Publié dans A propos d'écriture, Le Casino (la série)

Série le Casino : épisode 44

Le sommeil ne venant pas, je me suis résolue à descendre au seul salon-club pour noctambules du Casino.

J’ai pris goût à ce bruit de fond empli de tintements de verre et de murmures des conversations feutrés.

Je me dirige comme à mon habitude vers une alcôve sombre et isolée. L’un des rares coins qui soit indirectement éclairé par les quelques lampes à pétroles du salon.

Je m’installe sur le fauteuil en velours bordeaux et attends le barman qui met toujours un peu de temps pour venir prendre ma commande. Je choisis invariablement un whisky alors que je déteste ça. La dégustation sera plus lente ce qui me laissera plus de temps.

Mais plus de temps pour quoi au juste ?

Plus de temps pour échapper à la venue de Mme Déprime. Plus de temps au soleil pour faire son entrée dans le monde. Plus de temps à mes réflexions.

Plus de temps.

En attendant le barman, mon regard se perd sur un des écrans où l’on peut voir ce qui se déroule dans l’immense salle de jeu 24h sur 24.

— Ceux sont de jolies papillons de nuit… fais une voix âpre tout proche de moi.

Je sursaute. Un vieux monsieur est assis à côté de moi. Je ne l’avais même pas remarqué.

— Je vous demande pardon ? fais-je.

— Mais oui… Là. fait-il en désignant avec la longue cuillère de son cocktail le grand écran du téléviseur. Les joueurs. On dirait des insectes, vous ne trouvez pas ?

Intriguée, j’incline ma tête comme si ça pouvait m’aider à mieux observer et comprendre ce que le vieux déblatère.

— L’espoir c’est une drogue dure. C’est ce qui anime tous ces millions de gens qui jouent aux tables de jeux du Casino. Sans l’espoir, le Casino fermerait boutique. Si l’espoir s’en va, le Casino meurt donc le Casino doit faire en sorte que l’espoir perdure sinon c’est la fin. Mais l’espoir c’est précisément ce qui conduit au pire des désespoirs. Quand rien ne vient… A chaque échec, on tombe dans un désespoir plus profond mais on ne peut s’empêcher de miser. Encore. Parce que l’espoir renait. C’est ce qui nous anime. Mais quand cet espoir est mal placé et qu’il est vain de miser dessus, on ne peut que se détruire en fin de compte. C’est l’ultime torture mentale. L’espoir, oui, c’est une drogue. La pire de toutes… conclut le vieux bonhomme dans un murmure étouffé.

Je reste interdite. Le vieux a raison. Et si j’avais misé en vain depuis le début ?

Le vieux s’anime encore et me glisse :

— Regardez-les bien tous ces joueurs. Observez-les… Ils jouent comme si leur vie en dépend. Mais combien vont à leur perte ? Exactement comme les papillons…

— Les papillons ?

— Oui… Comme les papillons de nuit attirés par la lumière d’un lampadaire et qui se crament les ailes. Exactement comme les papillons de nuit…

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

4 commentaires sur « Série le Casino : épisode 44 »

  1. Mais il y a quelques joueurs qui gagnent, c’est justement pour cela que les autres continuent de jouer!
    Et on peut tous être ce joueur gagnant 😉 Sur un coup de chance!
    Bisous, contente de retrouver le casino!

  2. Ton texte est très beau, émouvant…et tellement vrai.
    Je n’ose pas trop espérer pour ne pas me brûler les ailes…
    Merci pour ce nouvel épisode du casino !

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