Publié dans Le Casino (la série)

Série le Casino : épisode 24

Les derniers jours ont été particulièrement éprouvant pour ma santé mentale.

Je pensais naïvement qu’avoir le St graal suffisait au bonheur. J’avais d’ailleurs suivi le conseil de mon compagnon qui m’avait implorée de profiter du moment présent et de ce bonheur que j’avais tant espéré depuis des années.

Et puis, patatra ! Un second dosage de bêta HCG fit tomber ma fragile sérénité. Je voyais déjà DNLP se gausser de moi à la table de jeu. L’enjeu étant le suivant : grossesse extra-utérine ? œuf clair ? grossesse non évolutive ? ou tout va bien ?
C’est vrai que DNLP avait de quoi faire et pouvait s’en donner à cœur joie dans les scenarii les plus dramatiques. Le pire — pour moi — aurait été une grossesse extra-utérine.

Aussi ces derniers jours, je m’étais montrée plutôt ronchonne et je ne quittais que très rarement ma chambre. Mr Goutdurisque avait bien tenté de me remonter le moral, de me démontrer par A plus B que les chiffres ne voulaient rien dire, d’abonder dans le sens du gynécologue, puis n’y tenant plus de me gronder afin de me ramener à la raison. Rien n’y a fait. Mon humeur était exécrable. La seule chose que je voulais entendre c’était un “oui, il y a bien un embryon. Il y a une activité cardiaque”.

Bien sûr, il y avait encore autre chose qui me motivait grandement. C’était de rencontrer ce fameux maître Li Wong. Mr Goutdurisque n’avait réussi à m’obtenir un rendez-vous avec ce maître que dans une longue semaine.
Ce fut donc une semaine d’attente anxieuse.

Mais avant cette rencontre qui promettait son pesant de cacahouètes, il fallait bien se mesurer une nouvelle fois à DNLP très remontée depuis l’annonce de mon positif et aussi par cette vague de “miracles” du mois de janvier. La partie de dés allait être houleuse.

En arrivant à la table de jeu, j’y découvrais une foule impressionnante de badauds. Une foule plus large et plus surexcitée que lors de ma partie de TEC. Les bookmakers, s’en étaient donné à cœur joie. Tout le monde avait son petit papier déjà tout fripé par leur main moite.

DNLP était là également. Elle me lança un regard noir. Le croupier annonça l’enjeu de la partie. Une partie “échographie de datation” avec un dé 100.
Chacune des joueuses plaça sa mise. Par esprit retord, je dois l’avouer, j’y déposais plusieurs plaquettes vertes provenant de la dernière mise de DNLP : ces plaquettes à son effigie et avec ses initiales. Cette dernière s’en aperçu, ainsi que sa cour d’admirateurs qui poussèrent des cris scandalisés.
Sans plus de cérémonie, le croupier lança le dé. Il tomba sur la bonne face ou plutôt eu l’amabilité de ne tomber sur aucune face douloureuse.

“EMBRYON BIEN PLACE ET VIVANT”.

Un grand ouf de soulagement parcouru tous les badauds qui avaient misé sur moi tandis que l’autre partie de l’assistance poussa un cri de rage.
DNLP partit en me lançant d’un air torve ceci : “C’est loin d’être gagné ma petite, vous n’êtes pas à l’abri d’une fausse couche surtout avec un décollement trophoblastique !”

Quelle saleté cette bonne femme !

Mr Goutdurisque me félicitât puis très vite m’enjoignit de “lever le pied” justement à cause de ce décollement.

Puis vint le tour de la rencontre avec maître Li Wong.

Les deux derniers jours furent consacrés à la préparation de cet entretien.

Mr Goutdurisque m’avait expliqué que maître Li Wong était atteint de mégalomanie. Ce dernier est  en effet persuadé d’être la réincarnation de l’empereur Qin Shi Huang.

Li Wong n’a pas choisi d’être la réincarnation de n’importe quel empereur !  Il s’agit tout simplement du premier empereur connu pour être celui qui a unifié l’empire de Chine. Ainsi, pour s’adresser à maître Li Wong, il faut suivre des règles protocolaires très strictes . Ne jamais s’adresser à lui directement en l’interpellant, utiliser la formule “votre altesse” plutôt que “vous”, préparer son entrée dans « son trône » : on n’entre pas directement, il y aura plusieurs courbettes à faire et surtout avant de prendre la parole, attendre que son « altesse sérénissime » vous interpelle.

Comme tout mégalo, Li Wong parle de lui à la troisième personne, ce qui peut perturber la compréhension de l’entretien au départ. Mais Mr Goutdurisque me rassure en me disant qu’on finit par s’y habituer.

Nous voici enfin arrivés sur les lieux du rendez-vous avec maître Li Wong : un petit cabaret connu pour servir les meilleurs mets chinois du Casino selon Mr Goutdurisque, qui, pour l’occasion, s’est habillé plus élégament que d’habitude.
Un employé chinois s’adresse à nous afin de connaître l’objet de notre visite.
“Nous avons un entretien avec maître Li Wong. répond, doctement, Mr Goutdurisque.
— très bien, entrez je vous prie. Je vais prévenir sa majesté.
— vous êtes bien aimable mon jeune ami. dit docilement Mr Goutdurisque avant de me susurrer en aparté. Comme vous pouvez le constater, tout le monde joue le jeu de ce mégalomaniaque. Alors, faîtes très attention. Ne prenez aucune initiative. Je vous guidererai.
— bien mon général ! lance-je, à voix basse, moqueuse.
— c’est très sérieux, ce que je vous dis là. Maître Li Wong pourrait vous faire couper la tête ou pire encore…
Nous entrons dans le restaurant-cabaret aux décors pompeusement asiatiques : du rouge partout, des meubles laqués, des vases chinois, des sculptures de dragon en or à la taille imposante. Nous avons une vue plongeante sur la scène du cabaret où selon Mr Goutdurisque, des spectacles de danses, de chants et d’acrobaties chinoises y sont réalisées.
— Ouah ! On dirait qu’on a débarqué dans un mauvais resto chinois au décor tapageur.
— Ah ! Justement, j’oubliais ! Vous devez absolument — si vous souhaitez hâter l’accord entre Li Wong et vous — émettre des paroles d’émerveillement devant le décor. N’oubliez pas que pour maître Li Wong ce restaurant représente la Cité Interdite et que la scène est son trône. Ne perdez surtout pas ça de vue !
A peine, mon compagnon a-t-il fini son explication, que l’employé, nous ayant accueilli plus tôt, revient des coulisses et se poste au garde à vous sur le côté gauche de la scène.
Il annonce alors d’un ton plus que solennel.
— Sa majesté impériale. Grand ordonnateur devant l’éternel. Incarnation du ciel et de la Terre… maître Li Wong !

Rien n’aurait pu nous préparer à ce que nous allions voir.

Une troupe de chinois se précipite sur la scène. Très vite certains se mettent sur les côtés et commencent à jouer de leurs instruments.

Fichue musique chinoise stridente !

Pendant ce temps un groupe de quatre hommes posent avec difficulté un palanquin sur les planches.

Tandis que la musique va croissant en volume, un des hommes se met à chanter en chinois. Certainement une ode à la gloire de son empereur…

Un autre ouvre un des pans de tissu et aide maître Li Wong à s’extraire du palanquin.

A ma grande surprise, j’aperçois une vieille femme en sortir.

C’est ça maître Li Wong ?

« Inclinez-vous ! » m’intime en chuchotant Mr Goutdurisque.

J’obtempère comme mon compagnon non sans me demander si finalement il n’aurait pas été plus avisé de voir Piazza

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

2 commentaires sur « Série le Casino : épisode 24 »

    1. En fait je ne l’ai pas entendu : l’embryon était trop petit mais j’ai vu du mouvement au niveau du coeur.
      Je vais consacrer ma pause arrête maladie pour continuer mes récits justement 😉

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