Publié dans A propos d'écriture

Ma nouvelle du concours à nous qu’on s’est faite toutes seules !!

[Billet programmé]

Il y a des fois où ça fait du bien de se manger autre chose que des échecs…

Ou quand on met de l’énergie dans quelque chose, il y a retour sur investissement

L’écriture en fait parti. J’ai donc écris une nouvelle que je publie ici.

Au départ, il aurait plutôt fallu que je la poste dans un concours mais j’ai un mauvais souvenir de leur système de notation en ligne car du coup, c’est comme la PMA, on ne voit pas retour sur investissement.

Yrisis, je t’ai piqué ton titre mais en même temps c’est grâce à toi que je suis repartie dans l’écriture.

Ydrisis a choisi le premier thème que vous pourrez découvrir sur son blog la vida es une tombola.

Rebel attitude oblige, j’ai envoyé paitre la date limite, le nombre de caractères imposés et j’ai choisi un des quatre thèmes imposés :

  1. Écrire sur le thème : J’ai levé les yeux et j’ai souri. Ça ne faisait que commencer.
  2. Écrire sur le thème : – Tu n’oseras jamais. – On parie ?
  3. Écrire sur le thème : C’est la première fois que je prenais une décision aussi grave, et je ne m’étais jamais sentie aussi bien…
  4. Écrire sur le thème : J’arrive aux portes du désert  …

Note : Ces temps-ci, j’aurais pu écrire avec le troisième thème…

Mais bon, j’avais déjà choisi le deuxième, donc je vous livre « mon chef d’œuvre« .

Vous verrez d’ailleurs qu’on n’est pas loin du diagnostic de la psy évoqué précédemment… Ahhhh ! Ces ados…

Je m’excuse aussi pour la longueur de ma nouvelle mais ça tombe bien c’est les vacances et vous avez forcément du temps pour vous esquinter les yeux…

La voici !

Nouvelle : le pèlerinage de la mort

— Tu n’oseras jamais…
— On parie ?

C’était à cause de ce bref échange que Thomas, treize ans, se tenait en équilibre au bord du précipice d’une trentaine de mètres.
L’adolescent était adossé contre la paroi d’une des falaises des calanques des Pierres Tombées. Ses mains y étaient plaquées malgré les saillies coupantes. Ses pieds dépassaient le mince rebord surplombant l’abîme. En face, était posé sur une mer d’huile un petit îlot de calcaire blanc sur lequel se détachaient trois silhouettes qui l’observaient.
Parmi les trois, il y avait Kader, quatorze ans et des poussières. C’était incontestablement le plus grand du groupe et, surtout, la plus grande gueule.
— Allez, vas-y ! On va pas attendre des heures ! s’écria ce dernier, à la fois irrité et moqueur.
Thomas eut la mauvaise idée de regarder vers le bas. Le vertige l’enveloppa comme une vague glacée.
Il ne pourra jamais. S’il bouge, ne serait-ce que d’un centimètre, il va s’écraser trente mètres plus bas. Une chute mortelle.
En bas, justement. On distinguait encore clairement la mare de sang séché par le soleil.
Après avoir ramassé le corps, les flics n’avaient pas pris la peine de nettoyer.
Ils n’avaient pas pris la peine non plus de barricader tous les accès aux promeneurs. Et c’est précisément grâce à cette défaillance, que les quatre gamins étaient tous seuls dans la petite crique à l’heure où ils auraient dû être chez eux pour le dîner.
— Allez ! Enculé ! tu le fais ou tu le fais pas ? hurla Kader, au comble de l’énervement.
— Il a la trouille. railla son voisin répondant au prénom de Yanis.
Contrairement aux deux autres adolescents, ce gamin, de treize ans aussi, n’avait encore rien perdu de ses rondeurs d’enfant. C’était aussi le plus petit des trois garçons. Il lui manquait une bonne tête pour en imposer. Surtout face à « Kader le terrible ».
Kader…C’était encore à cause de lui ! pensa, à regret, Thomas.
C’était lui qui avait eu l’idée du pèlerinage aux Calanques pour voir où le mec avait clamsé.
Juste à côté de Yanis, se trouvait la silhouette gracile de Li Ming, treize ans et demi.
Elle n’avait rien d’une fille. Elle avait tout fait pour.
Malgré ça, elle n’était qu’à peine tolérée parmi les garçons du quartier. Mais à l’instant, elle savourait une victoire : elle en était.
Kader avait dû accepter la meuf à contrecœur. Elle devait cette faveur à Thomas pour qui elle en pinçait secrètement et dont elle savait — depuis quelques instants — que c’était réciproque.
Thomas, justement, n’en finissait pas d’hésiter.
Au bord du précipice, il lui revint en mémoire les événements de ces deux derniers jours.
Hier matin, alors qu’il était tranquillement assis sur le rebord du trottoir à bidouiller le vieux mobile que sa sœur lui avait fourgué, Kader – toujours flanqué de Yanis – s’était approché de lui et lui avait balancé un :
— Hé, mec ! ça te dirait de voir un mort ?
C’est comme ça que tout avait commencé…

— — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — —

—  Quoi ? s’exclama le gamin qui rangea prestement le mobile dans la poche de son jean. Un mort ?
—  Ouais… Un mort ! murmura Kader, fier de susciter tant de curiosité.
Yanis, surexcité, commença à débiter :
—  Le mec, il s’est scratché…
—  Ta gueule ! coupa Kader qui tenait à garder la primeur du scoop. Mon père a reçu une alerte de sa brigade. Y’a un mec qui s’est éclaté la gueule depuis le haut d’une falaise aux Calanques. C’est dans une zone accessible que par des pros de l’escalade.
—  Il va chercher le corps ?
—  Il peut pas y aller de suite à cause des embrouilles dans les cités. Tant que ça chauffe, il a ordre de rester ici.
Kader faisait référence aux émeutes qui s’étaient soulevées depuis trois jours dans les diverses banlieues.
Le père de Kader était gendarme et parmi ses compétences se trouvaient notamment l’escalade.
—  Alors, ils vont le laisser pourrir sur place ? s’écria Thomas.
—  Ouais ! s’esclaffa Kader avant d’ajouter dans un murmure entendu. Ça nous laisse le champ libre…
— Attends… Tu veux aller voir le mort… Là bas ? Mais t’es fada ! s’insurgea Thomas.
— T’as peur ? balança Kader avec morgue.
— Non ! C’est juste que…
— Que quoi ? T’en verras pas tous les jours des maccabées.
— Mais tu sais même pas où il est !
— Si justement… Parce que dans les Calanques des Pierres tombées, j’y vais souvent avec mon père. Et je sais que c’est dans la falaise qui donne sur la crique à l’îlot.
— Et tu comptes aller sur la falaise où un pro de l’escalade s’est explosé, c’est ça ?
— Non. On va juste s’approcher. Les keufs vont sûrement barrer le chemin sauf que je sais où passer sans être vu. glissa-t-il, goguenard.
— Et attends une minute… Pourquoi t’as pas proposé ça à quelqu’un d’autre du quartier ? Pourquoi moi ?
— Il nous faudrait tes jumelles. fit Yanis.
— Putain, mais tu peux pas la fermer ! s’écria Kader envers son acolyte.
— Quoi ? Mes jumelles ? s’insurgea Thomas juste au moment où Li Ming s’approcha du groupe.
Elle était accoutrée d’un survêtement de sport informe et d’un T-shirt noir.
— Kader, c’est vrai qu’il y a un mort aux Calanques ? balança-t-elle.
— Dégage, toi ! cingla ce dernier.
— Tu sais qu’avec la chaleur, il va puer très vite ?
— Mais ta gueule ! hurla Kader à l’encontre de l’adolescente qui ne se laissa pas impressionner par la brusquerie de ce dernier.
— Et tu vas faire comment pour t’y rendre ? à cause des émeutes, il n’y a plus de bus. Pas de bus. Pas de Calanques…
L’argument de la jeune chinoise était imparable. Depuis trois jours, la plupart des chauffeurs de bus faisaient grève pour éviter les agressions. Par pure prévision et prudence, arguaient-ils.
— C’est vrai ça. avança Thomas. Elle a raison. On va y aller comment ?
— Mon père voulait m’amener à la plage dès demain matin pour que je ne traîne pas dans le quartier. commença-t-elle. ça vous direz d’aller à la plage ? fit-elle avec un air entendu.
— Qu’est-ce tu nous fais chier avec ta plage. On s’en bat les couilles de ta… Kader s’interrompit soudain comprenant enfin où l’adolescente voulait en venir.
— C’est au Prado qu’il me dépose et faudra se débrouiller pour la suite. Alors, Thomas… Tu viens ? demanda Li Ming.
— Attends… émit-il sceptique. Je vois pas l’intérêt d’avoir des emmerdes avec mon vieux pour voir un macchabé…
— Si tu le fais pas, on dira à tout le quartier que t’es une poule mouillée et que même une meuf a moins peur que toi. siffla, Kader, faisant référence à Li Ming.
C’est ainsi que Thomas, dont l’amour propre fut poussé à bout, se résolut à participer à l’expédition.
Il fut décidé que Yanis, fils des propriétaires de l’épicerie Zemouri, pourvoirait en boissons et en nourriture.
Li Ming rentra chez elle en précisant l’heure très matinale du départ car son père était chauffeur de taxi.
Les garçons montèrent ensuite dans l’appartement de Thomas.
Ce dernier tomba sur son père, d’humeur taciturne et avachi sur le canapé. La mère de Thomas avait quitté le domicile conjugal quatre mois auparavant et, depuis, l’autorité parentale s’était laissé aller à un certain laxisme.
Aussi, Mr Tramoni ne cilla même pas quand son fils demanda la clé de la cave pour chercher un truc. En revanche, il jeta un œil soupçonneux au jeune Kader Ben Naoui qui se tenait à l’embrasure de la porte.
Il n’avait jamais apprécié ce gosse qui était injurieux et violent et il n’aimait pas l’idée que son fils traîne avec ce voyou. En revenant de la cave et avec un clin d’œil à l’encontre des deux garçons, Thomas brandit fièrement ses jumelles. Dans sa chambre, les garçons mirent au point les derniers détails.
— Tu sais, commença gravement Kader. On va profiter du taxi de la meuf, mais dès qu’on peut, on la plante au Prado et on se casse sans elle.
— Pas question ! s’écria Thomas. C’est avec elle, ou c’est sans moi ! Et surtout sans les jumelles.
— Putain, tu fais chier… abdiqua Kader.

— — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — —

— Et vous rentrez comment ce soir ? s’inquiéta Djamel Ben Naoui qui les conduisait jusqu’aux Calanques.
— Par le bus du centre aéré. s’empressa d’expliquer Thomas sur un ton rassurant. On l’a loupé ce matin pour l’excursion aux Calanques.
Thomas avait également servi le même mensonge au père de Li Ming. Un mensonge crédible.
Leur chauffeur improvisé avait été appelé à la rescousse via le mobile tapageur de Kader.
Qu’il a surement chouré en ville, pensa Thomas.
Ce dernier, en sueur, était assis sur le plat d’un rocher de calcaire. A l’écart des autres.
Le frère aîné de Kader les avaient déposés juste devant le cabanon de la police du parc.
Malgré une journée qui s’annonçait splendide, Thomas n’avait put s’empêcher de frissonner : les pins parasols avaient semblé les envelopper d’une ombre inquiétante.
Selon les indications de Kader, il fallait plus d’une demi-journée de marche avant d’arriver à « la scène du crime ».
L’adolescent était bien conscient qu’il s’agissait seulement d’un accident stupide mais il aurait tellement espéré un crime pour pimenter cette expédition. Il fallait avouer que la perspective de voir un mort pour de vrai faisait vibrer son excitation. Il avait prit, avec Li Ming, la tête de la marche tandis que les deux autres garçons s’étaient lancés avec entrain dans une longue discussion concernant les meufs à poil qu’on pourrait apercevoir sur les rochers des Calanques — lieu de prédilection des naturistes.
Après des heures de marche, ils étaient à la première crique. Pas l’ombre d’un sein dénudé.
L’heure était peut-être trop matinale pour les nudistes…
Ils étaient descendus par un même sentier jusqu’au bord de l’eau pour se rafraîchir et manger. Il avait noté l’irritation des autres baigneurs à peine voilée par une fausse bonhommie parce qu’en fait ils les craignaient ces gosses des quartiers.
Il jeta un coup d’œil hasardeux sur son mobile qui ne captait plus déjà depuis un petit moment. Il arbora soudain un demi-sourire crispé. Depuis qu’il le possédait, il n’avait jamais reçu un coup de fil, ni un texto. Rien. Pourtant, il ne sut pourquoi, il aurait aimé qu’aujourd’hui ce satané portable émette un son. Il pensa à sa mère. D’ailleurs, cette conne, en ce moment, elle se foutait bien de lui. Trop occupée à refaire sa vie avec un connard qu’il avait aperçu il y a un mois de ça. Il n’en avait pas parlé à son vieux qui était déjà bien assez déprimé comme ça.
Il observa le groupe. Kader égratignait l’écorce d’un pin avec son canif. Yanis bouffait et Li Ming buvait au goulot d’une bouteille de coca.
Une demi-journée qu’ils étaient dans les calanques à l’insu de tout le monde dans le quartier. Comme c’était facile de tromper les adultes. A moins que ces derniers s’en foutent…
D’ailleurs, personne dans le quartier n’avait cherché à joindre l’un des quatre enfants. Voilà, ce qu’ils étaient. Quatre enfants perdus dont personne ne se souciait.
Ce sentiment d’abandon l’étreignit douloureusement et lui instilla une certaine amertume. Le soleil au zénith lui vrillait les yeux.
De son sac à dos, il sorti son petit carnet et s’apprêta à croquer Kader et Yanis. L’un ne cessant de houspiller le second.
Ces deux-là étaient cul et chemise depuis toujours. Bien souvent, Thomas avait été à la fois navré et irrité par la faiblesse de Yanis face à Kader qui l’humiliait quotidiennement.
Alors que les cris stridents et rauques des garçons ébranlaient le calme des Calanques, son regard se porta au loin. Sur l’eau, un petit point blanc se mouvait. C’était Li Ming. Elle avait fini, face à l’indifférence hostile des garçons, par aller nager.
Thomas avait lancé un regard appuyé à Kader pour lui rappeler les conditions de leur accord de la veille.
Pas de Li Ming. Pas de jumelles.
Kader avait parfaitement compris le message et s’était rembrunit. Aussi, depuis une demi-heure passait-il sa mauvaise humeur sur Yanis.
— Et ! Le gros ! Faut arrêter de bouffer sinon tu pourras pas passer par la faille et tu verras pas le mort. siffla-t-il, mauvais.
— Quelle faille ? s’inquiéta, Yanis piochant encore un réglisse dans un sachet. Tu m’as jamais parlé de faille… Et puis, tu m’as menti. Y a aucune meuf à poil… Hé ! Arrête ! hurla-t-il lorsque Kader lui arracha brutalement le sachet des mains avant de s’éloigner.
— Oh putain, ce gros porc ! Il va se retrouver coincé dans la faille ! s’esclaffa Kader.
Yanis le poursuivait en se lamentant. Kader lâcha un :
— Allez, bâtard ! Cours !
Thomas haussa les épaules devant tant d’enfantillage et décida que Kader ne méritait pas de figurer sur son calepin. Il reporta son attention sur l’eau et s’aperçut que Li Ming en était sortie. Elle s’approcha de son sac avec l’agilité d’un chat.
Sans qu’il ne comprit pourquoi, il était étonnamment attiré par cette silhouette si fine.
Elle arborait des cuisses grêles, une poitrine étroite et ses bras étaient comme deux baguettes. L’ensemble était surmonté par une grosse tête ronde à la chevelure courte.
— Hé la moche ! Rhabilles-toi. lança Kader ce qui fit s’esclaffer Yanis.
L’insulte sembla glisser sur la peau humide de la maigre adolescente. Elle en avait cure. Elle fouilla le sac de sport et picora des chips.
La moche… Quelle bande de cons, se lamenta Thomas.
Elle n’avait pourtant rien du prototype de la fille canon présent dans les magasines qu’il adorait feuilleter d’habitude en cachette. Mais voilà… Elle était belle.
C’était sûrement cette fragilité qu’elle dégageait.
Sur son calepin, il esquissa en rapides coups de crayons la silhouette de Li Ming.
— Après la pause, faudra remonter pour rejoindre la crique à l’îlot. expliqua, Kader.
— Ok, fit Yanis de sa bouche pleine de chocolat.
— On passera par où exactement? demanda l’asiatique.
Kader ignora ostensiblement l’adolescente. De guerre lasse, elle s’approcha de Thomas.
— Tu fais quoi ?  fit-elle d’une voix enjouée.
Thomas sursauta et referma derechef son calepin.
— Je t’ai souvent vu en train de griffonner. Tu dessines les gens du quartier ?
Il eut du mal à cacher sa surprise. Il lui avait toujours semblé que personne dans le quartier ne semblait s’être intéressé à ses lubies.
— Euh… Oui. bredouilla-t-il, gêné.
— C’est moi que tu dessinais ? Je trouve que tu dessines super bien.
Cette fille était chiante. Elle avait le don de foutre son nez partout. Cependant Thomas se sentit flatté. Ne sachant comment gérer ses émotions contradictoires, il s’abstint de répondre.
— Tu devrais faire des BD. l’encouragea-t-elle.
— Tu crois ?
— Oui. Tu as l’air d’avoir beaucoup d’imagination.
— Ah bon ?
— Oui. En tout cas assez pour sortir ce mensonge de centre aéré. fit-elle en riant doucement.
La carapace de Thomas se fissura. Il émit un petit sourire. Cette fille le subjuguait.
— Tu viens nager ?
Li Ming se jeta dans l’eau claire.
Le garçon l’imita. L’eau était glacée.
La mort ça devait ressemblait à ça, une eau glacée qui te broie.
Le type qui s’est fracassé la gueule a dû ressentir ça.
Cette pensée morbide fut balayée par l’ivresse de l’apesanteur. Thomas se sentit comme transporté par la grâce.
Après avoir suivi Li Ming vers le large, il se sentit moins frigorifié.
— On plonge ? suggéra la fille.
Ils s’exécutèrent et s’amusèrent à effleurer les oursins collés sur les rochers.
Li Ming remonta gracieusement vers la surface en contournant un gros rocher qui émergeait de la surface.
Thomas se demanda pourquoi cette fille voulait gommer ce qu’elle avait de plus beau en elle pour se déguiser en garçon manqué.
Il la rejoignit. En remontant vers la surface, il la frôla. Elle s’en aperçut.
Ils se dévisagèrent gravement. Puis ils se sourirent.
Ils haletaient pour se maintenir à flot proches l’un de l’autre. La fille approcha son visage du sien. Elle posa sa bouche humide et salée sur la sienne.
— Hé ! Bande de bâtards ! On s’arrache ! hurla la voix braillarde de Kader.

— — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — — —

Ils avaient dû remonter jusqu’à la crête afin d’emprunter le fameux sentier secret de Kader qui menait à l’autre crique. Celle de leur destination finale où se trouvait le cadavre du malheureux promeneur.
Thomas ne fut pas surpris par l’absence de la faille qui aurait dû mettre en difficulté Yanis.
Encore une méchanceté gratuite signée Kader Ben Naoui, pensa-t-il.
Tout était désert. L’unique sentier exploitable et connus des promeneurs du dimanche avait été effectivement barré.
Les adolescents étaient aux anges gagnés par la surexcitation de l’interdit et du sentiment de privilège. Ils étaient seuls au monde dans la crique. Face à face avec la Mort…
En contrebas, se détachait nettement l’îlot de calcaire à la blancheur aveuglante émergeant de l’eau.
Il ne restait plus qu’à descendre.
Thomas ne sut si c’était à cause de la lumière déclinante ou si c’était la perspective de voir un cadavre, mais il ressentait une sorte de désespérance singulière l’envahir.
Il repensa au film qu’il avait vu récemment. Virgin suicides. L’histoire de ces quatre adolescentes qui se suicident l’une après l’autre. Par un curieux hasard, ils étaient quatre eux aussi. Quatre abandonnés. Quatre dont on se foutait pas mal.
Une vague tâche sombre était visible en bas d’une falaise.
Sûrement le mort
Thomas s’apprêta à sortir ses jumelles pour vérifier lorsque Li Ming s’écria :
— Ça serait pas les keufs ?
— Quoi ? firent en cœur les garçons.
— Là bas… Sur les bateaux.
Li Ming pointait deux vedettes de la gendarmerie maritime qui cinglaient l’eau tranquille de la Méditerranée.
— Où ça ? s’emporta Kader.
— Là, ils se dirigent vers l’îlot. fit Thomas qui avait sorti ses jumelles pour mieux observer.
— Donne ! s’écria Kader en retirant d’autorité les jumelles. Oh putain, c’est bien les keufs. Ils vont droit sur la falaise. Le macchabé est là.
Les vedettes étaient maintenant à porté de vue et accostèrent. Plusieurs gendarmes se mirent à ramasser le matériel d’escalade du promeneur décédé, tandis que deux autres déposèrent un sac à glissière à proximité du cadavre.
Thomas avait réussi à récupéré ses jumelles et observait la scène avec une curiosité morbide.
A sa grande déception, plusieurs gendarmes lui cachaient le corps durant leur manœuvre.
Kader et Yanis piaffaient d’impatience et finalement Kader arracha encore les jumelles à Thomas au moment où les gendarmes refermèrent le sac.
— Putain ! Enculé ! s’emporta Kader envers Thomas. J’ai rien vu !
— Je voulais voir aussi ! chouina Yanis.
— De toute façon, y avait rien à voir : les keufs me cachaient la vue. Et Kad ? Ton père, il est là ? demanda-t-il.
Kader examina longuement l’activité autour des deux corvettes. Son père n’en était pas.
La contrariété d’avoir été doublé par les gendarmes s’empara du groupe.
Thomas se dit que finalement cette sortie aux Calanques était bien décevante.
— Putain, tu nous as pas passé les jumelles pendant que c’était intéressant ! grogna Kader.
— Ouais ! A cause de toi, on a vu que dalle ! fit Yanis.
— Mais la ferme vous deux ! Puisque je vous dis que de toute façon, y avait rien à voir.
— Et puis tu nous as collé cette meuf en échange des jumelles, tout ça pour voir que dalle ! s’emporta Kader en désignant Li Ming.
— Quoi ? s’étonna l’adolescente.
— Ces deux cons ne voulaient pas de toi ! expliqua Thomas dont l’irritation touchait à son paroxysme.
— Tout ça pour la peloter ! On vous a vu tout à l’heure ! fit Yanis en brandissant un doigt accusateur sur Thomas et Li Ming.
— J’espère au moins qu’elle t’a sucé, siffla Kader.
Ce dernier tomba à la renverse foudroyé par un violent coup de poing.
Il n’eut pas le temps de se relever pour répliquer. Thomas se jeta aussitôt sur lui pour lui assener d’autres crochets du droit.
Kader fini par renverser son adversaire mais celui-ci était pris d’une frénésie de violence qu’on ne lui avait jamais vue. Malgré ça, il réussit à lui administrer plusieurs coups violents à la tête. Mais ces derniers ne semblaient pas le calmer. Bien au contraire. La lutte devint plus féroce.
Les deux adolescents roulèrent sur le sentier de terre et ne formèrent plus qu’un seul corps monstrueux de quatre bras et quatre jambes qui pédalaient.
— Arrêtez ! supplia, en vain, Li Ming.
— Putain, arrêtez ! Y a les keufs ! cria Yanis.
Les deux garçons stoppèrent aussitôt. Ils étaient débraillés, de la terre et des herbes maculaient leurs cheveux décoiffés et leurs visages étaient couverts d’ecchymoses. Kader saignait du nez et la lèvre de Thomas était éclatée. Il avait le gout du sang sur sa langue.
— Où ça ? fit, inquiet et essoufflé, Kader en regardant la crique.
— Sont plus là. C’était pour que vous arrêtiez la fight. dit Yanis. Ça sert à rien… Surtout pour une meuf.
— Il lui a manqué de respect. siffla Thomas, prêt à en découdre de nouveau.
— On s’en tape. C’est pas toi, le petit Tramoni du quartier qui va me donner des leçons. balança, Kader, menaçant.
— T’en as bien besoin pourtant…
— Aller… Je ne dirais plus rien sur la meuf si tu me prouves que t’es un homme ! Grimpes jusqu’en haut de la falaise. Celle où le mec s’est explosé comme une merde. railla-t-il en désignant la paroi vertigineuse.
— Quoi ? Mais t’es malade ? Il va se tuer ! s’écria, en pleurs, Li Ming.
— J’espère bien qu’il va se tuer pour plus ramener sa grande gueule d’enculé.
Thomas jeta un œil à la falaise avec ses jumelles. Toute sa raison lui criait de ne pas y aller mais la Mort l’attirait à lui comme une amante démoniaque et avide.
— Allez vas-y ! Et surtout, quand tu seras en haut en équilibre, n’oublies pas de lever les bras, sinon, ça serait trop facile. siffla Kader.
— Merde, c’est impossible. Il pourra jamais ! s’exclama Yanis qui put enfin utiliser les jumelles pour observer la falaise mortelle.
Kader ricana devant la remarque pertinente de Yanis avant de balancer à Thomas :
— Tu n’oseras jamais.
— On parie ? cingla Thomas, piqué au vif.
Et voilà comment Thomas se retrouva à plus de trente mètres au-dessus du vide.
Il sut qu’il n’avait plus le choix. Cela faisait plusieurs minutes qu’il était encore adossé contre la paroi de calcaire blanche à se remémorer ces dernières vingt-quatre heures. Seuls quelques centimètres de largeur du rebord surplombant l’abîme de trente mètres le séparaient d’une mort certaine.
Il fallait montrer à ce Kader qu’il avait des couilles. Il fallait braver la Faucheuse.
Il suffisait juste de lever les bras…
Un courant glacé traversa son échine. La Mort était prête à l’accueillir. Exactement comme l’eau glacée qui avait ceinturé son torse lorsqu’il avait plongé avec Li Ming.
La Mort, c’est sûrement ça : deux grandes tentacules glacées qui t’enserrent et te broient…
Et s’il s’écrasait ? Est-ce qu’il serait enfin en paix ? Est-ce que ses parents seraient meurtris de sa perte ? Ou est-ce qu’ils s’en ficheraient ?
Virgin suicide……
L’expression « sur le fil du rasoir » prit tout son sens. Un mouvement de plus et il bascule.
Il gloussa de dépit. Sa bouche se tordit en un rictus amer malgré la lèvre inférieure déchirée. Puis il jeta un dernier coup d’œil à ses trois compagnons d’infortune. Il vit la fine silhouette de Li Ming. Son cœur qui jusqu’ici était emplit d’amertume s’anima d’une chaleur douce.
Il leva les bras lentement afin de maintenir son équilibre plus que précaire puis cracha le plus gros mollard qu’il eût jamais fait de sa vie.
Celui-ci s’écrasa sur la tâche de sang séchée en contrebas.
— Oh putain, il a lâché un énorme glaviot ! lâcha Kader qui n’avait rien raté de l’ascension de Thomas grâce aux jumelles.
Les trois adolescents laissèrent éclater leurs fous rires. Une joie frénétique s’était emparée du groupe. Un mélange détonnant de soulagement et d’ivresse.
— Désolé, la Faucheuse, mais c’est pas pour tout de suite… fit Thomas avant d’entamer prudemment sa descente.
Il rejoignit à la nage le trio sur l’ilot et balança à Kader :
— C’était facile finalement. Mais, toi, tu n’oseras jamais.
— On parie ?

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

4 commentaires sur « Ma nouvelle du concours à nous qu’on s’est faite toutes seules !! »

  1. Trop bien ma plume !!!! elle est vraiment super ta nouvelle. Bien écrit, de bonnes idées, de belles émotions et un petit frisson : c’est top !!!!
    Tu l’as déjà publiée ???
    Tu as protégé ton texte ?
    Bisous l’écrivaine !

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