Publié dans Le Casino (la série)

Série Le Casino : épisode 3

Le dernier financier à la pistache avalé, nous prenons congé du salon de thé.

Une fois dans le vestibule, Mr Goutdurisque me montre l’absence de caméras de sécurité, ou du moins, la faible densité en caméras.

Il m’explique, que pour toutes les conversations sensibles, il suffit de se poster à certains endroits « là où il y a des angles morts » afin de préserver la confidentialité des échanges : les caméras étant équipés de micros particulièrement sensibles.

Il se trouve, que justement, un « angle mort » est libre.

« Postez-vous là avec votre caddie, je vais vous envoyer des candidats ! » me dit-il en me montrant du doigt un petit coin avant de continuer son chemin d’un air décidé.

Je me mets donc à l’endroit indiqué et je regarde le large vestibule afin de tromper mon impatience. Les joueurs vont et viennent. Certains avec d’énormes paquets de jetons argents « ESPOIR ». Il me semble qu’il y a plus de chanceux que de malchanceux. C’est un casino généreux. Enfin, pas pour tout le monde…

Je suis tirée de mes tristes considérations sur ma condition par une voix nasillarde extrêmement désagréable.

« Bonjour, je suis ici pour vous présenter ma candidature. »

Surprise par cette soudaineté, je tourne la tête à gauche vers mon interlocuteur.

Je ne le vois pas tout de suite… Il me faut baisser la tête et mes yeux tombent sur une créature d’une incroyable laideur. Mr Goutdurisque aurait dû mieux me préparer.

Un tout petit homme, presque un nain, doté d’une énorme tête au teint grisâtre et affublée de petits yeux rapprochés et d’un immense nez aquilin, me tend une feuille de papier. Son CV.

Mr Hargne N°8648.

Situation familiale : célibataire.

Tu m’étonnes !

Domicile : Casino

Ben ouais, depuis qu’il est né, en fait !

Titre : « Chargé de gestion de portefeuille sensible ».

Ah bon, parce qu’avoir des jetons « HAINE », c’est être propriétaire d’un porte-feuille sensible ? Il ne va pas être déçu avec moi…

Compétences : Discrétion, rigueur, comptabilité, sens de l’organisation, respect de la confidentialité.

Le petit homme se mit, alors, à me débiter d’un ton plat et avec une moue dédaigneuse ses motivations :

« Je pense être un bon candidat au poste de chargé de gestion de portefeuille sensible car je suis un très bon comptable et que je suis discret. Je peux gérer des situations gênantes pour le client. J’ai également le sens de l’organisation. Mes aptitudes sont en parfaite adéquation avec votre profil de poste. Je suis également capable de respecter toutes données confidentielles que vous voudriez bien me confier. Je suis très motivé pour ce poste…

— Stop ! Arrêtez votre récitation, je vous en supplie ! Je sais lire ! Je les vois vos compétences. »

Après un petit temps de silence, je lui demande.

« Vous être le 8648ème clone, c’est ça ?

— Oui

— J’imagine, que tous les clones ont les mêmes compétences. Pourquoi devrais-je vous prendre vous plutôt qu’un autre ? Pourquoi ce CV et cette mascarade d’entretien d’embauche ?

— Je suis le meilleur. C’est tout.

— En gros, vous êtes parfait. Vous n’avez pas de défaut.

— Non, je n’ai aucun défaut.

— Et bien, moi, je vous en trouvé un, de défaut. L’absence de modestie ! »

La créature me regarde d’un œil mauvais et plissa sa très fine bouche grisâtre en une moue dédaigneuse.

« Et en plus, vous êtes fort laid. J’ai rarement vu une telle laideur. Vous voilà avec un deuxième défaut en quelques secondes. Pas mal, non ? Dans l’hypothèse où je vous engage, comment puis-je vous reconnaître des autres ?

— Vous n’aurez pas à le faire, je viendrai à vous.

— Mais comment saurez-vous que j’aurai besoin de vous ??

— Je le saurai. c’est tout !

— Génial ! Il est télépathe en plus ! »

Le petit être me regarda, visiblement scandalisé, que je puisse douter sur son aptitude. Je reprend mon interrogatoire.

« Et ça ne vous gêne pas trop d’avoir à gérer un tel amas de jetons rouges ? lui demande-je, en pointant mon caddie.

— Non.

— Même si il y a énormément de jetons rouges ? Comme un coffre-fort de conciergerie entièrement rempli, par exemple ? lance-je, faisant référence à mon coffre-fort.

— Non.

— Vous savez dire autre chose que non ou oui ? Non, parce que là, c’est un peu limité comme conversation ! »

Silence méprisant de la créature.

« Eh ben, avec vous, si je veux avoir des réponses développées. Il faudra en poser des questions ! m’écrie-je, scandalisée.

— Oui.

— Vous pouvez évaluer le nombre de jetons dans mon cadd…

— 10350.

— Pardon ?

— Vous avez 10350 jetons rouges dans ce caddie.

— Comment pouvez-vous le savoir ?

— Je le sais. C’est tout. répond-t-il avec évidence. Madame souhaite-t-elle ouvrir un compte ?

— Oui. réponds-je, complètement abasourdie par sa prestation. Et, il faudra aller récupérer les autres jetons rouges à la conciergerie. »

Le petit homme, me tendit froidement une autre feuille de papier. Un contrat d’embauche.

« M(me) [ blanc ] déclare prendre Mr Hargne N° [ blanc ] à son service en tant que Gestionnaire de portefeuille sensible à compter du [ blanc ] pour un contrat à durée indéterminé. Le salaire hebdomadaire versé est de [ blanc ]. »

Plus bas sur la feuille : « Lu et approuvé, daté du [ blanc ], signature. »

Je m’exclame : « Ah ouais ! Un CDI carrément ! ». Je cherche nerveusement un stylo dans mon sac à main. La créature sort, en un éclair, de son attaché-case, un stylo-plume. Je le lui prend puis commence à compléter le contrat.

« Au fait ! Quelles sont vos prétentions salariales ? vous êtes payé en quoi, au juste ?

— 500 jetons « HAINE ».

— Par mois ?

— par semaine.

— 2000 par mois ! C’est intéressant ça ! Je peux vous augmenter ? Comme ça, je m’en débarasse plus vite !

— Non.

— Vous ne voulez pas être augmenté ?!!

— Non.

— Et pour la tenue d’un compte en jetons « HAINE », c’est combien ?

— 150 jetons par trimestre.

— Voici votre contrat. lui dis-je, en lui tendant la main. Je ne sais pas si je fais bien de vous engager, mais vous êtes embauché ! » m’exclame-je.

Le petit homme regarda, méprisant, ma main comme si elle avait trempé dans les égouts et me lanca froidement :

« Conciergerie !

— Quoi ? Ah oui, vous voulez aller à la conciergerie tout de suite ?

— Oui. » répond-t-il, toujours glacial, avant de se diriger d’un air décidé vers la conciergerie.

Je le suivis, me demandant, si finalement, c’était pas plutôt moi, qui avait été engagée par lui.

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Auteur :

Grande blogueuse devant l’Éternel. Tombée dans WordPress quand elle était pet... Non quand elle a appris que ça ne serait pas du coton pour procréer. On était en 2008... Depuis, elle a eu un Plumeau grâce à une FIV IMSI. Depuis, elle continue d'écrire ici sa vie de maman et d'apprentie écrivaine.

3 commentaires sur « Série Le Casino : épisode 3 »

  1. Tu m’arrêtes si je suis indiscréte. Tu vas chez un psy toi? vous y aller à 2? Car moi je sens que j’ai de plus en plus besoin d’en parler…et je me demande si ce ne serait pas LA solution…et surtout j’ai envie d’y emmener Monchéri…histoire qu’on communique plus la dessus. Mais j’ai pas encore osé aborder le sujet avec lui. Biz

    1. Non pas de psy. J’en ressens pas le besoin. Je ne pense qu’elle pourra m’aider à digérer le fait qu’il faille passer par des FIV. J’en ai déjà vu des psy. En général, je trouve leur impact plutôt limité. En tout cas, ce fut le cas pour moi.

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