Publié dans Des choses et d'autres

Et après le silence…

Cinq semaines que je ne suis pas revenue par ici. C’est long. Je crois bien que je ne m’étais jamais absentée aussi longtemps.

J’en avais connu pourtant des tempêtes qui m’avaient obligée à prendre du recul mais ces pauses n’avaient jamais excédé le mois.
Bref, j’ai fait une longue pause, et il faut croire que j’en avais besoin.

Je me sens ressourcée.

Les vacances y ont largement contribué bien sûr.

Elles ne sont d’ailleurs pas finies, mais, je suis revenue dans ma petite ville altoséquanaise, et revenir dans mon lieu de vie parisien signifie que la fin approche.

Il y a eu du tourisme hors de nos frontières, de la plage, des tapas, un tour de téléphérique, de la plage encore, des balades en cheval et poney, des restaurants, des balades en bateau, une visiste à l’Appart du Sud en construction, du paddle, des boués gonflées, de la nage « petit chien », des bisous et des câlins.

Bref, elles furent bonnes mais la fin de l’insouciance approche.

Bientôt la rentrée, et je devrais même préciser LA Rentrée. La première du Plumeau à l’école…

Déjà un rendez-vous avec une nounou anglophone de fixé. Reste à voir ce que la rencontre donnera.

Déjà se rappeler qu’il va falloir inscrire le Plumeau à la halte-garderie.

Déjà penser à se remeubler : on a vendu notre table de séjour trop encombrante mais n’avons pas encore trouvé sa remplaçante. On campe donc… Il nous manque la table basse aussi…

Déjà penser à re-prendre rendez-vous avec l’orthophoniste car un nouveau pote s’est invité parmi nous : j’ai nommé le bégaiement. J’y reviendrai bien sûr…

Déjà penser  à reprendre le chemin du boulot. Et ça, croyez-moi, ça va me demander une énergie folle pour éviter de tomber dans ma déprime habituelle.

Publié dans Des choses et d'autres

Ces minutes (de silence) qui s’accumulent…

Rendre hommage avec une minute de silence. Encore.

Une minute, qui cette fois, aura vraiment durer une minute et non une vingtaine de secondes. Pas de marseillaise cette fois-ci. Un silence lourd, pesant, très plombant.

Se remémorer quelques visages ou prénoms des victimes. Ceux des enfants surtout…

Avoir envie de faire perdurer cette minute de silence pour longtemps encore. Ici notamment.

A bientôt,

 

Publié dans Maman d'un Plumeau

Le pouvoir de l’intuition maternelle

Précédemment, je me lamentais sur l’échec patenté de la propreté du Plumeau en râlant à juste titre que je n’étais pas beaucoup soutenue par l’équipe de la crèche.

Mon intuition étant que si on forçait pas un peu la chose, le bambin risquait de rester aux couches pour un long moment (jusqu’à sa puberté peut-être).

Bref. J’ai pris 3 jours de RTT…

Et là, j’ouvre une parenthèse sur l’équité homme/femme car, bien entendu, jamais il ne serait venu à l’idée de l’homme de sacrifier 3 jours de ses précieuses vacances pour s’occuper d’entraîner son fils à la propreté.

Fermons la parenthèse.

J’ai donc habillement collé ces 3 jours au weekend, ce qui a donné 5 bons jours de culottes exclusifs (bravo, vous savez faire une addition). Je ne remettais la couche que pendant la sieste ou pour la nuit.

Et ce fut payant !

Il y eut des accident, mais au 5ème jour, le Plumeau resta avec la même culotte.

Le lendemain, malgré les réticences paternelles, je l’emmenais à la crèche en culotte (ou plutôt devrais-je dire en siip (ndlr : slip en langage Plumeau)(slip ça fait plus grand que culotte). Je le récupérais le soir dans la même tenue. Un succès donc…

Jusqu’à ce qu’un virus ressemblant de près à la gastro mais n’étant pas la gastro intervint… Dès le lendemain soir, en récupérant mon chérubin à la crèche, on m’expliqua avec un petit sourire narquois à peine dissimulé qu’on avait dû le remettre en couche car il avait sali sa culotte et que la selle était liquide.

Idem le lendemain, et ce, avec le caca entier dans la culotte… (et bon appétit bien sûr).

Je vous avoue que ce petit sourire de sa référente m’a agacée, parce que j’ai bien sentie que la forcer à changer SES habitudes ça l’avait agacée et que ces selles liquides tombaient à point nommé : ça lui permettait de le remettre en couche.

Bref, devant la consistance des selles, il avait fallu abdiquer et repasser aux couches. A ce moment-là, je m’étais dis que tous mes efforts (et mes 3 jours de RTT) ne serviraient à rien, puisque de nouveau en couches, le môme reprendrait ses vieilles habitudes. Pourquoi demander à aller aux WC puisqu’il y avait la solution de confort ?

Après un petit traitement aux probiotiques, tout revint en ordre au bout de 24h, et comme on était de nouveau le weekend, je le remis en culotte.

Le lundi matin, je le déposais en culotte. Il garda la même durant la journée. Ce fut la même chose les jours suivants.

Le Plumeau est propre si n’est que, bizarrement, il s’est réglé pour faire sa grosse commission qu’à domicile, et jamais à la crèche donc. Et d’ailleurs, l’idée de demander à sa référente d’aller aux WC ne l’enchante visiblement pas. Il préfère demander aux autres pour les pipis.

Voilà, le Plumeau est propre, et mon nouveau problème reste à régler nos besoins naturels respectifs afin de ne plus entendre systématiquement un « MAMAAAAN, je veux aller aux toilettes » à chaque fois que je passe aux petits coins.

Publié dans A propos d'écriture

7ème nouvelle : Blizzard – partie 10 #ProjetBradbury

Précédemment dans Blizzard :

  1. partie 1
  2. partie 2
  3. partie 3
  4. partie 4
  5. partie 5
  6. partie 6
  7. partie 7
  8. partie 8
  9. partie 9

 

Plongée en eaux troubles

L’eau était âprement glacée. C’était bien ce qui l’avait frappé en premier lieu avant même de réaliser qu’il était tout bonnement en train de se noyer.

Mais pourquoi n’arrivait-il pas à remonter à la surface ?

Ah oui… Les vêtements…

Ces derniers l’engonçaient terriblement. Il aurait donné cher pour être à poil et recouvrer une totale liberté de mouvements. Au lieu de ça, plus il se débattait, plus il coulait comme une vulgaire pierre.

Je vais mourir…

Que deviendrait Léo ?

Thomas luttait encore malgré tout pour empêcher tout réflexe d’inhalation.

N’ouvres pas la bouche. N’ouvres surtout pas la bouche.

Alors que sa descente vers le fond semblait enfin ralentir, il aperçut une forme en profondeur quelques mètres en-dessous.

Derrière lui, les rayons diffus du soleil tapèrent en oblique la surface de l’eau et lui permirent de détailler ce que c’était.

Un corps. Celui d’un enfant noyé, juste là, sous lui.

Le choc de cette vision fut si violent qu’il perdit le contrôle. En hoquetant d’horreur, il ouvrit malencontreusement sa bouche faisant s’engouffrer l’eau salée directement dans sa trachée.

Avant de sombrer, Thomas eut une dernière pensée.

C’est la fin… Je vais rejoindre ce petit garçon mort en bas.

Un petit garçon qu’il ne connaissait que trop bien…

******

Maman dormait encore. C’était super parce que Victor pourrait aller essayer la barque. Maman lui avait pourtant dit qu’il était hors de question d’y monter mais il n’était pas d’accord.

À quoi sert-elle alors,  si ce n’est pour naviguer sur le lac ?

Lily avait bien essayé de le raisonner mais rien n’y faisait. Il était résolu. Il n’avait pas la frousse. Cette trouillarde avait même refusé d’y monter.

Tanpis, j’irai tout seul ! Ça sera moi le seul pirate !

Il n’y avait pas de rame, mais ce n’était pas ce détail qui allait l’arrêter. Il ramerait avec ses bras voilà tout. Il avait donc dénoué la corde rattachée au ponton et y avait donné un grand coup de pied pour donner suffisamment d’impulsion à la barque et même qu’il avait failli tomber dans l’eau durant cette opération mais il s’en était tiré à bon compte.

Le ciel était gris et bas. La surface du lac était calme. Un peu de brume flottait par-dessus.

Et puis, il vit la chose, là, au fond. Oui, il y avait un truc et c’était même un truc énorme.

Il se pencha pour voir de plus près, mais ça ne suffisait pas pour discerner clairement ce que c’était. Il se pencha un peu plus et chuta dans l’eau.

Ce ne fut point la chute qui le surprit, mais l’extrême froideur qui lui enserrait douloureusement les côtes. Tombé tête la première, il avait bien réussit à se retourner mais impossible d’atteindre la surface. On aurait dit qu’une force invisible le tirait vers le bas.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit enfin ce que c’était qui l’avait poussé à trop se pencher depuis sa petite embarcation.

Un homme flottait immobile au fond de l’eau, juste sous lui. Un noyé qui lui sembla étrangement familier.

Et puis… Les yeux du mort s’ouvrirent.

Horrifié, Victor hurla, oubliant qu’il était toujours sous la surface du lac. Sa bouche s’emplit d’eau saumâtre.

Au même instant, il se sentit happé vers le haut. Une main ferme lui avait empoigné le col de son sweat-shirt.

C’était le papa de Léo. Au fond. C’était le papa de Léo… fut sa dernière pensée avant de sombrer dans le néant.

******

Jane… Ses lèvres si douces. Tellement envie de la serrer.

Elle y met tant d’ardeur dans ses baisers, mais je ne peux pas, c’est mal. C’est très mal même. Non, Jane arrête ! Arrête, c’est trop bon mais c’est très mal. Tu es mariée, Jane. Penses à tes gosses et puis Jérôme je l’aime bien. Je ne peux pas lui faire ça.

Arrête Jane ! Arrête ! Pourquoi tu presses si fort tes lèvres contre les miennes ? Pourquoi tu souffles si fort dans ma bouche ? Pourquoi j’ai froid ?

J’ai très mal partout. Il fait horriblement froid. Ça me brûle ! J’étouffe !

Je…

Il sembla à Thomas que ce furent des litres d’eau qu’il vomissait en saccades. Jane se tenait vraisemblablement au-dessus de lui et l’avait judicieusement retourné sur le côté pour s’assurer que toute l’eau salée sorte de sa cage thoracique. Jane avait aussi beaucoup de force puisqu’elle le plaqua subitement sur le dos pour le déshabiller et le frictionner.

« Non, Jane, il ne faut pas…  murmura Thomas d’une voix rauque.

— Ah si ! C’est même impératif ! Il va bien falloir te mettre à poil pour te retirer tes vêtements mouillés, sinon, tu vas mourir d’hypothermie alors que je viens de te sauver de la noyade » lança une voix d’homme autoritaire.

Thomas ouvrit ses yeux et ne put cacher sa surprise mêlée de déception que ce ne fut pas Jane qui se tint juste au-dessus de lui.

« Et désolé de te décevoir mon garçon, mais je ne suis pas Jane. » rajouta le paléontologue d’un ton à la fois railleur et navré.

Thomas jeta un œil aux alentours tandis que son hôte, trempé et grelottant, s’empressait de le déshabiller et crut avoir une seconde hallucination. Il neigeait. De gros flocons denses.

******

Il crachait encore l’eau du lac quand il entendit une voix au-dessus de lui, couvrant à peine les pleurs de Lily.

Cette voix, il ne la reconnaissait pas. Pas plus que celui qui se tenait au-dessus de lui et qui l’invectivait de respirer.

Était-ce réellement son grand-père ? Où est passé le vieux gâteux qui était perpétuellement scotché devant la télévision ? Qui était ce type trempé jusqu’aux os qui le secouait violemment et lui dardait des yeux furibonds ?

L’homme qui ressemblait à son grand-père le souleva comme s’il n’était pas plus lourd que la peluche de Lily.

« Vas donc chercher une couverture ! Vite ! Au lieu de rester plantée là comme ça… »

Celle à qui il s’adressait n’était autre que maman, complètement paniquée.

Une fois allongé sur le canapé, en face de la cheminée, l’homme entreprit de lui frictionner énergiquement les jambes tandis que sa mère lui retirait le sweat-shirt.

Sa grand-mère se tenait debout, les bras ballants, la bouche ouverte, complètement indifférente aux hurlements stridents de Lily qui lui tirait sa robe de chambre. Elle ne le regardait même pas, alors qu’il était passé pas loin de la mort. Elle dardait des yeux sidérés sur son sauveur qui s’attaquait désormais à retirer son pantalon trempé.

« Et bien mon garçon, il va falloir dire à ta mère de t’inscrire à la natation. Tu verras, c’est bien et si tu es aussi doué que ton grand-père, tu finiras comme lui, meilleur nageur en crawl cuvée 1968. » se vanta l’homme qui frictionna ensuite son torse de manière vigoureuse.

Publié dans A propos d'écriture

7ème nouvelle : Blizzard – partie 9 #ProjetBradbury

Précédemment dans Blizzard :

  1. partie 1
  2. partie 2
  3. partie 3
  4. partie 4
  5. partie 5
  6. partie 6
  7. partie 7
  8. partie 8

Tu t’étais perdu(e)

« Je crois que tu t’es perdue… »

Cette petite remarque murmurée au coin du feu fit sursauter Jane.

D’abord, elle crut avoir rêvé. Elle commençait d’ailleurs à s’assoupir sur le premier tome de Fifty Shades of Grey et envisageait sérieusement de se soustraire à l’abrutissement que ce roman lui inspirait en imitant sa mère et ses enfants qui s’étaient déjà couchés.

Et puis, voilà que son père l’avait sortie de sa torpeur.

« Je crois que tu t’es perdue… »

Et il l’avait dit en français qui plus est, alors qu’il n’avait plus prononcé un seul mot dans la langue de Molière depuis des années.

La perte de son bilinguisme avait été d’ailleurs l’un des premiers signes de la maladie. Au début, Jane s’était aperçue qu’il semblait éprouver des difficultés à suivre une conversation avec son mari. Ensuite, plus tard, elle se rendit compte qu’il ne pouvait plus formuler correctement ses phrases. Elle apprendra, par la suite, qu’il y avait eu bien d’autres manifestations, plus évidentes celles-là. Sa mère lui avait, en effet, confiée que son époux se perdait souvent en ville et qu’il souffrait de plus en plus de confusion. A cette époque, il avait encore assez d’amour propre pour supplier sa femme de ne rien révéler de ses déboires à leurs enfants.

Lorsqu’il était devenu évident que son père était atteint d’Alzheimer, il avait, en plus de la plupart des souvenirs, perdu totalement l’usage du français.

Il en était maintenant au stade où il ne savait plus si nous étions le matin ou le soir, où il prenait Jane pour une de ses tantes – Lucy, morte en février 1974, bien avant sa naissance — et où il marmottait des paroles hébétées pour quémander un sandwich au cheddar qu’il avait pourtant ingurgité une heure auparavant.

Aussi, l’entendre énoncer clairement une phrase en français fut pour Jane un réel choc.

Elle avait redressé la tête et s’était mis à observer son paternel avec attention et à la dérobé. Or, ce dernier la scrutait également et avec un regard si pénétrant qu’elle en tressaillit.

« Oui… Tu t’es perdue. » réitéra tranquillement son père tout en continuant à la sonder avec gravité et tristesse.

Il était assis depuis des heures sur ce vieux fauteuil club défoncé de leur location de campagne. Il en avait d’ailleurs très vite fait sa propriété. L’endroit était idéal, situé entre la cheminée et la télévision perpétuellement allumée.

Son père s’adressait-il vraiment à elle ou à un des fantômes de son passé — Lucy pour ne pas la nommer ?

« Daddy… C’est à moi que tu parles ? émit-elle, hésitante et tremblante.

— Bien sûr que c’est à toi que je parle, à qui d’autre ? s’irrita-t-il, avant de saisir ses lunettes posées sur son nez pour les nettoyer nerveusement avec la manche de sa chemise – un geste qu’elle connaissait par cœur et qu’il n’avait plus fait depuis des lustres du fait de son Alzheimer.

Elle resta figée de stupeur, la bouche entre-ouverte, tremblante. Le pavé Fifty Shades of Grey qu’elle tenait encore dans sa main chuta lourdement sur le tapis.

« Je ne comprends pas… balbutia-t-elle.

— C’est pourtant simple, ce que je te dis. Quand je pose le regard sur toi, je vois qui ? Je vois la femme de Jérôme, je vois la mère de Victor et Lily, je vois la salariée robotisée, mais toi, je ne te vois plus… Tu t’es oubliée. Tu t’es perdue. Tu es devenue quasi-transparente. » termina-t-il, lapidaire.

Jane ne sut quoi répondre. Peut-être s’était-elle assoupie sur son Fifty Shades of Grey en fin de compte et qu’elle était en train de rêver que son père, non seulement avait retrouvé pleinement ses esprits, mais, qu’en plus, il lui crachait des reproches.

Mais elle n’eut pas le loisir de se pincer l’avant-bras pour vérifier cette hypothèse que déjà son paternel enchaîna derechef.

« Donc, voilà, je suis en train de te dire que tu ne fais rien de ta vie, et tu ne réagis pas plus que ça ! Non vraiment je suis déçu, mais déçu… Jane, bon sang, je t’ai élevée pour être libre, confiante, radieuse, pour que tu puisses être épanouie personnellement, professionnellement, mais là, telle que je te vois, je ne vois qu’une ombre. Où est donc passée ma petite fille si pleine de fougue ? Où est passée la jeune femme pleine d’ambition ?
— Elle s’est pris la vie en pleine gueule ! » railla Jane, amère, avant de s’effondrer.

En pleine crise de larmes incontrôlables, elle sentit la main de son père lui effleurer les épaules. Elle leva la tête et vint se blottir contre lui.

Reprenant ses esprits, elle se redressa et s’adressa à son père.

« Mais toi aussi, papa, tu t’étais perdu … Où étais-tu passé? Toi, aussi, tu n’étais plus qu’une ombre. Est-ce que je rêve ? Est-ce que ta saleté d’Alzheimer est partie, ou n’est-ce qu’un petit répit ?»

Elle n’obtint, comme seule réponse, qu’un petit hochement de tête de ce dernier qui révélait toute sa perplexité. Lui-même était manifestement ébahi de ce qui lui arrivait. Jane avait très envie de réveiller la maisonnée entière pour rendre compte du miracle mais son père l’en dissuada.

« Laisse-les dormir, fit-il avant d’enchaîner. Nous avons à discuter, toi et moi. Nous avons beaucoup à rattraper. »

Ils passèrent la nuit à parler. Elle raconta sa triste vie. Comment Jérôme se faisait de plus en plus absent : le travail et le quotidien qui use. Comment elle se sentait déconsidérée dans un emploi qui était devenu alimentaire. Comment elle en était réduite à tout gérer à domicile : les courses, les enfants, les factures. Comment elle s’était un peu trop rapprochée du voisin du 6ème étage et même ce baiser échangé lors de la survenue de la crue de la Seine et des rats qui avaient débarqué, et la culpabilité qui allait avec.

Elle ne sut pas comment elle avait fini par s’endormir sur le canapé, lorsqu’elle se réveilla, il faisait jour. Son père n’était plus là. La maison était étrangement silencieuse. En frissonnant, elle se dirigea vers la cuisine afin de se préparer un thé. La fenêtre donnait sur le lac. Elle vit sa fille Lily de dos debout sur le ponton. Ce fut le hurlement de cette dernière qui lui fit réaliser que la petite barque n’était plus attachée au ponton.

Jane sortit en trombe de la maison.

La petite barque gitait beaucoup sur la surface plane du lac. Elle était vide.

Victor… Non…

« On dirait qu’on serait des pirates, maman. »

Publié dans Maman d'un Plumeau

« Et puis, il n’y a pas le feu dans ma chambre ! »

Il y a trois semaines, un lundi soir, je récupérais un Plumeau complètement surexcité. Il m’avait été dit que :

  1. il n’avait pas fait la sieste du tout ! D’où l’état dans lequel je le récupérais, à savoir, ingérable.
  2. que c’était un peu le cas de tous les enfants puisqu’il y avait eu une journée un peu particulière…

Durant cet échange fructueux mais non moins abrégé du fait de l’ambiance particulièrement sonore, mon fils ne cessait de me répéter « C’est la police ! C’est la police ! » auquel, je l’avoue, je n’ai pas prêté grande attention, et maintenant, avec le recul, je me dis que j’aurais dû.

Le lendemain matin, parce que c’était déjà plus calme, on m’explique qu’il y a eu un exercice incendie et que les enfants en avaient été quelque peu perturbés. Sur ce, mon fils se remet à répéter « C’est la police ! C’est la police !« . Ayant enfin tous les éléments en main, j’explique à mon fils que non, c’est l’alarme incendie, et non la police.

Quelques jours plus tard, devant un énième visionnage de Tchoupi sur mon MacBook (toi aussi, investis dans un équipement à 1300€ pour en faire profiter ton môme !), je profite de l’épisode sobrement intitulé « Pas de panique ! » pour rebondir sur l’épisode du lundi à la crèche. J’explique donc que Tchoupi va faire exactement comme Plumeau l’autre jour. Il va faire avec toute sa classe un exercice pour s’entraîner en cas d’incendie. Je vois mon môme opinait de la tête. Ok, tout roule.

Et puis deux semaines passent.

Et après un troisième lundi sans sieste (c’est l’effet weekend) où le Plumeau a redemandé N fois au personnel de la crèche  (version Alzheimer, vous voyez) « Et le weekend, c’est quand ? Et là, c’est  le début du weekend ? Et le weekend c’est quand ? etc. » (N.B. 1) puis un Plumeau surexcité forcément et un bain très remuant qui  va avec, on en arrive à l’heure du repas et du visionnage du Tchoupi (histoire que je puisse élaborer un repas gastronomique en tout tranquillité, à savoir, des pâtes !). C’est là qu’on retombe sur l’épisode « Pas de panique ! ».

« Y z’ont fait un xer-cisse, maman » lancé fièrement pas mon rejeton, auquel je répond vaguement par un « Oui oui, ils se sont entraînés à sortir de la classe, comme toi en crèche l’autre jour » (Alzheimer bis)

« é fait un xer-cisse, moi ! C’est la police ! » (la maîtrise de l’événement, à peu près…), je re-explique donc. (Alzheimer ter)

« Mais non, c’est pas la police, c’est une alarme que tu as entendu, c’est en cas de feu, d’incendie. Tu t’es entraîné en cas d’incendie. Ce sont les pompiers qui viennent. Pas la police.« 

Devant l’acquiescement de mon fils, j’en conclus qu’il a compris. Enfin…

Vient le moment du coucher où il y a l’invariable « histoire du soir », et alors que j’allais coller le bisou sur mon rejeton, ce dernier me dit qu’il  veut que je reste et m’évoque à nouveau le feu, les pompiers et l’alarme. Je soupire et repars dans les explications du fameux lundi d’exercice à la crèche. (Alzheimer quater)

C’est là que mon môme me sort qu’il a peur. Je le rassure en lui expliquant qu’il ne risque rien. Un autre bisous et hop ! au lit !

A peine arrivée au salon, j’entends de la chambre du petit des hurlements, et là, je vous laisse juge de l’égalité des sexes en terme d’éducation. Hurlements qui n’ont suscité chez le George qu’un hochement d’épaules et la réflexion suivante « Laisse, il va se rendormir »…

Moi, n’écoutant même pas l’homme et me précipitant vers la chambre. Pourquoi, parce que je sais que ces hurlements-là n’ont absolument rien d’anodin.

Je récupère un gamin en pleurs qui me hurle qu’il a peur du feu.

J’ai dû rester avec lui dans son lit pendant une bonne heure. Durant ce laps de temps, j’ai lutté vaillamment contre le sommeil, tandis que Plumeau s’était lancé dans un discours philosophique sur l’alternance de la lune et du soleil…

Finalement, il s’est endormi.

Le lendemain, j’explique au personnel de la crèche, que j’ai vécu une scène jusqu’ici totalement inédite. Une crise d’angoisse du Plumeau.

Crise qui est semble-t-il liée aux événements passés trois semaines plus tôt…

Le soir, je récupère le Plumeau mais on m’assure qu’il est revenu à de nombreuses reprises l’événement vieux de trois semaines, un peu comme si c’était arrivé la veille.(Alzheimer quinquies)

Bien sûr, elles ont cherché à le rassurer tout en observant qu’il ne montrait aucune crainte.

Après discussion, on m’a conseillée de lui éviter l’épisode « Pas de panique » de Tchoupi pour un moment le temps qu’il intègre.

J’obtempère donc ! Plumeau a droit à du baby einstein pour son repas, on essaye même un nouveau jeu de cartes dont je vous causerai plus tard, puis il a sa petite histoire, puis c’est le câlin et le bisou.

Je le sens serein, et au moment où je m’apprête à le quitter, il me dit tout fier « Et puis, il n’y a pas le feu dans ma chambre !« 

N.B.1 : Nous on a droit à « Et la table, elle est parti ? » ou encore « La table, elle est vendue ? » car oui, nous avons cédé notre table de salon, et si vous êtes intéressé par une table de salle à manger, n’hésitez pas ! Sarkozy a dédaigné mon offre du bon coin, je me demande bien pourquoi…

Publié dans Maman d'un Plumeau

La mise en place de la propreté (ou l’art de préserver son secret)

Il y avait longtemps que je ne vous avez plus bassiné (elle était facile celle-là j’en conviens) avec la propreté ou plutôt l’absence de propreté de mon rejeton.

L’autre jour, chez la directrice d’école et entre deux invectives vaines pour faire assoir le Plumeau ou l’empêcher de toucher à n’importe quoi, j’ai réussi à signaler que ce dernier n’était absolument pas près de trouver la voie de la propreté. Je concluais donc ma révélation qui n’avait nullement étonnée mon interlocutrice par un « Si vous avez des tuyaux ».

Et c’est là qu’elle m’a ressortie le même blabla habituel censé te rassurer mais qui ne t’avance absolument pas dans ton schmilblick.

Parce que sa tirade Huggy-les-bons-tuyaux, je l’avais déjà entendue mainte fois, et j’imagine que la mère qui me lit derrière son écran doit en soupirer également d’agacement. Je classe ça au même niveau que le fameux « Tu verras, il suffit de ne plus y penser et ça viendra tout seul » (coucou les PMEttes !) ou le non moins inévitable « Faut partir en vacances, se relaxer, et tu reviendras enceinte« .

Alors le blabla est le suivant :

  • Surtout ne pas mettre la pression à l’enfant
  • L’habituer au pot
  • Profiter de l’été, vous verrez, avec les vêtements plus légers, ça se mettra en place tout seul.
  • Et voilà ! (Démerdes-toi avec ça)

Pffff… Pendant ce temps, je vois des enfants de la section de crèche du Plumeau, à peine plus âgés que lui, qui porte déjà la culotte, bref qui sont sur la voie de la propreté… Et comme par hasard, ces enfants-là sont des numéros2 ou 3 de la fratrie…

Tous des enfants de multipares. Elles ont donc un truc du fait de leur expérience. Forcément !

Et quand je les interroge sur leurs astuces, j’ai droit à une litanie d’auto-louanges qui ne m’avancent pas sur la quête de la propreté, voire qui me dépriment complètement puisque leur chérubin demande à aller sur le pot alors que le mien en est encore à omettre de nous signaler qu’il a fait la grosse commission…

Elles ne me donnent même pas un début d’astuce. J’ai droit généralement à un « Oh ben c’est quand il le décidera… » suivi inévitablement d’une auto-louange « Moi, MON fils, il fait même ses siestes sans couches !  » et gnagnagni et gnagnagna…

Si bien que pour moi, l’accès à la propreté revêt le même mystère que la mise en place de l’allaitement soit disant naturel et facile. Il y a celles qui ont leurs astuces/trucs/tuyaux, et il y a les autres qui galèrent. Je fais définitivement partie de l’autre catégorie. Et cela pour tout ce relève de la maternité.

Je suis tellement blasée que je ne vais même pas vous demander les astuces…

Comme d’habitude, je vais me démerder (elle était facile aussi, j’en conviens) ou plutôt je vais laisser le soin au Plumeau de le faire puisqu’il paraît que c’est lui qui décide s’il est prêt.