner la mort : je me suis trouvée super nulle (j’ai envie de dire « moi aussi » car j’ai l’impression que c’est ton sentiment en ce moment) avec mon grand-père il y a 4 ans. Je lui parlais de la vie, j’avais envie d’en mettre plein sa chambre, ma mère lui parlait du passé, lui amenait du parfum de sa femme disparue peu avant, de ce qu’il voulait pour apres, etc… Il y en a qui savent faire et je crois que ça s’apprend, à l’usage (c’est triste).
    Bref, je suis désolée pour elle, triste pour ses proches et je comprends que ça soit dur de lui dire tout ça. Mais même maladroit ton coup de fil compte certainement bcp pour elle.

  4. Je te lis, je ne commente pas beaucoup par manque de temps mais aujourd’hui je ne pouvais pas ne pas laisser de mot. Ton texte ma serré le cœur et fait monter les larmes, je suis (comment souvent) à la recherche de mots pour apaiser mais ils sont tous bien faible face à ça…. Alors, juste je pense à elle. Courage et des bisous

  5. Je suis bouleversée. Ton amie est incroyable. C’est une si belle personne. Je pense fort à elle, son mari, sa famille et ses proches. Soyez forts pour elle et son conjoint,même si c’est diffile. Des bises à elle et ceux qui ont la chance de la connaitre

  6. J suis en pleurs et ça faisait bien longtemps que je n’avais pas pleuré. Je te souhaite pleins de courage dans la perte de cette amitié et qu’elle reste gravée toute ta vie pour ne jamais l’oublier. Ce sera ton plus beau cadeau pour elle. Ne jamais l’oublier. Je t’embrasse très fort.

  7. Aujourd’hui, après des mois d’angoisse, des examens à n’en plus finir, des diagnostics contradictoires, nous avons enfin appris que Monsieur Papa était épargné. Il y aura 17 ans jeudi prochain, déjà, que ma maman n’avait pas eu cette chance. Alors, Plume, ce soir, tes mots ont un écho mouillé de mes larmes, qui ne sont rien face à ta douleur, celle de ton ami, et face au courage de ton amie qui s’en va, doucement, les lèvres closes mais la tête dans le bleu du ciel, bien au-dessus de cette vie si peu généreuse.
    Je t’embrasse très fort.

  8. Toutes mes pensées pour elle, pour toi. C’est très cruel et très dur.
    Pas de mots pour réconforter, ça me rend triste aussi. Je n’ose imaginer ce qu’elle peut ressentir.
    C’est bien que tu aies pu lui dire au revoir, peu importe les mots, une amitié n’en a pas besoin.
    Elle sait qu’elle vivra toujours en toi et en vos souvenirs.
    Courage,
    Bises

  9. Tu as eu la chance de l’avoir près de toi, elle a eu la chance de t’avoir près d’elle, pendant le grand morceau de vie que vous avez partagé.
    Non ?
    Je t’embrasse

  10. J’ai vu ma maman mourir lentement – encore le crabe. Je voulais te dire que, je crois, personne ne lui a dit qu’elle allait lui manquer (même si c’était évident et que, me manquer, c’est encore tout le temps). Personne n’a osé. J’essaie de le faire maintenant (heureusement c’est rare, mais c’est arrivé). Je suis contente pour elle que toi tu l’aies fait. Et « contente » pour toi que tu aies réussi à le faire. Je t’envoie beaucoup de courage.

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