Publié dans Des choses et d'autres

Coïncidence ?

Il y a deux ans, je rentrais chez moi par une fin d’après-midi grise. Le genre de temps qui vous fait hésiter entre l’hiver, le printemps, l’automne. Un temps indéfinissable. Juste gris, morne, ciel bas, déprimant quoi. Et déprimer, c’est justement ce que je faisais dans mon siège de RER en regardant défiler les bâtiments, les stations que je connaissais par cœur.

La journée au taff avait été particulièrement désagréable. J’étais dans mon nouveau job depuis moins d’un an et le constat était amère : je n’y avais pas du tout ma place ! A ce moment là, je le savais pas encore, mais les choses devaient empirer.

J’aurais pu commencer à chercher, me direz-vous, mais j’avais un obstacle et un projet. L’obstacle c’était le chômage du George. L’argent du ménage c’était moi : j’assurais pour deux. Il ne faut pas jouer avec ça. A cause de ça, je ne me voyais pas chercher alors que je venais juste de  trouver une situation « confortable » et qui nous permettait de vivre. Et puis c’était juste une mauvaise journée : pas de quoi faire un drame.

Le projet qui devenait devenir un obstacle que je m’infligeais à moi-même c’était le bébé. Alors que je sortais du RER et marchais le long du quai, j’y repensais justement à ce bébé qui ne venait pas. Je ne savais pas encore que ça devait empirer là aussi. Je ne savais pas encore pour l’OATS, pas encore qu’il faudrait passer par des FIV et FIV ICSI qui plus est. J’étais loin de me douter que je passerai encore deux longues années à espérer, à désespérer, à voir les autres tomber enceintes.

La déprime était bien là. Le sentiment que tout allait de travers et que ce n’était qu’un commencement. Vous savez, quand on va traverser une tempête, quelque part au fond de nous, on le ressens un petit peu avant. Je crois que ce jour-là, je l’avais senti. Ce jour-là, je déprimais tellement que je dérogeais à l’habitude. Au lieu de prendre le tram qui me conduirait en moins d’une minute chez moi. J’avais préféré marcher.

Ce jour-là, j’empruntais donc une petite rue à pied. Mes pensées tristes m’accablaient tellement que je ne regardais que mes pieds. J’aurais bien aimé avoir le George à côté de moi, juste ce soir, pour changer de cette débauche solitaire habituelle. Après tout, il ne travaillait pas, il aurait pu venir me chercher au boulot. Mais il n’avait jamais voulu le faire. Peut-être parce qu’il ne voulait pas que me collègues aperçoivent le mari chômeur .

Sans faire attention où mes pieds me portaient, je m’étais retrouvée à arpenter les marches d’un petit escalier au lieu de bifurquer sur une rue plus large qui m’amènerait sûrement beaucoup plus vite vers mon domicile. Il faut croire que j’avais vraiment envie de marcher et non pas seulement de rentrer.

Le petit escalier menait vers un stade encerclé par une piste d’athlétisme. Des jeunes s’y entraînaient. Avec George, le dimanche, on s’y rendait quelque fois. Il se mettait à courir et je le regardais. Quelque fois, même, quand j’avais plus de courage, je courais avec lui. J’aurais bien aimé, vraiment, qu’il me retrouve ce jour-là et qu’on marche ensemble sur cette piste orange d’athlétisme.

Je ne sais pas pourquoi, alors que mes yeux étaient fixés sur le sol depuis le début de ma marche, j’ai relevé la tête à ce moment-là.

Ni pourquoi, j’ai jeté un œil vague sur les gradins qui jouxtent le stade.

Et là, mes yeux ont glissé d’une masse compacte de spectateurs vers un zone plus déserte où se trouvait juste une silhouette qui m’était très familière. Pourtant ce type là-bas tout seul, était très loin. Trop loin pour identifier quelqu’un. Mais tout dans sa posture et son gabarit me disait que c’était le George.

Voilà que je prenais mes rêves pour la réalité. Que ferait George, tout seul, assis sur un gradin au bord d’un stade à regarder des jeunes s’entraîner ? Il était plus probable qu’il soit sur Paris, en train de boire un verre, après avoir passé sa journée sur l’ordi à chercher des offres, à répondre et à récolter les réponses négatives…

Je marchais donc le long du stade et je ne quittais plus le gradin et ce type solitaire. George ? Pas George? Son sosie ?

Il fallait que je m’approche. Au lieu de prendre la sortie du stade, j’ai bifurqué vers les gradins, puis j’ai monté les escaliers des gradins et me suis rapprochée de la silhouette.

C’était George.

Quand il m’a vue arriver près de lui ce jour-là. Il avait l’impression que c’était une hallucination. Il a mis un moment à réaliser. Il était juste sous le choc.

Pour lui aussi, cette journée avait été très grise. Les offres d’emploi : le néant ! Le dégout. Le sentiment que la tempête allait faire rage et s’abattrait sur nous sans pitié. Alors, pour se changer les idées, il avait, lui aussi dérogeait à l’habitude. Au lieu de prendre le métro pour aller boire un demi en solitaire, il a marché. Et comme moi, ses pas l’ont conduit par hasard vers le stade. Il avait regardé un moment les jeunes courir accoudé sur la balustrade et puis il s’était assis en hauteur dans un coin, tout seul.

Finalement, selon vous, alors qu’on vivait la même déprime et qu’on se retrouvait justement ce jour-là sans n’avoir rien prémédité, en changeant complètement nos habitudes le même jour, au même moment, ça ne fait pas parti un peu de la magie, non ?

Cela ne peut pas être juste une coïncidence…

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

18 commentaires sur « Coïncidence ? »

  1. C’est très joli ton histoire, vous devez sacrément être connectés ton Ninou et toi. Pas une simple coïncidence, une ressemblance. Les mêmes sentiments en même temps, sans le savoir.
    Bisous

  2. c’ess émouvant parce que le gris de ton ciel a changé, il a pris la couleur de l’amour. Une couleur bien plus belle, bien plus gaie. Une bien belle couleur…

  3. Je crois que parfois les gens qui s’aiment trouvent une connection qui dépasse le sens commun. Ton histoire est trés émouvante… Quel chemin parcouru depuis ce temps là. Biz

  4. et petite plume! j’ai crée une catégorie « cuisine et déco » ;-)) ça va y aller dans les jours à venir!! tu vas voir, à toi la plume de l’écriture et à moi la cuillère de la création!!

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