Publié dans Le Casino (la série)

Série le Casino : épisode 16

Alors, maintenant, qu’est-ce que tu comptes faire ?” lâche une voix grave et glaciale.
Saisie d’effroi, je me retourne soudainement à la recherche de mon interlocuteur, mais je ne le trouve pas à cause de l’obscurité du salon que je croyais complètement désert.

Le coeur battant, je scrute tous les recoins du salon et découvre, enfin, l’émetteur de la voix : une très vieille femme recroquevillée sur un rocking chair. Son visage est caché par la pénombre.

Étrange, j’aurais pourtant jurer que c’était une voix d’homme…
Cela ne se peut ! Mais pourtant, je ne vois personne d’autre.
Elle est tellement petite, cachée — ou, devrais-je dire — tapie dans un coin non éclairé du salon, que ni Mr Goutdurisque, ni moi-même, ne l’avons aperçue.

Le fait qu’elle ait entendu notre conversation est plus que fâcheux…

“Euh… Excusez-moi, madame, c’est à moi que vous vous adressez ?” me risque-je.

On ne sait jamais, je commence peut-être à entendre des voix.

“Bien sûr que oui ! C’est à toi que je m’adresse ! lance-t-elle, toujours sur ce ton dur et glacial de cette voix étrangement masculine pour une si frêle personne, elle ajoute. A qui d’autre veux-tu que je parle ?? Hein ? lâche-t-elle, railleuse.
— Vous n’êtes pas censée écouter les conversations des autres !
— Mais je me contrefous de ce que tu fabriques avec les caïds. Elle ne manquera à personne, celle-là !

C’est bien ce que je pensais : elle a tout entendu !

— Mais… Vous êtes QUI au juste ? demande-je, à la fois soulagée de son désintérêt de notre plan diabolique et irritée de son intervention.
— Qu’as-tu besoin de savoir qui je suis. Ce qui compte, c’est que MOI je sache qui TU es ! glape-t-elle, en se levant péniblement du rocking chair.
— QUOI !!! Comment ça ? Je ne comprend pas !
— Oooh, mais tu vas très vite comprendre ! explique-t-elle narquoisement de cette voix qui me glace le sang. Elle entreprend de se diriger vers moi en claudiquant avec sa canne.
— Qu’avez-vous voulu dire quand vous m’avez apostrophée ?
— Ce que j’ai voulu dire ? raille-t-elle. Qu’est-ce que tu comptes faire, MAINTENANT ? répond-t-elle tout en s’approchant dangereusement vers moi.
— Je suis désolée mais je ne saisis pas le sens de votre question. réponds-je brutalement, de plus en plus apeurée par la vieille femme.
— Aaah, tu ne saisis pas ? fait-elle moqueuse. TU NE SAISIS PAS ! hurle-t-elle, cette fois, dardant sur moi son regard noir. Malgré ses petites lunettes, ses yeux perçant me vrille littéralement. Je commence à paniquer et involontairement, au fur et à mesure qu’elle se rapproche de moi, je me mets à reculer.
— Je ne comprend toujours pas ! Expliquez-moi ! lance-je, désespérée.
— Combien de temps, encore, vas-tu t’échiner à ne RIEN FAIRE ?
— QUOI ?? Rien faire ?
— OUI, NE RIEN FAIRE !!!” hurle-t-elle, furieuse.

Avec horreur, je m’aperçois qu’elle m’a déjà rattrapée. Nous sommes face face devant la cheminée où les flammes rougeoyantes ronflent avec fureur. Elle soulève sa béquille, prête à me frapper. Mais, à mon grand étonnement, il n’en est rien.

Elle me touche avec des petits coups de sa béquille sur mon thorax et, cette fois, avec une voix plus adoucie, ajoute.
“Alors ? qu’est-ce que tu comptes faire du reste de ta vie ?”
Son regard noir et perçant toujours vrillé dans le mien détonne complètement par rapport à ce ton radoucie.

N’étant séparées que par une béquille tendue entre sa main parcheminée et mon ventre, j’ai tout le loisir de la contempler.
Ses petites lunettes en forme de demi-lune au bout d’un long nez étroit sont surmontées par deux yeux noirs rapprochés où j’ai l’étrange impression qu’ils lisent directement mes pensées.
Ses cheveux devaient être noirs jais avant de blanchir. Ne subsiste de cette couleur que deux sourcils noirs bien fournis en forme d’accent circonflexe.
Sa petite taille et sa frêle stature jurent fortement par rapport à cette puissante voix masculine.

“Tu ne peux pas répondre, hein ? fit-elle, un sourire moqueur sur son visage. Et bien, je vais répondre à ta place. Si tu continues comme ça, tu ne vaudras pas mieux que Mme Pimbêche, Mme Orgueilleuse et DNLP ! Si tu t’acharnes dans cette inertie et ce négativisme, tu seras aussi aigrie que ces pauvres folles ! Et le pire dans tout ça, c’est que tu auras gâché un trésor qui est en toi depuis toujours et que ton aveuglement, ta fainéantise, ton inertie et ton indécrottable couardise ont laissé en jachère. Tu deviendras alors ma pire déception alors que tu étais mon plus grand espoir.” conclut-elle, accablée.

Ébahie, je la regarde sans comprendre.

Je serais SA plus grande déception ? Là, je ne saisis pas ! Bon, faut que je me réveille, ce cauchemar devient pénible.

Mais je suis déjà éveillée…

Ok, promis, j’arrête la liqueur de cerise. Visiblement, ça ne me réussis pas !

En fait, je suis sobre : dégrisée en une fraction de seconde par sa voix glaçante.

Le pied de sa béquille est toujours contre mon estomac. Elle n’a pas bougé et attend une réaction de ma part.

“Euh… commence-je timidement. Je ne comprend toujours pas. VOTRE déception ? VOTRE plus grand espoir ?
— Et oui. Mais j’aurais dû dire que celle qui sera la plus déçue, c’est TOI ! Dis-moi, est-ce que tous les matins en te réveillant, tu te sens triste ? Est-ce que t’as l’impression d’être passée à côté de ta vie ?”.

Devant ma mine déconfite, elle ajoute : “C’est bien ce que je pensais. Rien d’étonnant. Tu ne fais pas ce que tu aurais dû faire !” fit-elle, sévère.

Tout ça c’est vrai ! Et c’est vrai depuis si longtemps que je ne me rappelle plus depuis combien de temps ça dure. Je ne peux rien répondre. Et puis, de toute façon, je ne suis que la énième personne dans ce monde qui sera passée à côté de sa vie. Alors, pourquoi, elle m’emmerde cette vieille peau ?

“Va voir sous le sapin.” Ordonne-t-elle.

Je me dirige timidement vers le sapin décoré qui trône en bonne place dans le salon cosy.

“Aller ! Plus vite !” fit-elle, agacée.

Malgré la pénombre que les grosses flammes n’ont pas réussi à dissiper, j’aperçois un tout petit paquet au pied. Ce n’est pas un cadeau. En tout cas, pas un cadeau mensuel.

“Prends-le !” ordonne-t-elle, exaspérée.

Je saisis une vieille boîte verdâtre de la taille d’un paquet d’allumettes. Elle est très poussiéreuse. En la scrutant de plus près à la lumière du feu de cheminée, j’ai une vague impression de déjà-vu.

“Ça te rappelle quelque chose, hein ? fit-elle, moqueuse.
— Non… Enfin si, vaguement. Je crois que je l’ai déjà vue mais je ne sais plus ce que c’est.
— Et bien, c’est pire que ce que je croyais ! se murmure-t-elle, accablée, à elle-même, puis, soupirant d’exaspération, elle ajoute. Ouvres la boîte. Tu comprendras.”

Je m’exécute.

Et là, tout me revient brutalement…

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

15 commentaires sur « Série le Casino : épisode 16 »

    1. La suite est là ! enfin à quelques heures près…
      Sinon je réfléchis à changer de pseudo mais là je manque cruellement d’imagination même avec tes suggestions.
      Biz

  1. bon sang !!! looseuse tu peux pas nous faire attendre plus longtemps !
    Y a quoi dans cette boîte ?
    Alors j’essaie de deviner… les projets qu’elle avait en tête, AVANT ???
    Ou alors… les promesses qu’elle s’était faite à elle-même de profiter de la vie ?
    Viiiiiiiiiite !

  2. Ohohohow!!!
    Ça sent la reprise en main, l’optimisme à tous les étages, et fuck l’obsession procréation!! J’aime !
    Et, comme les coupines : viiiite, la suiiiite!!!

    1. Oui j’ai envie de me lancer dans un autre projet mais bon des fois j’ai quand même l’obsession qui revient 😉
      Un vrai combat !
      Biz

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