Publié dans Des choses et d'autres

Dernièrement, j’ai lu…

Les Bienveillantes de Jonathan Littell.
Résumé long (mais c’est un roman de 900 pages !)
:

C’est l’histoire d’un « bon gars » SS qui se retrouve sur le front de l’Est (notamment en Ukraine, Crimée etc.),  et qui participe aux massacres des juifs. A ce moment là, le massacre était plus « artisanal » puisque cela se faisait par balles et non dans les chambres à gaz (notre « héros » y reviendra plus tard…).
Il est confronté à de sacrées difficultés notamment pour organiser toutes ces exécutions en masse, la récupération des biens, la gestion des corps etc. Il y a donc nécessité de faire une vraie « gestion de projet » ! Ben ouais, une shoah par balle ça se fait pas comme ça, ma bonne dame !

Il se retrouve ensuite à Stalingrad (suite à une punition de son supérieur) et assiste, impuissant, à la raclée que l’armée bolchévique administre à la Wechmacht. Il est d’ailleurs gravement blessé par balle à la tête mais s’en sort, assez miraculeusement, indemne et sans séquelle (si ce n’est un trou au niveau du front) : la balle ayant traversé une zone du cerveau « vide » et sans provoquer de dommages. Il dira, alors, qu’il est désormais pourvu d’un troisième oeil.

Après une convalescence « méritée« , il retourne à Berlin, pas encore tombé en ruines mais qui subit déjà les premiers bombardements.
Lui revient en mémoire des souvenirs douloureux de son enfance, notamment l’amour impossible qu’il éprouve pour sa soeur. Lui et elle avaient friquoté alors qu’ils étaient à peine rentrés dans l’adolescence. Pris en flag par leur mère et leur beau-père (le père s’était tiré en faisant le coup du « Chérie, je vais m’acheter une cigarette, je reviens dans 5 minutes ! »). Ils ont été envoyés en pension religieuse hyper stricte pour les remettre dans le droit chemin.
La soeur a depuis bien changée et s’est marié avec un vieux riche plein aux as qui possède une magnifique demeure en Poméranie. Lui, notre héros, reste bloqué dans son amour impossible, et comme aucune femme ne compte à ses yeux, il préfère s’envoyer en l’air avec des hommes.

Il rumine seul dans son appartement de Berlin et pense au remariage de sa mère er surtout au fait, qu’elle ait osé « tué » (administrativement parlant) son père pour pouvoir se remarier avec son français plein aux as, lui aussi, qui possède une villa à Antibes.
Ni une, ni deux, le héros prend un train vers Paris puis se rend à Antibes. Trois jours après, dans un récit assez confus (le héros se raconte et, au fil de la lecture, on se rend compte qu’il est assez timbré), il repart en catastrophe vers Berlin, laissant le deux cadavres ensanglantés de sa mère et de son beau-père ! Et là, incroyable, il reprend le cours normal de sa vie. Il a quand même envoyé un télégramme à sa soeur pour la prévenir qu’il avait trouvé les corps le matin au réveil et que comme il était pressé pour récupérer son train vers Paris, il n’a pas pu prévenir la police.
Ben voyons…

Donc après, toujours à Berlin, il est mêlé à divers petites intrigues  bureaucrates et politiques et obtient un nouveau poste dans le ministère de Himmler (rien que ça !). Ses missions sont d’améliorer la production de guerre notamment grâce aux juifs et prisonniers de guerre. C’est là qu’il intervient dans les chambres à gaz. S’ensuivent plusieurs missions à Auschwitz, Sobibor etc. où il analyse le « management » des camps. Il découvre, bien « ennuyé« , que la grande majorité des prisonniers meurent de faim et sont en trop mauvais état pour travailler dans les usines. Il rédige des rapports accablants afin de démontrer que cette mauvaise gestion des juifs est complètement contre-productive. En effet, les juifs arrivant en usines ne sont pas assez forts pour accomplir des tâches et à peine sont-ils formés qu’ils meurent de maladies, d’épuisement ou de faim ! Pendant ce temps-là, les anglo-américains produisent en grand nombre et sont en train de foutre la pâté au Reich !

Malheureusement pour lui, il ne sera pas écouté et il assiste à la percée bolchévique à Auschwitz. Il est contraint de fuir. Sa dernière mission est d’organiser la fuite des juifs vers d’autres camps plus à l’ouest pour ne laisser aucun témoin et surtout pour que ces derniers soient réutilisés pour la production de guerre. Comme il neige très fort et que les juifs sont  à pieds et à peine couverts, ben vous imaginez bien la suite… C’est l’hécatombe. Ça aussi ça l’énerve notre bonhomme, tous ce gâchis.

Enfin, il y a plus grave : il a deux flics nazis au cul depuis un petit moment déjà.
Ces derniers ont été dépêchés depuis Antibes et ont enquêté. Ayant trouvé des vêtements de facture allemande complètement ensanglantés dans la demeure d’Antibes, ils soupçonnent notre héros d’être l’auteur du meurtre. Ce qu’il est mais comme il est timbré et barré de la tête, il ne s’en souvient pas…
Il est d’ailleurs protégé politiquement parlant car il ne faut pas empêcher un « bon » SS de faire son travail.

Il rentre à Berlin et ne reconnait pas sa ville complètement rasée par la flotte aérienne anglo-américaine. Comme c’est le chaos, et qu’il tombe malade, il décide de se rendre chez sa soeur et son beau-frère en Poméranie.
Dans la demeure, il ne trouve personne.
Là, il attend l’arrivée des bolchéviques, il perd un peu beaucoup le sens de la réalité.
Je vous passe tous les trucs barges qu’il a fait surtout du côté sexuel… Un grand malade, je vous dis !
Sa soeur lui avait écrit des lettres (qu’il a retrouvées dans sa coiffeuse) mais qu’elle ne lui  avait  jamais envoyées. Elle aussi suspectait son frère mais n’avait rien révélé aux flics – histoire de la protéger – car elle sait bien que son frère est complètement barré de la cervelle.
Finalement, son meilleur ami le retrouve en Poméranie et ils reviennent sur Berlin en échappant de peu à la mort. Les bolchéviques sont arrivés et ils n’hésitent pas à tirer sur tout ce qui bouge…
Le livre se termine avec notre héros déguisé en ouvrir STO avec des papiers français dans les ruines du zoo de Berlin, le cadavre de son meilleur ami à ses pieds. C’est vrai que c’est quand même plus pratique de piquer le déguisement à son pote en le tuant…

Ce que j’en ai pensé :

Comme c’est un criminel SS qui raconte ses mémoires, vous imaginez bien qu’on est d’emblée dans un cerveau et un schéma de pensée assez particulier. Mon résumé donne d’ailleurs l un aperçu de la mentalité du type : aucun remords ni scrupules. Le type, bien que timbré, est extrêmement lucide sur la nature humaine. C’est un criminel qui s’assume mais il n’est pas tendre avec ses contemporains !
Ce qui est terrible,  en temps de guerre et dans ce contexte particulier, c’est que les pires atrocités finissent par rentrer dans le cours normal des choses. L’officier SS raconte avec forces détails les divers étapes de la shoah par balle ou Einsaztgruppen. L’évolution mentale des exécutants est carrément disséqué. D’abord ils tirent, puisqu’on leur donne l’ordre, ensuite, ils deviennent fous et y prennent plaisir. L’officier SS est donc contraint de remplacer régulièrement les exécutants pour que le travail se fasse dans l’ordre…
Un type qui a l’air complètement dénué d’émotions me direz-vous ? Et bien non ! Et c’est ça qui est dingue. Il est très humain. Il lui arrive de ressentir de la peine, de la douleur, d’avoir des doutes etc. C’est même un écorché vif du fait de son enfance difficile. C’est aussi un grand mélomane.
L’autre aspect de ce roman c’est le côté onirique. Par moments, le héros perd la tête, on glisse de la réalité vers la folie et la pente est tellement douce qu’on s’en aperçoit pas tout de suite.
ça arrive à trois moments-clés :

  • quand il blessé par balle
  • quand il va chez sa mère
  • quand il est chez sa sœur

En fait, ce livre m’a fait pensé au style de David Lynch. Dans Lost Highway, on suit un héros qui se retrouve mêlé à des soucis et en fin de compte on découvre que le type est fou. Sans le savoir on était dans la peau d’un malade. Et bien là, c’est pareil. Et c’est assez déroutant bien sûr. Enfin, dans le livre, on le voit assez vite mais pas tout de suite.

Sinon j’ai appris pas mal de choses sur la guerre. Je ne savais pas pour les einsaztgruppen (shoah par balle) par exemple…
Le livre regorge de grades spécifiquement nazis ou SS (Unterfuhrer, Oberfuhrer etc.) mais également d’acronymes pour les divers départements, ministères etc. On voit que l’auteur s’est hyper documenté. Ce qui rend la lecture difficile, c’est que quasiment toutes les phrases en sont truffés. Il y a donc un lexique à la fin du bouquin mais ça oblige à y aller sans arrêt et ça finit par devenir fatiguant…

Ce n’est pas le premier bouquin qui vous met dans la peau d’un criminel SS mais le style d’écriture, le regard complètement décalé où l’atrocité rentre dans la norme, le quotidien, ça vous fait réfléchir sur la nature humaine.

Powered by ScribeFire.

Publicités

Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

5 commentaires sur « Dernièrement, j’ai lu… »

  1. Ouahh ! Chapeau pour ton résumé, parce que franchement le roman est quand même complexe…
    Je l’avais lu à sa sortie, et je l’avais trouvé franchement trop long. Je ne sais plus exactement à quel moment j’ai commencé à me dire que là c’était bon, mais un peu après le milieu je crois. Et puis le côté scatologique et complaisamment pervers, bon…
    Après, en effet, c’est bien documenté, et riche en informations qui restent moins connues que les chambres à gaz et centres de mise à mort…
    En tout cas dans mon souvenir on en sort quand même vidé de cette lecture.

  2. il est bien ton résumé ! pas chose facile avec un pareil labyrinthe ! Dans la même veine, j’ai bien aimé aussi La mort est mon métier de Robert MErle.
    Bises,

  3. bravo pour ce résumé, je n’ai réussi à lire jusqu’au bout, j’ai trouvé le « récit » trop atroce. de plus, le style d’écriture est complexe, les délires du mec déconcertant, etc. j’ai laissé tombé mais te remercie pour cette fin, que je n’ai pas lu.
    sinon, comment ca va au boulot? tu fais tjrs des heures de folie?
    bisous

    1. J’ai fini à 19h alors que c’était tempête de neige mais là, je ne pouvais pas me tirer. Heureusement je rentrais par les transports en commun donc aucun souci 😉
      Sinon l’ambiance toujours de merde. Mon chef me sort de plus en plus par les yeux…
      La semaine qui arrive promet d’être chiante : on sera en pleine séance budgétaire mais bon à 19h, la mémère elle se casse !!!!

Laisser une réponse

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s