Publié dans A propos de nulliparité

Féminité et souvenirs d’enfance #1

Comme nous sommes repartis sur 15 jours d’attente, cette fois je vous propose des billets souvenirs d’enfance. Mais des souvenirs un peu particuliers. Des souvenirs liés à mon rapport avec mon corps de petite fille en particulier tout ce qui touche à la sexualité et à la féminité.

J’ai 4 ans.

Je suis chez mon arrière grand-mère. On vient de me faire prendre mon bain. Ma tante m’a enveloppée dans une grande serviette de bain (enfin grande… Tout est relatif… ) et me frictionne.

Ma tante m’a posée sur la table du salon parce que c’est plus facile pour elle de m’essuyer : elle n’a pas à se baisser. Je suis donc debout sur la table et j’ai une vue imprenable sur la télévision.

A la télévision, je suis captivée par un téléfilm américain où les deux héros principaux sont des enfants. Un garçon et une fille. Comme j’ai pris l’histoire en cours, et que je n’ai que 4 ans, je ne saisis pas toute l’intrigue. J’ai quand même compris deux choses :

  1. Les enfants (les gentils) ont des pouvoirs surnaturels
  2. Les enfants sont recherchés par une organisation (les méchants) qui veut les utiliser puisqu’ils ont des super pouvoirs

Pendant ce temps, ma tante me parle tout en me frictionnant avec la serviette mais je me fous complètement de ce qu’elle me raconte. Les enfants viennent d’être repérés puis enlevés par les méchants.

Un homme dont je n’ai pas bien compris s’il faisait parti des méchants ou des gentils fait son apparition.

Je ne sais pas pourquoi (ou plutôt n’ai pas compris) pourquoi cet homme se retrouve face à un choix cornélien.

Le choix cornélien c’est que pour sauver un des deux enfants il faut en sacrifier un autre.

Il décide de sauver le petit garçon. La petite fille est donc sacrifiée.

L’image qu’il me reste et qui va me hanter longtemps c’est la vue plongeante de cette petite fille enfermée dans un ascenseur qui descends. Mais surtout le regard d’abord stupéfait puis résigné de cette petite fille. Enfin la petite fille disparait du champs de vue.

Et puis j’ai eu une sorte de révélation…

Je me demande, parfois, comment c’est possible qu’il y ait des éclairs de compréhension ou ce genre de révélation qui arrivent à émerger malgré le fait que le cerveau d’un enfant ne soit pas encore capable de procéder à un raisonnement qui relève plutôt de celui d’un adulte.

Ma révélation est la suivante :

J’ai alors compris que le monde dans lequel je vivais faisais une différence très nette et injuste entre les garçons et les filles et qu’il valait mieux être un garçon.

Pourquoi ? Parce que les garçons/hommes (bref les mâles) ont le pouvoir et ce, depuis si longtemps que ça apparait naturel et normal.

J’ai réalisé que le téléfilm était un parfait reflet du monde réel (à l’exception des enfants aux super pouvoirs, ça, j’avais compris que c’était pour de faux), où les personnages importants sont des hommes, où les personnages secondaires sont des femmes et où on trouve normal de sacrifier la petite fille par rapport au petit garçon (pourquoi pas l’inverse ?). Tout ce qui auparavant (avant le sacrifice de la gamine) me semblait « normal » m’ait apparu soudainement monstrueux.

J’en arrive donc très vite à la conclusion logique que je suis du mauvais côté de l’humanité. Du côté des filles…

Bien sûr tout ce raisonnement, à 4 ans, je ne l’ai pas fait. Du moins pas intégralement (c’est décortiqué après coup) car je ne pouvais pas intellectuellement le faire.

J’en suis arrivée directement à la conclusion.

On va dire que c’est un peu comme si j’avais été frappée par la foudre.

Bref. A 4 ans. Nue comme un ver (puisqu’il faut m’habiller) et toujours debout sur une table de salon. Je prend conscience de ça. Je sais que je suis une fille et ça me désespère. Je crois que je vis mon premier désespoir aussi.

Avec le recul, je trouve que c’est assez terrible de découvrir sa féminité comme ça. C’est pas un souvenir heureux mais qui a dit que les souvenirs d’enfance sont forcément heureux ?

Image tirée de l’expo Mary Cassatt à Paris : Dessins et gravures de la collection Ambroise Vollard
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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

23 commentaires sur « Féminité et souvenirs d’enfance #1 »

  1. Peut être parce que nous n’étions que des filles à la maison en dehors de mon père, peut être parce que mon père et ma mère ont toujours fait leur vie sur un pied d’égalité, peut être parce que je n’ai jamais ressenti que mon père ait fait la moindre différence entre nous élever nous, filles et élever un garçon qu’il n’a pas eu, je n’ai jamais eu cette impression… Au contraire, j’ai toujours trouvé, sans féminisme acharné, que nous, femmes, avions un sacré pouvoir… Bien remis en question par l’infertilité, certes, celui d’enfanter. Mais pas que, celui de gérer la souffrance, par exemple, bien mieux que les hommes que je connais. Enfin, je ne trouve pas les femmes plus puissantes, mais j’ai toujours été heureuse d’être femme… Hormis pour pisser sur les aires d’autoroutes 😉
    Merci pour ce beau souvenir…

  2. C’est exactement ce que je m’étais dit quand j’ai lu « Le choix de Sophie » (un peu le même principe, mais en encore plus horrible car dénué de toute science-fiction)… Mais j’avais bien plus de 4 ans alors !
    Enfant, j’étais un vrai garçon manqué (et d’ailleurs toujours aujourd’hui, quelque part…). Etant le premier enfant de ma génération, je sais que mon grand-père a été déçu que je sois une fille, mais ne me l’a jamais montré. Mais peut-être qu’inconsciemment, je l’ai ressenti.
    Bisous et croisage pour les 15 jours à venir !

    1. Je n’ai pas lu le choix de Sophie et du coup, ça me donne envie de le lire.
      Je crois que du côté de mes grands parents paternels ils ont dû être déçus aussi.

  3. Le choix de Sophie, je ne l’ai pas lu, mais j’ai vu le film, de Pakula. Je me souviens avoir pleuré sans pouvoir m’arrêter, et rien de d’y repenser, je sens une nausée intense et un stress terrible.

    Savoir qu’être une fille et bien non, ce n’est pas comme être un garçon, et ce n’est pas toujours drôle, j’en ai pris conscience non pas avec mes parents (mon papa était très heureux que je sois une fille et ma maman un chouyat féministe…), mais avec les amis/connaissances/voisins de mes parents, qui eux avec souvent des filles ET des garçons, et dont les discours que je surprenais parfois m’énervaient déjà, vers 6 ou 7 ans : Les garçons, ça peut grimper aux arbres, les filles ce sont des pisseuses qui emmerdent le monde, les garçons ça n’a pas peur, ça rend fier, les filles ce sont des soucis pour toujours, les garçons ça fait « tourner » le monde, les filles ça devient vite des boulets…etc etc.
    Je me souviens que mes parents n’ayant pas du tout ces idées là ont assez souvent réagi, sans humour et fermement. J’ai à la fois compris que « les gens » souvent préféraient les garçons, pour des tas de fausses raisons, mais que d’autres (mes parents, forcément c’était mieux, lol) revendiquaient l’égalité fille-garçon.

    Mais ensuite, vers 8-10 ans, j’ai compris aussi que le pouvoir de « séduction » ça pouvait être une arme 🙂

    1. Il faut bien des compensations… Le problème (et tu le verras au fil des articles liés à ma féminité et mon enfance) c’est que je n’ai jamais su tirer parti de mon pouvoir de séduction. En fait, j’ai aucun pouvoir de séduction, zéro charisme et zéro charme. Maintenant au vu de tout ce que j’ai écrit je sais pourquoi…

  4. Moi non plus je n’ai jamais ressenti cette injustice entre les filles et les garçons… Mais je conçois bien que prendre conscience de ça à 4 ans, c’est pas le top pour construire sa féminité….

  5. C’est un souvenir très intéressant et qui en dit surement long sur ton rapport à la féminité (que je ne connais pas vraiment!). Je n’ai pas ressenti cela enfant mais j’ai très nettement senti cette injustice dès que j’ai mis un pied dans la vie professionnelle!

    1. Mon rapport à ma féminité a été assez déplorable, la PMa n’a rien arrangé mais je résiste, je suis beaucoup plus féminine et coquette ces dernières années.

  6. Bonjour,on ne se connait pas mais j’ai un peu lu ton calvaire,même si ça m’a parfois fait rire et parfois fait pleurer.Ma soeur a eu un cancer des ovaires très jeune et elle a elle aussi fait des fiv.Mais ça lui faisait revenir les tumeurs alors il a fallu qu’elle arrête.Après mûre réflexion, ils ont décidé d’adopter et ils ont une petite fille maintenant.
    Pour moi,c’était compliqué pendant 5 ans.Pas d’enfant malgré les trucs de température,dates d’ovulation et tout.J’ai divorcé (mon mari était devenu psychopathe) et j’ai refait ma vie avec quelqu’un,tout en me rappelant que d’après trois « spécialistes » j’étais stérile.
    Je prends rendez vous avec un autre spécialiste (nouvelle ville car déménagement) et en attendant j’arrête à nouveau la pillule (elle me permet d’avoir des cycles sinon je ne saigne pas pendant des mois) et là, deux mois après,j’ai eu mon miracle.Je suis tombée enceinte sans rien faire (enfin,rien de médicamenteux parce qu’on a quand même fait un ou deux trucs avant que ça arrive!!). Quand le labo m’a dit « c’est positif », j’ai demandé ce que ça voulait dire car je m’étais résignée à ne jamais avoir d’enfant (j’ai fait un test à cause de symptomes à écarter pour faire une mammo).
    Gros choc mais gros bonheur.Elle a quatre ans,a un sale caractère mais elle est surtout la preuve que tout peut arriver, même dans le positif.
    Je te souhaite (ben oui,je te tutoies,soyons fous-ou folles) un beau miracle à toi aussi et j’espère que mon histoire ne t’a pas énervée (je sais que ma soeur ne supportait plus aucune femme,au point que de la voir si malheureuse,je lui avait proposer de porter son bébé en m’enfuyant une année à l’étranger) et j’espère que tu vas retrouver le moral même si ça ne marche pas comme tu le souhaiterais.
    Je te fais de gros poutous (on ne se connait pas mais quand même!!).

    1. Merci de ton témoignage et je suis heureuse pour toi de ton petit miracle. Tu avais sans doute des ovaires un peu capricieuses et puis un mari psychopathe :-O ça n’aide pas. Quant à ta soeur, je suis vraiment navrée pour elle. Elle pourrait toujours essayer le don d’ovocytes mais il y a toujours un risque que la grossesse lui fasse revenir des tumeurs aux ovaires. En tout cas, il faut en discuter avec un spécialiste.

      1. Coucou!!
        Pour ma soeur,c’était il y a des années et le cancer n’est plus revenu pour l’instant et elle est très heureuse comme ça (ça revenait tout les six mois,opérations et tout et puis un jour,trompe attaquée,un ovaire en moins alors plus trop de possibilités) .Ils essaient d’adopter un petit garçon en ce moment.
        Moi aussi je suis heureuse et je pense que mon problème était surtout dû à un blocage psy (et un peu à l’absence d’ovulation!!) alors du coup,plus de psychopathe (plus de sévices surtout) et bingo,l’esprit libre et ça y est!!
        Je sais que j’ai eu énormément de chance,personne ne l’explique mais elle est là ma poupée et c’est ce qui importe.
        Je te souhaite bon courage et te file mon mail si tu veux qu’on se raconte nos vies (on ne sait jamais…) ou si tu as juste envie de discuter.Je suis sur Angers dans l’ouest. olman31@sfr.fr .

  7. J’ai ressenti très tôt l’inégalité de fait qu’il a entre les hommes et les femmes, les garçons et les filles mais contrairement à toi je n’en ai pas déduit qu’être un mec c’était mieux. Peut-être parce que ma mère est féministe, Je me suis surtout dit qu’on avait du pain sur la place nous les femmes mais qu’on ne devait pas se laisser faire.

    1. Ma mère est féministe aussi et je e suis à 200% mais quand tu vois une petite fille qu’on extermine pour sauver un petit garçon c’est clair que tu te dis « Ah ben c’est con, je suis une fille… Si j’avais pu choisir » Sinon, soyons honnête, ça serait plus simple de vivre en tant que mec ! Mais au final ça serait moins intéressant. Je suis quand même née dans une bonne partie du monde et à une bonne époque. J’espère que la situation de la femme ne va pas se dégrader (retour des valeurs, recul des droits tout ça). Mais je suis pessimiste…

  8. Mon grand-père (imagine un vieil indien aveugle et édenté de 95 ans hyper cultivé car il a une mémoire d’éléphant et passe la journée à écouter la BBC) un jour m’avait en parlant d’une cousine qui avait eu une fille: « On n’a pas le droit de le dire, mais tout le monde préfère avoir un garçon. C’est la vie. »

    Ça m’a soulagée de réaliser ça, c’est clair que mes parents auraient préféré un garçon mais je ne leur en veut plus pour ça. C’est la vie.

    1. C’est clair que l’Inde (et le Pakistan où j’ai vécu peu de temps avant cette prise de conscience) sont peu enclins à aimer les filles. Mon père, faut être honnête, a dû être soulagé de l’arrivé de mon frère. Ma mère avec mon arrivé, était comblée. Si elle avait pu choisir elle n’aurait eu qu’une fille ! LOL !

  9. Il m’a frappée ton texte, c’est terrible cette prise de conscience à 4 ans… Je n’ai pas de souvenir d’anecdotes aussi nettes mais ma mère n’étant pas du tout féministe (contrairement à celle de La Fille), et je pense qu’elle a quand même distillé malgré elle durant mon enfance que nous étions nous femmes inférieures aux hommes. En fait, avoir eu une sœur et non un frère c’était peut-être une grande chance pour moi!

    1. Le pire c’est que je ne m’explique pas pourquoi cette prise de conscience m’est arrivée là alors que plusieurs mois auparavant nous vivions au Pakistan où bien sûr on ne se cache pas pour faire comprendre que la fille est une être inférieur. C’est peut-être un après-coups. Après je te rassure, mes parents n’ont jamais fait de différence. Du moins ma mère. Mon père je pense que quand même c’était important d’avoir un « héritier ».

  10. peut etre q ds l’intrigue du film il y avait une autre raison pour ce choix? ceci dit je suis d’accord on vit dans un monde sexiste qui me revolte chaque jour q dieu fait.

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