Publié dans Des choses et d'autres, Un peu de féminisme

J’ai lu… Elisabeth Badinter

(Ceci est un billet dont la publication est planifiée)

Dernièrement (ou plutôt il y a bien deux mois 😉 ), j’ai lu l’essai d’Élisabeth Badinter  intitulé XY de l’identité masculine.

C’est un essai féministe qui évoque les divers aspects de la masculinité et les problèmes psychologiques et sociologiques  engendrés par celle-ci.

Là, vous tiquez, je le sais. La masculinité un problème ? Alors qu’on a coutume de penser qu’être femme c’est plus compliqué qu’être un homme…

Et bien oui ! La masculinité n’est pas innée et de plus se révèle très difficile à acquérir.

Tout d’abord au niveau biologique, le petit embryon mâle doit déjà « lutter » pour se différencier alors qu’il baigne et qu’il est nourri dans un environnement hormonal « femelle ».

Une fois le petit garçon venu au monde, Mme Badinter nous explique, que là encore, rien n’est acquis. Le bébé a  bien les caractères sexuels mais il doit encore lutter pour devenir un homme.

C’est là qu’on entre dans tous les aspects psychologiques du petit garçon, qui, pour devenir homme doit obligatoirement de détacher à la fois de l’état de bébé et du féminin dans lequel il évolue au cours de sa petite enfance. Rappelons que c’est la mère qui s’occupe des petits enfants en général…

Pour être un homme, un vrai. Vous la connaissez toute cette expression désuette. Il doit finalement se détacher de sa mère  pour ne plus être un bébé d’une part et pour ne pas perdurer dans la féminité d’autre part.

D’où l’importance, selon des tas de psys, du rôle fondamental d’une figure paternelle (père, oncle, grand-père, ami etc.) qui permettrait au petit garçon de constituer sa masculinité.

Si on compare avec une petite fille, celle-ci pourrait « presque » se passer de père. Elle a son modèle, elle ne doit pas lutter pour être féminine. Elle l’est déjà.

Pour un garçon, c’est tout autre. Il s’agit d’un processus éducatif. On va forcer le petit garçon à ne pas pleurer car on lui explique que ce sont les filles qui pleurent. On va décourager le petit garçon dans les activités de filles et le pousser à des activités de mâles comme le sport. On va façonner le petit garçon pour en faire un homme un vrai. Et ça, c’est universel. Dans toutes les civilisations, il en a été ainsi.

Dans la plupart des sociétés patriarcales, on a un rite d’initiation du garçon. En général ça se fait autour de la pré-adolescence.

Je vous mets l’extrait pour que vous puissiez appréciez jusqu’où les hommes sont prêts à aller…

« Chez les Sambia de Nouvelle-Guinée, c’est le son des flûtes qui annonce le début de l’initiation des garçons. Arrachés à leur mère par surprise, ils sont emmenés dans la forêt. Là, pendant trois jours, ils sont fouettés au sang pour ouvrir la peau et stimuler la croissance. On les bat avec des orties et on les fait saigner du nez pour les débarrasser des liquides féminins, qui leur empêche de se développer. Au troisième jour, on leur révèle le secret des flûtes qu’ils ne devront jamais révéler aux femmes sou peine de mort. Les jeunes initiés interrogés par la suite par Gilbert Herdt lui ont dit le traumatisme ressenti de la séparation de leur mère, leur sentiment d’abandon et de désespoir. C’est justement l’un des buts de l’initiation masculine que de couper de façon brutale et radicale l’étreinte aimante des mères. A partir de la séparation, les garçons, sous la menace des pires sanctions, ne parleront plus à leur mère, ni ne la toucheront, ni ne la regarderont jusqu’à ce qu’ils aient atteint leur plein état d’homme, c’est-à-dire quand ils seront pères à leur tour… Chez les Sambia, l’identité masculine est transmise par le sperme… Dès le troisième jour de l’initiation, on leur tend des flûtes avec des plaisanteries obscènes… Par la suite fellation et copulation sont obligatoires dans un cadre ritualisé.« 

Plusieurs rites d’initiation masculines dans diverses sociétés sont décrites mais la palme revient aux Bimins-Kuskumin (je ne sais même pas où cette tribu se trouve). Là encore je vous laisse apprécier le petit extrait. Vous trouverez d’ailleurs des points communs avec le rite des Sambia.

« Les Bimins-Kuskumins consacrent un temps et une énergie extraordinaires aux activités rituelles masculines. Elles ne comportent pas moins de dix étapes qui durent dix à quinze ans. Une fois enlevés à leur mère, les garçons (de sept à dix ans) écoutent le chant des initiateurs qui les désignent comme des êtres souillé, pollués par les substances féminines (les mères sont dites des souilleuses diaboliques). Les garçons, terrorisés, sont déshabillés, leurs vêtements brûlés, et ils sont lavés par des initiateurs femelles qui enduisent leurs corps d’une boue jaune funéraire, tout en faisant des remarques désobligeantes sur leur sexe. Cette expérience humiliante est suivie d’un discours des initiateurs qui leur annonce qu’on va les tuer parce qu’ils sont affaiblis et pollués par leur mère… Les garçons sont emmenés plus loin dans la forêt et battus par surprise avec des baguettes jusqu’à ce que leur corps soit couvert de zébrures. Pendant les quatre jours suivants, ils sont humiliés et maltraités de façon presque ininterrompue. Les traitant constamment de « pollués » et d’avortons, les initiateurs alternent la flagellation aux orties brûlantes qui fait saigner le corps et les nourritures vomitives, afin de les purger de toute la féminité accumulée depuis la naissance… Après un répit de quelques heures, les initiateurs les incisent au nombril (pour détruire les résidus menstruels), au lobe de l’oreille et brûlent leur avant-bras…Aux yeux de l’anthropologue qui a observé ces cérémonies, les enfants sont alors dans un état de choc indescriptible. Beaucoup, le corps en sang s’évanouissent… Tels sont les événements principaux qui ponctuent la toute première étape de l’initiation, qui en comporte beaucoup d’autres.« 

Donc, là, c’est un cas extrême bien sûr mais on retrouve dans toutes les civilisations, y compris les nôtres occidentales dites civilisées, ce côté d’endurcissement du petit garçon avec rupture affective avec la mère : sport collectif violent, l’armée, les pensionnats pour jeunes garçons avec bizutage…

Et si la société ne s’en charge pas, de toute façon c’est le petit garçon qui va couper le lien avec sa mère. Cette rupture est évoquée comme un meurtre ou une trahison (symbolique bien sûr) — une invention des psychologues. En gros, le petit garçon pour se différencier en tant qu’homme doit se détacher de sa mère. Cette étape est inévitable et même nécessaire.

Le problème récurrent de l’humanité c’est que cette séparation, comme vous avez pu le voir, ne s’est jamais opérée sans mépris de la mère donc de la femme. C’est ce qui constitue la racine de la misogynie et de l’homophobie (les gays étant considérés comme des hommes ratés dans le système de pensée patriarchal). D’ailleurs au sujet de l’homosexualité, l’essai l’évoque à plusieurs reprises dans la constitution de la masculinité. Chez les grecs de l’antiquité, l’homosexualité était d’ailleurs considérée « comme une pratique transitoire mais nécessaire pour gagner sa masculinité hétérosexuelle ». Ce qui peut sembler paradoxal…

Pour finir, cet essai montre qu’il est quand même possible de faire d’un petit garçon un homme « bien dans ses baskets  » sans en passer par le mépris obligatoire de la mère. J’ai été étonné, à la lecture, que certains auteurs encourager les pères à s’occuper de leur petit garçon dès le berceau dans des moments-clés qui jusqu’ici sont plutôt dévolus aux mères à savoir leur toilette par exemple. Elle montre qu’il est possible de faire un homme sans tomber dans la misogynie. La masculinité peut se construire sans mépris de la mère donc de la femme.

Bon aller, pour finir (et je remercie celles qui auront été jusqu’au bout de mon billet), je vous fait partager ma dernière expérience en tant que victime femme.

En rentrant chez moi, je croise un type sur le trottoir. Je ne le calcule même pas car c’est ce que je fais avec tout le monde du moins avec ceux que je connais pas.

En passant à côté de moi, j’entends très distinctement un « SALOPE ». Ce ne pouvait pas être destiné aux deux filles qui me précédaient d’une dizaine de mètres, ni pour quelqu’un d’autre.

Pourquoi moi ? En cherchant ce qui a pu motiver cette « tête de bite » à m’insulter (Note : jolie insulte pour un connard), je ne vois toujours pas pourquoi je méritais ce « Salope ! ».

Vous noterez la pauvreté chronique de l’insulte en question. Quand un homme insulte une femme ça tourne généralement sur Pétasse, Putain, Salope, Grognasse (quand il fait preuve d’un peu plus d’originalité) et en général c’est toujours sur le côté sexuel. Autre point à noter, il n’a pas insulté les deux filles qui étaient devant moi : il prenait le risque de se faire rétorquer plus facilement une autre insulte et puis elles sont deux ça fait la différence.

Moi j’étais seule. Magnifique preuve de courage n’est-ce pas ?

Voilà… That’s all folks !

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

3 commentaires sur « J’ai lu… Elisabeth Badinter »

  1. Passionnant et révoltant! j’ai fait des etudes d’ethnologie donc je connais bien ces rites initiatiques. Je les trouve barbares. Hélas, ils perdurent … c’est vrai que dans nos sociétés dites civilisées, cela semble moins violent mais c’est la femme et la mère qui trinquent. On entend « fils de pute » « nique ta mère  » etc … dans les collèges et les lycées. Alors « salope » dans la rue?! ça va de paire. Les insultes sont toujours les memes; comme tu le dis si bien « à caractère sexuel ».
    en tout cas,tu as eu raison de ne pas répondre à cette « fiante ». ouais, ça ne vaut pas plus qu’une merde de pigeon ;-))
    bizzz jolie plume.

  2. Comme quoi, les problèmes liés à la masculinité seraient -eux aussi- dus au mépris des femmes… !?! et ce, dans tous les types de sociétés. Je ne connais pas cet essai, mais je trouve le fond révoltant…
    Merci pour avoir partagé ça,

    1. Je l’ai lu il y a longtemps et je ne m’en souvient plus très bien. Mais j’aime bien Badinter, je le trouve assez juste dans ses analyses.

      Sinon, ton expérience est parlante, hélas.

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