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Exercice d’écriture – Tout est bon à prendre

Dix mots : totem – sanskrit – réseau – besoin – sapin – vertigineux – jumelles – s’entraîner – prime – boucle

texte : Tout est bon à prendre

Je n’avais jamais compris son manège jusqu’à cet enchainement d’événements me faisant réaliser à quel point son projet était aussi vertigineux que fou.

Ce mec était complètement barré. C’était une certitude. Le problème, c’était que personne ne s’en était rendu compte. Il devait cette chance insolente à son énorme charisme. Il avait même fini par atteindre l’aura d’un véritable gourou. Entre deux discours enflammés, il s’évertuait à psalmodier des prières en soit disant sanskrit. Du moins, c’est ce qu’il affirmait. En tout cas, cela semblait apporter l’effet escompté auprès des collaborateurs : sa voix grave chantonnant son charabia d’opérette les faisait se figer sur place avant de se retirer promptement avec une déférence qui m’agaçaient au plus haut point. Il fallait voir comment ils en parlaient entre eux avec des trémolos dans la voix et des yeux larmoyants. J’avais droit à des « C’est notre sauveur » ou encore au fameux « sans lui on ne s’en sortirait pas » et, bien sûr, à l’inévitable « c’est vraiment un visionnaire ».

Oui. Complètement barré. Mais surtout dangereux. Sûrs qu’on finirait tous dans un cercueil en sapin avec ce type… Héros des temps modernes, génie incompris et fantasque, fou bon à enfermer dans une camisole… Toujours est-il qu’il avait su tisser son réseau d’entrepreneurs, d’influenceurs et autres grands de ce monde.

Tous le suivait dans son délire. Et moi, pauvre imbécile, j’étais entraîné dans ce tourbillon bien malgré moi. Du moins, c’est ce que je me racontais, car le pire, voyez-vous, c’est qu’à tout moment j’aurais pu dire stop et me tirer vite fait. Sauf, que voilà, j’étais englué dans la spirale et je ravalais mes doutes. Pire ! Je faisais semblant d’adhérer à cette folie. Il serait tentant de me justifier par la prime de risque qui était quand même assez conséquente, voire même affirmer que je répondais à mon irrépressible besoin d’aventures. Mieux encore ! je pourrais avoir l’audace d’argumenter comme quoi, dans la vie, il faut savoir prendre des risques.

Sans prise de risques, pas de découvertes, pas d’avancée, aucune exploration possible. Rien. L’Homme avec un grand H doit prendre des risques pour évoluer et se transcender. Sans cela, point de découverte de l’Amérique et encore moins d’exploration sur la Lune. Il en avait toujours été ainsi, et cela devrait continuer. Il ne cessait de le scander en boucle partout à travers tous les médias. Et l’écouter parler ainsi, c’est vrai, c’était assez grisant. Il fallait savoir regarder au loin avec sa paire de jumelles, mettre le cap, et avancer vers l’inconnu, quitte à prier et danser autour d’un totem quelconque pour se donner le courage nécessaire à la traversée.

Tout est bon à prendre pour lancer un vaisseau spatial habité vers Mars.

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Exercice d’écriture – le papillon jaune

Dix mots :

la cabane – dix – boîte – Earl Grey – papillon – bulbe – parapheur – mallette – gendre – vision

Le texte :

Il lui avait suffit d’une seule signature sur un parapheur pour mettre un terme à un pan entier de sa vie. Une signature apposée avec une assurance inattendue. Même pas un seul vertige devant cet inconnu qui s’offrait à lui désormais. Non. Rien. A croire que toute émotion l’avait quitté. Il avait pourtant vécu et revécu la scène par anticipation depuis des semaines. Il s’était imaginé griffonnant d’une main tremblante la cession de sa boîte qu’il avait crée sang et eau, le cœur battant à tout rompre, faisant mine d’être satisfait alors qu’il était dévasté, supportant le regard plein de morgue de son gendre – désormais président directeur général.

Il fallait bien reconnaître qu’il avait bien réussi ce jeune fat qu’il avait pensé mou du bulbe de prime abord. Savoir se rendre indispensable, savoir magouiller, ravir le cœur de sa fille chérie, puis le mariage, et surtout saper sa légitimité devant ses associés du conseil général. Cela lui avait pris dix années, mais, il avait réussi. Céder plutôt que d’être éjecté. Telle était son unique option.

Il s’était retiré dans son bureau. Jeannine, la secrétaire, l’attendait fidèlement avec sa tasse d’Earl Grey, qu’elle déposa silencieusement et précautionneusement devant lui. Elle lui avait glissé quelques mots de gentillesse avant de s’éclipser, mais il n’écoutait pas. Sa vision s’était perdue au delà de la grande baie. Un papillon jaune voletait et se posa sur la vitre. Il l’observa longuement avant de se décider à sortir sa bonne vieille mallette au cuir fatigué et craquelé aux coins. Elle s’ouvrit sur ce petit clac rassurant et si familier comme tous les jours depuis des décennies. En sus des dossiers, il y avait son colt 45.

Il repensa à la cabane qu’il avait bâti pour sa fille. Cette même cabane qui avait fait agrandir pour ses petits-enfants. Pendant une fraction de secondes, il s’interrogea sur l’interrogation de sa descendance quand à ce qu’il s’apprêtait à commettre. Il méritait pourtant une sortie en fanfare. Cela ferait rager son gendre à coup sûr. Il posa résolument le canon du revolver sur sa tempe.

Il ferma les yeux et revit le papillon jaune qui s’était posé sur la main de sa fille, encore enfant, avant de s’envoler plus haut, et elle qui l’avait poursuivit en vain.

La déflagration fit vibrer la baie vitrée. Le papillon jaune qui y était posé, s’envola au loin.

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Bilan du CP du Plumeau

Il y a pile un an, alors que nous étions en plein dans les cartons, nous savions que le Plumeau allait entrer dans une année charnière à double titre puisque qu’il s’agissait du CP et dans une nouvelle ville. L’année de GS avait déjà été compliquée, et peut-être à cause de mon obnubilation du déménagement imminent (à moins que cela ne soit un désir fort d’être la tête dans le sable), j’espérais que l’année de CP se passerait mieux.

En vrai, une partie de moi se doutait que l’année scolaire allait être sport et qu’il faudrait tenir le cap tandis que le voilier tanguerait et giterait de tous les côtés. Tenir bon face au système scolaire. Défendre son gosse encore et encore. Ce que j’avais vécu en GS n’étant qu’un avant-goût de ce qui m’attendrait après, mais, là, il y a un an tout pile, j’avais envie de me bercer d’illusions. Mon fils était tellement vif d’esprit, savez déchiffrer assez pour arriver à lire quelques mots simples, avait envie d’apprendre, et était ravi d’aller en CP dans la nouvelle école. Pourquoi, ça n’irait pas ?

Un an plus tard. Le verdict est sans appel. L’année a été compliquée au-delà de ce que je craignais. Et pourtant, j’avais pris les devants, j’ai été voir :

  • une pédospychiatre trois fois qui n’a rien donné. Une vraie perte de temps
  • pris rdv avec une neuropsychologue pour faire un bilan QI et Teach

Et je ne suis pas revenue les mains vides. Soutenir son enfant envers et contre tout, c’est bien, mais avec un diagnostic TDAH c’est mieux !

Et bien malgré ça, vous êtes toujours mis sur la sellette, considérés comme des parents défaillants, et votre gosse est bel et bien épinglé comme sale môme bon à être planté au poteau pendant les récréations en guise de punition. Et quand, il est victime de harcèlement par un autre élève, c’est limite si on ne défend pas le harceleur ou si on ne lui trouve pas des excuses…

Nous avons finalement dus nous montrés menaçants, aussi bien pour qu’on assure sa sécurité, que pour le faire changer de place et l’intégrer à nouveau en classe avec les autres élèves, et non collé au tableau, ce qui lui occasionné des douleurs cervicales pour lire…

Heureusement, scolairement parlant, ça va, ça va même très bien. Je suis étonnée de l’extrême bonne volonté de mon fils à travailler malgré ce contexte. A sa place, j’aurais tout envoyé pété ou cherché à m’enfuir.

J’ai tenté de l’inscrire dans une école Montessori, mais ça n’a rien donné. « Revenez l’année prochaine. » qu’on m’a dit. Sauf qu’il y a eu le covid et depuis plus de nouvelles malgré mes relances téléphoniques et par mail. Il continuera dans cette école donc.

La mise en place du PAP/PAI ou quelque soit le truc qui aurait permis de faciliter les choses en classe ne s’est pas faite puisqu’il y a eu le covid. Et puis de toute façon, sans médecin scolaire, sans psychologue scolaire qui ne se déplace QUE pour les passages anticipées, et une équipe pédagogique (directeur comme enseignant) qui s’est déjà fait son opinion sur mon gosse TDAH, je ne voyais pas trop l’intérêt.

Le centre parisien traitant les désordres cognitifs (TDA/H, dys, autismes et autres TSA…) chez qui nous nous sommes rendus plusieurs fois avant le confinement a révélé, outre le TDAH, une nécessité de rééducation orthoptique.

Donc voilà, Plumeau aurait dû commencé ses rééducations, mais elles ont été annulées pour cause de covid. J’aurais pu les lui faire commencer en juin, mais là, franchement, les vacances arrivent, et je pense que c’est mieux de reprendre dans une dynamique scolaire normale, pour son CE1 donc.

Le confinement, lui aura permis d’être extrait du système scolaire si peu bienveillant à son égard. Avec nous, il a énormément progressé, tant en mathématiques qu’en français. Je trouve que le niveau scolaire est déplorable, surtout en mathématiques… Et dire que c’est soit disant la meilleure école de la commune… Bref.

Plumeau sait désormais lire avec assez de fluidité, et il a même commencé à lire en anglais maintenant ! Il sait poser des opérations comme un CE1. Le truc de décomposer les nombres avec l’ajout/soustractions des unités puis des dizaines, ça le gonfle, il préfère faire comme les grands et sait jouer avec les retenues. Il a compris le principe des multiplications, et sait donner les résultats sur des multiplications assez simples. Les tables ça sera pour l’année prochaine ! Je pense qu’on va rire… Quand il veut bien, il arrive à bien écrire d’une belle écriture. Le seul hic, c’est son déficit d’attention liée à son TDAH lui fait oublier des lettres ou des mots parfois. Il ne s’en rend même pas compte quand il tronque les mots. Il se disperse très vite ou alors il panique. Je pense que les dictées ça va être compliquées pour lui l’an prochain.

Voilà le bilan : un CP très compliqué !

Texte à écrire en guise de devoir – la fin, vous vous en doutez, nous l’aurions bien changée !
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Le jardin

Faut bien admettre que je vous ai laissé sur votre faim concernant mon jardin et mon potager.
Depuis le dernier billet à ce sujet, les choses ont beaucoup évolué forcément.

Nous ne sommes pas encore autosuffisants alimentairement parlant, mais on s’en approche doucement.

Nous avons cueillis nos 2 premières courgettes qui ont fini en courgettes farcies (un régal), et 4 sont en préparation. Le George est incollable en fécondation assistée de cette Curcubita pepo, si bien que nos 3 pieds de courgettes sont prolifiques.

Les deux pieds de piments n’ont pas eu besoin d’assistance et ont su produire pas mal de piments qui ne demandent qu’à être cueillis d’ici quelques jours.

Quand à nos 6 pieds de tomates en carré potager, les bébés tomates ont foisonné. La cueillette ne sera pas pour tout de suite, et je commence à me dire que nous ne serons plus là quand elles seront à point…

En sus, les quelques graines de tomates cerises qui ne donnaient rien en petits godets de semis, mais qui ont été balayées par le vent, se sont mis à pousser dans la jardinière à côté de la ciboulette et du persil. Le George a donc entrepris de les déplacer. Nous avons donc 6 autres pieds plantés où qu’on a pu. Pas encore de fleurs et encore moins de tomates cerises. Mais cela ne devrait plus tarder. Il va falloir les tutorer pour les aider à pousser.

Les fraisiers ont donné quelques fraises, mais les charlottes je trouve que ça donne des pieds au ras du sol, et ce sont surtout les limaces qui en ont profité. La prochaine fois, on optera pour des pieds de fraises remontants comme les voisins.

Les framboisiers que j’avais achetés ont bien poussé et commencent à donner des bébés framboises. J’espère que nous pourrons y goûter avant le départ pour le sud.

Le groseillier qui avait bien grandit s’était soudainement arrêté dans sa croissance. J’ai fini par trouver l’explication. Malgré mes plants d’œillets d’inde, il était infesté de pucerons qui s’attaquaient aux bébés feuilles. C’est de l’histoire ancienne maintenant, et il a repris son rythme de croisière.

Tout cela mérite bien quelques photos.

Les fameuses courgettes d’abord.

on avait gardé les bébés non fécondés des fleurs femelles car à ce moment à aucune fleur mâle

Les tomates !

Piments et framboises !

oui, les feuilles ont quelques trous…

Les fleurs

le pied de lavande qui a trop souffert du ballon du Plumeau
la graminée
le jasmin
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A marches forcées ! + EDIT

Bon ben apparemment, y a plus le choix, ma bonne dame.
Faut reprendre !

Genre, pendant 3 mois, t’avais rien foutu, hein !

Non, là, faut juste reprendre, avec des difficultés en plus.
Mais de quoi tu te plains ? Nous dirait Jean-Mi… Tu vas pouvoir concilier vie professionnelle (en présentiel, cela s’entend, car le télétravail ce n’est pas du vrai travail hein ! Sachez-le !) et vie familiale puisqu’on te le garde ton gamin, et même que c’est O-BLI-GA-TOIRE !

Quoi ? T’avais pris tes dispositions et tu l’avais laissé chez Mamie et Papi. Ah ben… C’est ballot ! Faudra refaire un trajet AR…
Et puis, l’école c’est bien, ça va permettre la so-cia-bi-li-sa-tion. Les z’enfants y z’ont trop souffert du confinement, ils z’ont pas vu leurs copains.

Enfin, sociabilisation… c’est vite dit hein ! Y a la distanciation sociale pour des raisons sanitaires.
En fait, c’est de la distanciation sociale dans un milieu collectif. Ou de la sociabilisation limitée…
En gros, ils pourront travailler, ne pas bavarder ou alors à distance de plus d’un mètre sur les côtés par contre devant derrière c’est bon, ils pourront se postillonner gaiement dessus.

Jouer à chat ou au ballon, non, là, non plus, ça ne sera pas possible…

ça va être cooooool l’école pour… 10 jours à tout casser… Juste avant les 2 mois de grande vacances…

Mais ce qui compte c’est de pouvoir é-va-lu-er les « perdus de vue », les « décrocheurs », comme si ces derniers allaient se précipiter à l’école lundi 22 juin à 8h30 pétantes. Bref.

Et toi, ma bonne dame, ben ton certificat médical comme quoi t’es une pauvre petite nature fragile des poumons, ben tu peux te le carrer là où je pense… HEIN !

Parce que soyons bien clairs, à quoi ça sert de te protéger TOI alors que ta progéniture aura (et surtout obligatoirement) repris les bancs de l’école (pour 10 jours je rappelle) et sera donc à même de te refiler le coronamachin après avoir été aux WC de l’établissement où il n’y a même pas de PQ ?

Mon fils, il est au taquet. Il connait la chanson du coronaminus par cœur. C’est pas pour ça qu’il a intégré les gestes barrières qui seront de toute façon impossibles à tenir. Le 1m de distance latéral, ça ne lui fait pas peur ! Il parlera plus fort, c’est tout ! (C’est ce qu’il vient de me dire texto). Maîtrise des gestes barrières tout ça tout ça… Après, en vrai, il espère secrètement que ses soucis gastro-intestinaux vont perdurer comme ça il aura pas besoin d’y retourner…

Non, vraiment, on est joie et allégresse.

Sur ce, je vous laisse, j’ai une rentrée scolaire à préparer.

Et puis, comme le gamin aura été totalement déconfiné, ben nos chances de séjour familiale dans le sud fondent comme glaçons dans le verre de Ricard au soleil.

Oui, parce que les grands-parents, c’est fragile aussi, et le OBLIGATOIRE n’est pas pour eux…

Donc, mon nouvel adage : année scolaire moisie, vacances d’été moisies.

Youpi !

EDIT du 18/06 :

Suite au discours présidentiel, c’était forcément très agité dans ma tête (comme un peu tout le monde d’ailleurs), et puis depuis, ça c’est calmé.

Un – J’avais pris le parti qu’il était désormais impossible de s’organiser ou de prévoir quoique ce soit avant mes congés effectifs d’été. S’organiser et s’adapter au jour le jour. On verrait bien, et puis après tout, à l’école, ils ne nous avaient pas encore contacté pour savoir comment cela s’organiserait logistique-ment parlant.

Deux – ma boîte a considéré que le certificat médical est toujours valable. Il est dépendant de la situation sanitaire d’urgence qui devrait prendre fin le 10 juillet. Mais là, c’est pas grave, je m’adapterai, et c’est encore loin, même si c’est dans quinze jours (au jour le jour on a dit !).

Trois – Quoiqu’on décide pour l’école ou qu’on soit obligé de faire pour le boulot, mes parents dans le Sud accepteront de nous accueillir. Ils sont négatifs au covid (malgré les 39°C de mon paternel et la suspicion du covid) mais acceptent le « risque ». A un moment, il faut bien accepter de re-vivre. (Et puis, c’est pas comme si on allait chaque week-end à une discothèque ou dans les bars se mélanger gaiement à la foule en milieu confiné, hein !)

Quatre – l’école nous a depuis contacté. Il leur est impossible de rentrer l’intégralité des élèves dans une classe donc ça sera soit un effectif de 15 soit 20 selon la superficie de la classe. Pour celle du Plumeau, l’effectif maxi est de 15. Donc aucune obligation de l’y mettre. Seule chose : afin de s’organiser, prévenir. Ce que nous avons fait. Le Plumeau reste donc à la maison. Nous l’aurions peut-être mis 2 jours s’il avait eu des relations pacifiés avec son maître et si ça lui avait fait plaisir de voir ses copains, mais il n’en a pas, donc… Nous verrons tout ça en septembre à sa rentrée en CE1 !

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La reprise qui se profile (et ça ne me plaît pas)

Bon alors je dois faire partie de ces gens pour qui le déconfinement (même partiel) suscite plus d’angoisses que de soulagement.
Je peux d’ors et déjà affirmer que je suis la seule à ne pas vouloir rescolariser sa progéniture. A deux exceptions près, toutes les autres les ont renvoyés (de la Grande Section au CM2) alors même qu’elles sont en télétravail à 100% pour certaines (je pense à ma voisine notamment). Je lis partout la reprise, la reprise, la reprise (comme un cabrit qui saute et qui bêle) et ça m’agace… Si vous saviez !

Moi, je n’ai pas envie de « reprendre » car confinement pour moi n’a pas été synonyme de « vacances« .

Par exemple, je n’ai pas pris le temps de bricoler, ni de faire mon pain au levain, ni de redécorer mon intérieur comme beaucoup l’ont fait et s’en sont vantés sur les RS.

Non, moi, j’ai bossé (en télétravail certes) comme jamais et j’ai géré en plus le mouflet qui ne s’est jamais mieux porté qu’en dehors du système scolaire si peu bienveillant pour un enfant atypique de son espèce (à savoir le TDAH).

Alors, me parler de reprise, c’est un peu comme si on me volait mes vacances enfin méritées. C’est un peu comme une seconde Rentrée, et je déteste les Rentrées !

Mais voilà, une note de la Haute Stratosphère Hiérarchique de mon Travail a décrété qu’il était temps qu’on revienne au travail, au moins un jour par semaine. Quand je pense que je mets 1h aller (et je suis sympa c’est plutôt 1h15 avec les problèmes quotidiens du RER D qui n’est pas revenu à la norme sur ma branche, donc ça sera plutôt 1h30 quoiqu’en dise Google Maps) et pareil au retour, qu’il faut toujours se munir d’une attestation employeur pour avoir le droit (et la CHANCE !) d’emprunter les transports en communs parisiens en heures de pointe, je trouve que c’est vraiment tout sauf pertinent en terme d’efficacité.

De même, scolariser des gosses devant se laver les mains 64 fois par jours, qui devront faire les mêmes devoirs qu’ils auraient à domicile mais façon « études dirigées« , et ne pas pouvoir jouer entre eux, et tout ça pour 2j/semaine soit se faire chier (pardon mais c’est vraiment ça) pour 8 jours d’école avant les grandes vacances !

Je ne parle pas du fait qu’il y a toujours une sélection à la rescolarisation, chose que la Haute Stratosphère Hiérarchique de mon Travail ne semble pas avoir conscience, car même les collègues ultra volontaires pour rescolariser leurs gosses n’y sont pas parvenues, vu qu’il y a toujours plus prioritaires qu’elles. Elles ont donc reçu une fin de non recevoir pour les deux (les eux exceptions) alors qu’elles auraient bien aimé pour pouvoir concilier le tout.

Bref. Aujourd’hui je râle.

J’envisage toutes les options : griller des RTT, réclamer une attestation médicale pour fragilité (je suis asthmatique), y aller en voiture, y aller quand même en TC mais hors horaires de pointes (10h à 16h ! Tu parles d’une efficacité ! Mais aller, je suis joueuse !) mais seulement les jours où c’est possible c’est à dire que le George soit en télétravail, car lui a repris à 100% sur siège mais a fait la demande télétravail sur 2 jours…

Voilà la reprise se profile, et contrairement aux autres, je ne m’en réjouis pas. J’aurais presque tarté la voisine qui m’annonçait la bouche en cœur que son fils reprenais l’école aujourd’hui pour 2 jours, c’est vous dire.

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Confinement J83 – Exercice d’écriture : la chambre froide n°13

Pangolin, précieux, efficacité, boutade, chat, chambre froide, mélatonine, lumière, voie, lubrifiant


Son job était simple. Pénible, mais simple. Cela ne demandait pas de compétences particulières. Il fallait juste supporter le froid et le noir : ça c’était pour la pénibilité physique. Pour ce qui était de la pénibilité psychologique : c’était le fait de tenir compagnie aux morts. Et de nuit qui plus est. Fallait pas être du genre à sursauter au moindre bruit, car des bruits, il y en avait toujours. Sans parler du fait, qu’il fallait adorer la solitude, avec pour seule compagnie, le grand écran de supervision des caméras de sécurité placées à divers accès.

Les premiers temps, ça allait, mais le manque de lumière avait fini par détraquer Ron. Il broyait du noir, et pas seulement parce qu’il gardait les morts du COVID-19, mais parce qu’il était en manque de mélatonine, et que, donc, son cerveau débloquait à donf. Alors, il avait été acheter les pilules chez le pharmacien, et depuis, ça allait mieux, du moins, il lui semblait déjà qu’il n’envisageait plus de considérer que sa vie n’avait été qu’une longue suite d’échecs patentés. Et puis, il fallait bien reconnaître, que lui, était toujours vivant et n’avait perdu personne à cause de cette saloperie de virus venue de Chine. Donc, Ron avait commencé à relativiser.

Le hic, c’est que, il n’arrivait pas à s’empêcher à s’imaginer des trucs. Des trucs chelous, voire carrément flippants. Pourtant des macchabées, ce n’était pas le première fois qu’il en gardait. Avant la pandémie, il bossait dans les pompes funèbres et c’étaient des morts tout ce qui a de plus banal, tombés pour une crise cardiaque ou une insuffisance respiratoire ou encore après s’être longuement battu contre une saloperie de cancer. Et avant les pompes funèbres, il avait travaillé en chambre froide, où là, il déplaçait de lourdes barbaques de bœuf, et c’était autrement plus pénible.

Bref, la Mort, Ron, il connait par cœur. Et personne n’aime la côtoyer, ni même y penser, y compris, pour se faire un barbecue de côtelettes de petits agneaux morts, et c’est pour ça qu’il avait choisi cette voie, si on peut parler de choix dans son cas. C’était plutôt, la Mort qui l’avait choisi. Par nécessité. Il fallait bien bouffer et payer le loyer. Pour qu’il vive en fin de compte, c’est assez ironique, si on y pense.

Mais là, c’était différent.

Impossible pour lui de savoir ce qui n’allait pas, à part le fait, que c’était quasiment la fin du monde tout ça parce que les chinois bouffaient du pangolin au lieu de bons hot-dogs comme tout honnête citoyen qui se respecte.

Il alluma sa e-cigarette et sortit de sa poche intérieure, un carré de chocolat – son précieux, pour se donner un peu de réconfort. Encore plusieurs heures à tirer.

Il entendit le grincement d’une porte. Sûrement la même que l’autre fois dont le passe n’était pas vraiment fonctionnel. Il l’avait bien signalé à la maintenance, mais on peut pas dire que le technicien soit d’une redoutable efficacité. Un vrai crétin ! Et non seulement, cette maudite porte s’entrouvrait au moindre courant d’air, mais elle grinçait en plus ! Là, aussi, il l’avait signalé. « Mettez du lubrifiant !  » qu’il avait même recommandé.

Faut croire, qu’on en n’avait rien à cirer de ce qu’il disait.

Enfin si… L’autre con lui avait sorti une boutade à propos du lubrifiant, mais il l’avait complètement oublié. Sûrement parce que c’était trop con pour qu’il s’en souvienne…

Et puis une ombre…

Là, sur la caméra numéro sept !

Putain… Il y a quelqu’un…

Le palpitant de Ron s’accéléra douloureusement, il posa sa e-cigarette et son carré de chocolat sur la tablette, et scruta l’écran de la sept en espérant avoir été victime d’une hallucination. Sauf qu’il la vit à nouveau. L‘ombre. Une masse. indéfinissable.

« Putain, c’est quoi ce truc ? » souffla-t-il avant d’attraper la lampe torche d’une main tremblante, son talkie de l’autre et de se précipiter hors de la guérite.

Manquait plus que ça…

« Sécurité ! Sécurité ! Il y a quelqu’un dans la chambre froide N°13… Je répète. Il y a quelqu’un dans la chambre 13 ! »

« SKRRRRTICCCCH » fut la seule réponse qu’il obtint du talkie. Ne manquait plus que ça, personne ne répondait. Ils étaient trois gardiens, et pas un foutu d’allumer son foutu talkie.

Ron se dirigea à pas mal assurés vers le couloir qui menait vers la chambre 13. Il appuya sur l’interrupteur. Un néon blafard s’alluma à l’autre bout du très long couloir. Il y voyait à peine mieux. Mais suffisamment pour s’apercevoir que la porte de la chambre était entre-ouverte au lieu d’être fermée.

Quelqu’un était rentré, et s’y trouvait encore…

Il glissa le plus silencieusement possible vers la porte. La sueur coulait le long de son dos. Il était prêt à se faire dessus.

Aller… ça va aller… Je vais faire comme dans les films…

« Je suis armé, sortez de là, et tout se passera bien ! » cria-t-il en arrivant à un mètre de la porte. Cette dernière s’ouvrit brusquement en grand dans un fracas assourdissant. Ce fut la dernière chose qu’il vit avant de s’écrouler sur le sol.

Quand il revint à lui. Les deux autres collègues étaient agenouillés à côté de lui.

« On n’avait pas allumé le talkie, mais on t’a vu sur la caméra 7 » fit Marc.

« Du coup, on s’est pointé, et on t’a trouvé là, sur le sol. » rajouta Josh.

« Et, à part, ce con de chat qui n’avait rien à foutre dans la chambre 13, on n’a rien vu de bizarre. » statua Marc.

Ron se leva péniblement.

« La porte s’est ouverte en grand ! Je sais pas ce qui s’est passé ensuite. Et si je suis venu là, c’est que j’ai vu une ombre sur la 7. Vous l’avez vu aussi ? »

« Non. » répondirent en cœur les deux autres.

Ron en fut d’abord déboussolé, puis, il préféra en conclure que c’était finalement sa cervelle qui lui avait joué ce sale tour, et quelque part ça le soulageait.

Peut-être envisager de changer de voie finalement…

Aucun des trois hommes ne vit qu’il manquait un corps sur les quatre cent vingt-sept qui avaient été entreposés là. Dans la chambre froide N°13…

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Confinement J80 – Exercice d’écriture – Le spectacle continue !

Les mots utilisés sont :

ventoline|comédie|disparu|formule|combinaison|éplucher|disgrâce|revolver|étoile|couillu

Ma nouvelle est la suivante : Le spectacle continue !


Samuel avait toujours cru à sa bonne étoile. Jusqu’à aujourd’hui tout du moins… En fait, il serait plus juste d’avouer que son existence avait quand même commencé à partir en vrille depuis le moment où Carla avait fait irruption dans sa vie.

Il fallait reconnaître qu’elle était bandante la petite du directeur du cabaret. Elle avait déjà tout de l’autorité paternel – une habilité que possèdent les biens nés autrement dit les fils (ou filles à papa) – mais avec le sex-appeal d’une porno star. A chacune de ses apparitions, Samuel ne pouvait s’empêcher d’avoir une sacrée trique qu’il avait toujours su savamment cacher par un de ses tours de passe-passe. Enfin… jusqu’à ce fameux jour…

Mais, ne nous emballons pas, et revenons plutôt au commencement…

L’une des exigences de la très chère école privée de Carla était que ses élèves – futurs leaders en devenir – réalisent en cours d’année scolaire un stage afin de les confronter aux lourdes responsabilités qu’incombe le management. La gamine s’était tout naturellement retrouvée à intégrer le staff administratif du cabaret. Son papa aurait pu la cantonner à faire du simple secrétariat, mais, il la propulsa directement à la direction artistique, sous la coupe de Jocelyne, la directrice de la programmation, pour superviser notamment le prochain spectacle en vu de l’ouverture de la nouvelle saison.

Ainsi, du haut de ces seize ans, Carla dirigeait, et ce, dès son arrivée, tout le personnel de la régie, tous les éclairagistes, les costumiers et les habilleuses mais surtout les artistes. A un mois de l’ouverture, les choses avaient commencé à dégénéré. Après avoir brièvement épluché la programmation artistique, la stagiaire bouscula l’ordre de passage des différents numéros juste pour faire enrager Jocelyne.

Cette dernière avait pourtant mis de longs mois, avec le directeur du cabaret, pour réaliser et peaufiner la programmation artistique du nouveau spectacle. Mais malgré ses objections très diplomates, le directeur ne voulut rien entendre. Sa fille chérie avait décidé, il fallait obtempérer. La goutte de trop pour cet acharnée du boulot ayant sacrifié sa vie familiale et personnelle depuis des décennies et qui se retrouvait brutalement en disgrâce à cause d’une gamine, fut-elle la fille de son patron.

Le lendemain, Jocelyne était mise à l’arrêt pour plusieurs semaines par son médecin traitant. Dépression.

Qu’importe ! Le spectacle continu !

le directeur (entre le dessert et le fromage)
Publié dans La Plume écrit

Confinement jour 69 – petit exercice d’écriture – Quitte à choisir…

Au hasard je prend 10 mots :

|légende|fantôme|resurgir|couloir|bar|ascenseur|ingrat|plainte|alcool|moustachu|

Et avec, j’écris un petite nouvelle intitulée…

Quitte à choisir…

Adeline décida de choisir trois types au hasard parmi les habitués du bar dans lequel ses pas l’avaient menée. L’idée lui était venue comme ça pour tromper son ennui. Sélectionner trois inconnus à qui elle fera son indécente proposition. Sur les trois, il y en aurait forcément un qui accepterait de la baiser ce soir. Soit parce qu’il serait trop imbibé d’alcool, soit parce que ça ferait trop longtemps qu’il n’aurait pas trempé sa nouille et, que là, c’était l’occasion.

Qu’importe si la nana était moche. Qu’importe si elle était obèse. Entre les deux raisons qui pousserait l’un des trois à entrer dans sa couche, Adeline ne sut déterminer ce qui était le plus pathétique. Grosse et moche. Elle l’avait toujours été. Cela ne l’avait pas empêchée d’être dépucelée trop tôt.

Après tout, un trou est un trou…

ne cessait de répéter son paternel suivi de son rire gras. C’était d’ailleurs lui qui lui avait rendu ce service : la dépuceler. « Autant que ça soit par moi, car avec ta gueule, ça ne t’arrivera jamais » qu’il avait ajouté.

Elle avait 12 ans.

Submergée par la violence de ce souvenir, Adeline ne put empêcher un frisson de dégoût et crispa compulsivement la main sur son verre de Gin. De quel droit ce connard se permettait de resurgir comme ça dans ses pensées tel un abominable fantôme. Elle avala un trait de Gin pour se donner du courage, à moins que cela ne soit pour s’anesthésier assez pour s’avilir de la sorte.

Pourtant, là, tout de suite, elle ne sut comment s’y prendre.

  1. Se lever, aller à la rencontre du premier venu et lui proposer de but en blanc du sexe gratuit (puis devoir encaisser son refus cinglant) ?
  2. Tenter la drague ? Non, ça, c’était exclu. Pas avec un physique aussi ingrat. C’était totalement contre-productif, et l’on pourrait qualifier cela même de totalement malhonnête.
  3. Offrir des verres jusqu’à ce qu’il soit assez grisé pour accepter ?

Le Moustachu, là, ne ferait-il pas l’affaire ? Adeline ne sut pourquoi elle avait toujours eu un faible pour les poilus à moins que ce ne soit les relents d’anciens fantasmes du temps où elle se matait des épisodes de Magnum avec le beau Tom Selleck. Cependant, le gars accoudé au zinc n’avait rien de Tom Selleck. Elle ne devrait pas faire sa difficile néanmoins donc elle opta pour le Moustachu comme numéro 1.

En guise de numéro 2, il lui faudrait dégoter autre chose. Pourquoi pas le Bavard de service qui se la jouait sur la façon dont il avait entourloupé le fisc devant les autres clients fatigués de ses vantardises ? Un mec qui la ramène autant doit avoir un truc à cacher ou une vie bien pitoyable. Surement un malheureux en ménage ou alors l’éternel vieux garçon qui ne trouve pas chaussure à son pied précisément parce qu’il n’avait pas compris qu’il était un gros lourd. Devrait-elle endurer sa longue biographie misérable devant un martini et écouter ses plaintes comme quoi la vie est bien injuste pour qu’il accepte de la sauter ?

Elle se garda en réserve le Gros avachi au fond du bar, non loin du couloir, comme numéro 3. L’obésité c’était la solution de facilité, elle le savait, mais il fallait bien pouvoir se mettre quelque chose sous le dent en cas de deux premiers refus, et ce gars-là, tout comme elle, devait être affamé. Le Gros constituerait donc sa police d’assurance.

Adeline vida son verre, prit une grande inspiration et se décida à passer à l’action. Elle se dirigea vers Numéro 1 et s’assit directement à sa droite. Il était en train de vider sa bouteille de Desperado et semblait déjà hésiter pour faire une nouvelle commande. Elle sauta sur l’occasion. Elle commanda une Despé à la barmaid, fit mine de jeter un œil indifférent à la bouteille vide de son voisin, le regarda puis lança un  » Je vous en recommande une aussi ?  ». Il hocha brièvement la tête ce qui voulait dire qu’il acceptait l’offre tout en marquant un remerciement.

Pas causant le gars, pensa-t-elle. Cela la dispenserait de jouer le rôle de la psy compatissante, il suffirait plutôt d’aligner les verres ce qui ne lui posait aucun souci : elle tenait très bien l’alcool.

Ils vidèrent en silence leurs bouteilles respectives, se dévisagèrent un bref moment, puis Numéro 1 commanda deux pintes d’Affligem bien fraîches. Elle le remercia à sa façon à lui c’est-à-dire avec un discret hochement de tête qu’elle assorti malgré tout d’un petit sourire. Ils dégustèrent leurs pintes en silence. Adeline jetait de temps en temps à la dérobée un œil à son voisin. De la mousse s’était accrochée à sa moustache auburn et touffue. A sa grande surprise, cela lui fit de l’effet. Elle avait maintenant terriblement envie de lécher cette mousse collée à cette moustache. L’espace d’une fraction de seconde, elle s’imaginait Numéro 1 s’insinuant entre ses cuisses. S’il refuse, il lui faudrait encaisser une terrible déception.

« Je dois aller pisser un coup » s’excusa-t-il avant de se lever. Adeline resta seule avec les deux pintes à moitié vides. Elle se mordit nerveusement la lèvre. Elle faisait une connerie c’était certain. Il ne voudra pas d’elle. Elle était quoi au juste ? Une pauvre chose que personne ne voulait mettre dans son lit ? La bonne copine qui recevait les confessions des uns et des autres ? La bonne poire à qui on refilait des tâches que personne ne voulait faire au boulot ? La bonne fille qui opinait de la tête quand sa mère disait d’elle qu’elle n’était bonne à rien et qu’heureusement qu’il y avait son frère pour redorer le blason de la famille ? La bonne fille, toujours, qui avait su garder les sales petits secrets entre son salaud de père et elle pour ne pas faire voler en éclat la famille ?

Cela n’avait pas empêché un divorce retentissant, mais au moins, ce n’était pas à cause d’elle… Depuis, elle était partie vivre avec sa mère, et ça en fut fini des pelotages de seins à la dérobée, ou encore de ces mains nocturnes qui glissaient comme des serpents jusqu’à son sexe et qui la réveillaient en sursaut.

En guise d’expérience sexuelle, à part ces longues années d’inceste, il fallait bien reconnaître qu’il avait raison son paternel. A 24 ans, aucun garçon ne l’avait touchée, ni même s’intéressait un tant soit peu à elle. Du sexe, elle n’en connaissait que la douleur et la honte. Sans son père, elle n’aurait jamais su ce que ça faisait de se faire doigter, ou peloter la poitrine ou encore de sentir une queue dans son vagin.

Pitoyable… Pathétique… Vie de merde…

Là, tout de suite, Adeline avait envie d’en finir.

Ses mains se mirent à trembler. La nausée s’invita brusquement. Elle respira un grand coup pour la faire passer puis d’un geste brusque écrasa une larme qui commençait à rouler en haut de sa joue. Alors qu’elle reniflait bruyamment et qu’elle s’était convaincue d’arrêter la comédie et de quitter le bar, elle entendit un « Hé ! ça ne va pas ?  » lâché par Numéro 1 qui avait surgit d’un coup à côté d’elle.

« Si, si bien sûr… minauda-t-elle. Tout roule. »

« Non, je vois bien que non. Me le joue pas à moi que tout va pour le mieux. » fit-il en glissant sa main à l’intérieur de sa veste en jean. « Tu fumes ?  » glissa-t-il en lui tendant un paquet de Malboro. Elle hocha la tête et ils se dirigèrent vers la sortie.

Adeline ne fumait jamais et aurait pu profiter de la pause cigarette pour se sauver, mais, elle ne sut pourquoi, elle choisit de le suivre. Le timbre à la fois chaud et inquiet de Numéro 1 l’en avait dissuadée. Elle avait de nouveau très envie de lui. Dehors, il faisait une chaleur à crever, elle transpirait énormément. Elle allait le dégoûter à coup sûr. De grosses gouttes perlaient sur son décolleté. Il les remarqua aussi, mais, à sa grande surprise, elle ne perçut dans les yeux de son acolyte aucune lueur de dégoût. Numéro 1 lui tendit une cigarette et approcha son briquet de sa bouche. Il la dévisageait avec… Non, cela n’était pas possible… Y lisait-elle de l’envie aussi ?

Numéro 1 alluma ensuite sa propre cigarette, tira une bouffée puis rejeta de la fumée tout en continuant à la fixer de façon légèrement provocante. Adeline le trouva encore plus attirant, et cela la désespéra. Elle porta la cigarette à ses lèvres pour éviter de les mordre, tendue par son appétit de sexe décidément à son summum ce soir.

« Tu t’es fait lourdée par ton mec ? » murmura-t-il.

« Non. souffla-t-elle. J’en ai pas. ajouta-t-elle au bout d’un petit moment.

J’en ai jamais eu, à part mon salopard de père. aurait-elle pu préciser si elle avait eu du cran, mais ce n’est pas ce soir qu’elle commencerait en avoir. Du cran.

« Dommage. Savent pas ce qu’ils loupent. » fit Numéro 1 avant d’ajouter avec un clin d’œil « les femmes bien en chair sont les meilleures. Dis-moi, on ne vas pas tergiverser longtemps autour du pot, toi et moi. J’ai envie de toi et toi tu cherches un mec avec qui passer du bon temps. Donc, est-ce que tu es d’accord pour qu’après la cigarette, on aille finir nos pintes et assouvir notre autre soif ? « 

Adeline en resta sans voix. Totalement abasourdie. C’était finalement Numéro 1 qui l’avait devancée. A moins qu’il ne se fiche de sa gueule.

Mais elle n’eut pas le loisir d’analyser davantage le crédibilité de Numéro 1 que, déjà, il tendait sa main vers ses cheveux et en caressa quelques mèches tout en la dévisageant avec une gourmandise qu’elle n’avait jamais vu chez un homme à son encontre.

« Je suis fou des rousses. Et les cheveux, ça passe avant tout le reste. La légende dit qu’elles ont un tempérament de feu au lit. »

Il fit courir son index le long de son décollé couvert de sueur et se mordit la lèvre inférieur. Il était aux aboies.

Adeline ne put s’empêcher de se mordre sa lèvre également, puis, à sa grande surprise, reprit contenance et répliqua avec malice « les moustachus sont parait-il de très bon amants au lit, mais c’est peut-être aussi une légende…« 

Numéro 1 sourit laissant apparaître une fossette à l’une de ses joues.

« Alors, allons vérifier si ces légendes sont vraies ! » glissa-t-il.

Ils jetèrent leurs mégots, puis s’engouffrèrent dans le bar. Numéro 1 paya la barmaid et ils sortirent en abandonnant leurs pintes.

Sans un regard vers Numéro 1 qui la suivait, Adeline marchait lentement comme téléguidée. Il lui semblait que ses hanches chaloupaient plus que de raison. De temps en temps, elle sentait le souffle chaud de l’homme derrière sa nuque. Parfois, elle tendait nonchalamment une de ses mains vers lui et sentait aussitôt un doigt de Numéro 1 frôlant les siens. Durant cette marche qu’elle aurait voulu éterniser, ils se lançaient à la dérobée des regards concupiscents.

Les pas d’Adeline les avaient menés devant la porte cochère de son immeuble. Elle avait du mal à insérer la clé dans la serrure. L’abus d’alcool n’y était pour rien. Seule la tension érotique rendue à la limite du soutenable y était pour quelque chose. Numéro 1, était dans le même état qu’elle. Elle entendait son souffle court tout proche, mais se refusa de tourner le regard vers lui, car sinon elle ne répondrait de rien.

Une fois dans l’ascenseur, et la porte refermée sur eux, la proximité physique de leurs corps était telle qu’ils ne pouvaient plus résister.

Numéro 1 souleva d’un doigt le menton d’Adeline tout en la fixant d’un regard enfiévré, puis lui caressa lentement le pourtour de sa lèvre inférieure. Elle entrouvrit sa bouche. Ce fut le signe pour lui de l’embrasser. Elle happa de ses dents sa lèvre supérieure, lécha sa moustache et saisit l’autre main pour la guider d’autorité vers son sexe.

Sa vie jusqu’ici n’avait été qu’un enchainement de trucs subis avec aucune marge de manœuvre. Subir, disposer des choix des autres, se taire, s’adapter. Même à l’inacceptable.

Sa vie n’avait été qu’une prison. Et son corps, difforme, avait toujours été à l’image de cette vie. Une prison.

Ce fut paradoxalement dans cet ascenseur si exigu, alors que les doigts de Numéro 1 glissaient délicieusement entre ses lèvres et entraient en elle, qu’elle se sentit libre pour la première fois de toute son existence. Libre et surpuissante.

Publié dans Des choses et d'autres

Confinement Jour 65

Bon j’en ai marre de compter les jours de déconfinement parce que dans les faits rien n’a changé pour nous si ce n’est :

  • la balade en forêt sans attestation MAIS avec des milliers de joggueurs ou de vélocyclistes (m’agace)
  • les voisins qui ont lâché leurs mômes dans le servitude et qui se sont empressés de rejoindre le mien faisant son tour de vélo (alors que d’habitude leur garçon parfait soit disant haut potentiel mais totalement insupportable ne le calcule même pas mon fils). Résultat : aucune connerie en 2 mois, une première connerie (jeter des cailloux sur la porte de garage d’un autre voisin) en 10 minutes de déconfinement imposé/forcé sous le mode « non mais t’inquiète, ils ont été bien confinés hein ! » (m’agace bis)
  • Faire des courses ensembles (avec l’homme et le gosse qui se sont invités à ma sortie « courses » sans masque), stresser parce que non masqués, ne pas savoir quoi faire de ses courses (pleins de virus), de ses mains (pleins de virus). Je n’ai aucun réflexe sortie en mode confinement et j’avoue que c’était surtout l’Homme qui gérer les courses et ce que tous les 15 jours. Bref, c’est pas l’éclate le soit-disant « déconfinement ».